[Rétrospective Danny Boyle] Sunshine (2007)

Parcourir la filmographie de Danny Boyle, c’est survoler indéniablement les genres, tout en les redécouvrant à la sauce unique du réalisateur écossais. Avec Sunshine, il nous emmène dans l’espace, et nous projette seulement quarante ans dans le futur (cinquante lors de la sortie du film) avec un scénario de science fiction quelque peu inquiétant. En 2057, donc, l’équipage à bord d‘ICARUS II a pour mission de relancer l’activité du soleil, qui se meurt peu à peu, en faisant exploser un engin nucléaire à sa surface. Alors que les huit personnes sont contraintes de croiser la route d’ICARUS I, disparu sept ans auparavant en échouant pour le même objectif, leur projet va se retrouver dangereusement entravé. Disposant entre leurs mains du sort de l’humanité, il leur faudra tout mettre en œuvre pour atteindre leur but, au péril de leur vie.

Le scénario palpitant d’Alex Garland possède tous les codes du divertissement d’anticipation : une mission déterminante pour l’avenir de la planète (rien que ça) menée par un groupe aux tempéraments variés, héroïques, lâches ou faibles, qui saura maintenir le spectateur en haleine face aux nombreux événements. Parmi eux, le toujours excellent Cillian Murphy (28 jours plus tard, Peaky Blinders…) incarne Capa, le physicien tranquille et réfléchi qui perdra son calme face au charismatique et impulsif Mace (Chris Evans ou Captain America). Du côté des femmes, Michelle Yeoh (The Lady) est la très zen Corazon tandis que la douce Cassie interprétée par Rose Byrne (Damages) semble flairer la terrible tournure que va prendre le voyage.

« Et si un jour vous vous réveillez et que la journée s’annonce exceptionnellement belle, alors c’est qu’on aura réussi. »

Comme on a pu le voir avec La Plage, Boyle utilise les éléments perturbateurs de Sunshine pour bouleverser le genre tel que l’on a l’habitude de le voir évoluer, en l’occurrence ici, celui de la science fiction. Ainsi, les premiers instants du film nous présentent les personnages et leur mission, permettant au réalisateur d’exploiter une question qui lui est chère, celle des rapports au sein du groupe et du peu qu’il suffit à les chambouler. La découverte d’ICARUS I s’avère ensuite moins prolifique que prévue et aux conséquences particulièrement dévastatrices.

La grande réussite de Sunshine, déjà porté par un casting juste et séduisant, réside dans les partis pris visuels de son réalisateur. On retiendra en premier lieu l’image captivante de la boule de feu, que les personnages ont le privilège d’observer à loisir du haut de leur engin spatial, tout en réglant la luminosité qui leur en est renvoyée. Ce point de vue rapproché du soleil obsédera Searle (Cliff Curtis) à tel point que l’on peut voir son visage brûlé par endroits.
En second lieu, alors qu’une partie de l’équipage pénètre dans l’engin envoyé sept ans avant le leur, des images apparaissent comme des flashs, de manière presque subliminale. Montrant les visages des membres de l’ancienne mission, ce choix s’avère parfaitement adroit pour annoncer la suite des péripéties. En effet, en introduisant ces fantômes étranges dans l’atmosphère déjà pesante du film, il n’est pas sans prédire qu’une mystérieuse présence viendra perturber l’objectif d’ICARUS II, déjà en grande difficulté.

Sunshine croise la science fiction, le fantastique, l’épouvante et le survival qui culmineront en un climax visuellement pompeux (et dont la portée, comme souvent dans la filmographie de Boyle, est encore une fois prétexte à ouvrir une réflexion sur l’instinct humain), cependant adouci par les dernières secondes. En plus de renverser intelligemment la gamme de couleurs chaudes et étouffantes jusqu’alors efficacement exploitée, elles nous ramènent pour la première fois sur Terre. Nous révélant ainsi son état, elles sont chargées d’une grande résonnance.

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