[Rétrospective Danny Boyle] Slumdog Millionaire (2008)

Si La Plage a marqué un tournant dans la carrière de Danny Boyle en le faisant entrer à Hollywood, Slumdog Millionaire représente une véritable consécration pour le réalisateur : nommé dans dix catégories aux Oscars en 2009, le film reçoit non moins de huit statuettes, parmi lesquelles figurent celles du meilleur film et du meilleur réalisateur. Au-delà d’une reconnaissance internationale incontestable, Danny Boyle profite de Slumdog Millionaire pour entamer une nouvelle collaboration avec le scénariste Simon Beaufoy (auteur de The Full Monty), qu’il retrouvera quelques années plus tard pour 127 Heures. Le réalisateur révèle également au grand public un fabuleux duo d’acteurs : Dev Patel (après ses deux années au casting de la série Skins) et Freida Pinto (qui signe alors son premier rôle au cinéma).

Slumdog Millionaire, c’est une histoire improbable. Celle de Jamal, un indien de dix-huit ans ayant vécu dans les bidonvilles, qui se retrouve en passe de remporter la somme la plus élevée du jeu Qui veut gagner des millions ?. Très vite, il est accusé de tricherie, car jamais personne n’aurait imaginé le voir aller aussi loin dans le jeu : c’est pourtant dans ses propres souvenirs que Jamal parvient à trouver les réponses de cette incroyable partie qui suscite la mobilisation de tout un pays. Une vie faite de violence et de trahison, mais aussi d’amour et d’espoir. À travers la relation du protagoniste avec son frère Salim, et son amour naissant pour Latika, Slumdog Millionaire nous fait revivre chaque épreuve de la vie de Jamal. Un voyage à travers l’Inde qui évoque une fois encore les principaux thèmes de la filmographie de Danny Boyle : névroses, brutalité, rapport à l’argent.

L’Inde vue par l’Occident : cliché ?

Slumdog Millionaire est également un film réalisé et écrit par deux hommes britanniques pour des studios et un public occidentaux : 4Films, Pathé et Celador Films sont sur le coup, mais aucune maison de production indienne. Il est d’autant plus intéressant de relever la présence de Celador, puisqu’il s’agit de la maison-mère de Qui veut gagner des millions ?, le célèbre jeu télévisé utilisé dans l’intrigue : certains critiques n’ont pas manqué d’érafler cette décision, définie comme de l’opportunisme et – avant tout – un immense placement de produit.

Or la présence de ce format confirme tout l’enjeu de la production de ce film : répondre aux attentes de différents publics. Satisfaire le public occidental, pour qui le film est réalisé (et adapté du roman d’un auteur italien) mais également le public indien, là où l’équipe est venue s’installer. Dans sa rencontre avec le journaliste Laurent Weil, disponible dans les bonus du BluRay, Danny Boyle évoque très justement ce dilemme : lorsque l’on se rend dans un pays étranger afin de tourner un film, il faut chercher à raconter cette histoire avec la population locale en s’adaptant à leur culture plutôt que de vouloir à tout prix imposer la sienne.

Le choix de Qui veut gagner des millions ? témoigne aussi de l’ouverture du pays indien sur le marché mondial : pour en incarner le présentateur, Boyle n’a pensé à nul autre qu’Anil Kapoor, l’une des figures incontournables de Bollywood, très angoissée à l’idée de tourner en langue anglaise. Alors qu’il avait initialement prévu de tourner son film entièrement en anglais, Danny Boyle n’a pas hésité à provoquer ses producteurs en imposant un tiers du film en hindi sous-titré (l’enfance de Jamal) : par souci de réalisme, l’équipe n’a souhaité faire jouer que des enfants réellement issus de bidonvilles et non ceux qui parlent anglais, qui appartiennent à une classe aisée.

Tourner en Inde, c’est embrasser sa culture, comme le dit Boyle, mais aussi faire corps avec la ville. Avec des caméras plus petites et plus mobiles, le directeur de la photographie Anthony Dod Mantle a pu rester au plus près des personnages, ce même dans les espaces très étroits et bondés de Mumbai. Une ville en constante mutation, où les bidonvilles se forment puis se déforment au gré des nouvelles constructions, que le réalisateur et son directeur photo abordent parfois presque sous l’œil d’un documentaire : quelques images glanées ici et là entre quelques prises brisent le quatrième mur et livrent des scènes authentiques du quotidien de la ville et de ses habitants.

En choisissant un générique dansant, Danny Boyle s’adapte aux standards du film bollywoodien : le film se permet enfin un moment d’espoir et de joie quand Dev Patel, Freida Pinto et de nombreux figurants dansent sur Jai Ho (chanson également récompensée aux Oscars tout comme son compositeur A.R. Rahman pour sa bande son) au beau milieu de la gare Victoria, l’un des endroits les plus fréquentés de toute la ville de Mumbai. Une scène qui a pris un tout autre sens suite aux attentats meurtriers survenus dans cette même gare en novembre 2008.

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