[Rétrospective Danny Boyle] 28 jours plus tard (2002)

Après le thriller psychologique, Danny Boyle s’essaie à l’horreur avec 28 jours plus tard, qui marque sa première collaboration directe avec l’auteur et scénariste Alex Garland : La Plage, c’était lui – ou du moins son roman. Première collaboration entre le réalisateur et Cyllian Murphy également, à qui Boyle offre le premier rôle (avant Sunshine en 2007) : celui de Jim, un jeune homme sortant du coma dans un hôpital londonien (The Walking Dead, on vous a vu venir!). Le souci, c’est que personne n’est là pour l’accueillir. La capitale britannique est, à première vue, vidée de ses habitants et plongée dans un calme morbide. Mais très vite, Jim se rend compte de la présence d’infectés, aux capacités physiques décuplées : ceux-ci s’attaquent à tout être sain encore en vie et sont prêts à les chasser, les dévorer… bref, les massacrer.

28 jours plus tard a par conséquent comme ambition de détourner les codes du film de genre, une habitude chez Danny Boyle. Adieu les zombies complètement anesthésiés de chez Romero ou Fulci, et faites place à… la Fureur : il vaut mieux courir, mais les survivants n’ont cette fois pas l’atout d’être ceux qui courent le plus vite. Tout est d’ailleurs une question de vitesse : lors des scènes d’action, le film se démarque par un montage hyper saccadé couplé à des gros plans incessants, parfois répétés, qui accentuent ainsi la tension – profondément viscérale. Dans 28 jours plus tard, cependant, l’affrontement le plus remarquable est celui que l’homme livré à lui-même. Car les survivants ne valent peut-être pas mieux que les infectés…

« Je creuserai ta tombe car tu es vil. »

Le monde de 28 jours plus tard semble sans espoir : « repentez-vous, la fin est foutrement proche », lit Jim sur le mur d’une église lorsqu’il déambule à travers Londres en quête d’un refuge. La maison de Dieu semble être l’un des seuls endroits salvateurs (sans mauvais jeu de mots) mais devient pourtant un théâtre de la mort : les cadavres s’entassent et Dieu ne semble pas être là pour venir en aide à qui que ce soit. Même son messager, un père, se voit finalement infecté – il s’agit du premier contact direct de Jim avec l’épidémie – comme si les Enfers avaient trouvé leur place sur Terre. Boyle et Garland ne peuvent éviter le cliché éculé de l’Apocalypse, mais ils le contournent suffisamment pour ne pas constituer une éternelle redite (en 2002 du moins, le regard des deux hommes sur le sujet était assez neuf).

La repentance semble bien au cœur de l’intrigue du film, tant chacun des personnages se voit contraint de s’excuser ou de faire face à sa propre terreur : Selena (Naomi Harris) lorsqu’elle achève de sang froid un allié contaminé, Jim pour avoir attaqué un enfant infecté (filmer la mort d’un enfant est toujours un sujet tabou du cinéma), Frank (Brendan Gleeson) auprès de sa fille… C’est souvent au plus près de la mort elle-même que ces personnages se repentent, comme pour chercher un dernier pardon avant le Paradis, l’Enfer… ou le néant ? Le Major Henry West (incarné par Christopher Eccleston, déjà aperçu chez Danny Boyle dans Petits meurtres entre amis) et ses hommes, au-delà de leur mensonge, basculent dans la folie et deviennent aussi dangereux que les infectés. Autant avides de violence, et en quête d’assouvir leurs besoins primaires.

Dans son élan, le film ne peut s’empêcher non plus un certain hommage au maître du genre, George A. Romero, lorsque Jim, Selena, Frank et sa fille Hannah dévalisent un supermarché, comme les héros de Zombie (à plus petite échelle). Il s’agit là d’un des rares moments de calme, voire même de bonheur entre les personnages qui retrouvent leur humanité : les rires d’Hannah et Selena se font entendre en hors champ, chacun s’étend sur ses goûts personnels (le chocolat, l’alcool). En guise d’adieu au capitalisme et à la consommation de masse, Frank dépose sa carte bleue. Le contraste avec le début du film est fort : lorsqu’il était seul à travers Londres, Jim semblait écrasé par les immenses panneaux publicitaires où placements de marques et sourires Colgate s’accumulaient face à son incompréhension. Ces uniques moments d’espoir, à l’image de la fin du film, se démarquent par leur image beaucoup plus lumineuse et stable : une fin bien loin des idées originales de Boyle et Garland, qui souhaitaient clore l’histoire de manière beaucoup plus pessimiste – avec la mort de Jim qui terminerait son aventure comme elle a commencé, dans un lit d’hôpital. Pas suffisamment satisfaisant pour les producteurs qui souhaitaient exploiter le filon ?

Acclamé par la critique et succès au box-office, 28 jours plus tard a su, à son époque, renouveler le genre du « film de zombies » par sa brutalité sans limite. Danny Boyle n’a pas réalisé 28 semaines plus tard, sorti en 2007, mais est resté en tant que producteur : vu le casting (Robert Carlyle – Trainspotting – et Rose Byrne – Sunshine – jouent les rôles principaux), il semblerait que le cinéaste soit parvenu à imposer sa patte. La suite fut tout autant appréciée. Face au regain d’intérêt pour le film de zombies, à nouveau démocratisé par la série The Walking Dead ou revitalisé par la saga REC, 28 jours plus tard pourrait désormais sembler daté. Force est de constater que The Walking Dead s’inspire énormément de Danny Boyle : le réalisateur s’en amuse même. Lorsqu’on lui demande, en 2013, s’il a des idées pour un troisième film, il répond qu’il vaut mieux ne pas en parler sous peine qu’elles finissent dans la saga de Robert Kirkman !

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