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[Rétrospective Créatures] La métamorphose au cinéma : loups-garous et super-héros

Ce mois-ci au cinéma, deux films ont pour personnages des créatures : Pokémon Détective Pikachu et Godzilla II : Roi des monstres. Dans les deux cas, ces créatures le sont de naissance ; elles n’ont aucune origine humaine. Mais il est très courant de voir, au cinéma comme à la télévision, des humains devenir créatures, qu’il s’agisse de vampires, de loups-garous, de super-héros ou de sorciers. Et dans ces cas précis, l’étape de la transformation est toujours un moment crucial. Quand l’homme se métamorphose-t-il pour la première fois ? Pour quelle raison ? Comment cela se passe-t-il et quel message cela transmet-il au spectateur ?

Nous nous concentrons dans cet article sur des films en prises de vues réelles (en excluant donc les films d’animation) qui nous permettront par là-même d’analyser les effets spéciaux utilisés, et en particulier quelques films dont nous révélons une grande partie de l’intrigue, tels que Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban, Les Bonnes manières ou encore Le loup-garou de Londres, qui ont tous les trois choisi de montrer à l’écran la métamorphose de l’homme en loup.

La créature, alter ego de l’homme

Bien souvent, la créature et l’humain ne sont pas si éloignés. La créature est souvent l’alter ego de l’humain ; elle pousse aux extrêmes des traits physiques ou de caractère déjà présent chez l’humain. Dans le film Miss Peregrine et les enfants particuliers de Tim Burton (2016), Miss Peregrine a le pouvoir de se transformer en oiseau. Mais dans son apparence humaine, elle s’y apparente déjà : veste noire aux épaulettes et col pointu ressemblant à des plumes, cheveux noirs, maquillage qui rappelle l’œil d’un oiseau comme la forme de ses ailes… Il en va de même pour les nombreux sorciers capables de se transformer en animaux dans la saga Harry Potter. Ces personnages, qualifiés d’ « Animagi » (Animagus au singulier) ont souvent quelques points en commun avec leur animal : le Professeur McGonagall a l’allure fière d’un chat, tandis que Peter Pettigrow a les dents, les ongles et le comportement d’un rat.

Dans ces trois exemples, la métamorphose est voulue et contrôlée : il s’agit d’un pouvoir qui permet à l’humain de se surpasser et d’obtenir d’autres capacités. Mais pour d’autres, la transformation est accidentelle, rejetée. Elle apparaît comme une malédiction, se produit à la suite d’une erreur scientifique comme dans Hulk ou les différentes adaptations de L’étrange cas du Docteur Jekyll et M. Hyde, ou bien d’une contamination dans le cas des vampires, voire de loups-garous. Dans ces cas, l’humain transformé en créature devient généralement un danger pour ses proches, ne se reconnaissant plus comme homme mais uniquement mué par ses instincts animaux. La créature apparaît comme le rejet de l’humanité, son opposé. Le but de la métamorphose est alors également de faire ressortir l’instinct animal de l’homme, d’exacerber ses défauts et ses penchants obscurs comme la violence, le désir, l’appétit. Cette différence change non seulement le message véhiculé dans le film, mais également la façon dont va être filmée la métamorphose.

Comment filmer la métamorphose ?

Comment représenter la métamorphose à l’écran ? Doit-elle être montrée ou cachée du spectateur ? Doit-elle être rapide, lente, belle, monstrueuse ? Tous ces choix ne sont pas anodins : ils permettent de construire une atmosphère particulière et de dire quelque chose sur l’humain-créature concerné. Afin de comparer plusieurs exemples de métamorphose, nous nous concentrerons sur une même créature : le loup-garou.

1. Montrer la transformation

Le choix le plus évident est de montrer la transformation de l’humain en loup-garou lorsque vient la pleine lune, pour un effet spectaculaire, horrifique et divertissant. La transformation du loup-garou est généralement forcée et non voulue par le personnage concerné : pour insister sur ce fait, on va filmer une métamorphose longue et douloureuse, qui montre la lutte intérieure du personnage pour y résister. Le corps se transforme petit à petit, et le réalisateur mise sur les gros plans sur certaines parties du corps, comme les pieds, les mains, les yeux, les dents… Les gros plans ont également pour but de créer un suspense, une attente chez le spectateur, qui se demande alors à quoi va ressembler la créature une fois la transformation complètement terminée. Il en va de même pour d’autres métamorphoses comme celle de Hulk dans le film de Ang Lee (2003) ou de la Bête dans X-Men : Le Commencement (Matthew Vaughn, 2011).

Lorsqu’il s’agit de transformations volontaires, la représentation de la métamorphose est généralement bien plus rapide, fluide voire majestueuse, pour montrer le total contrôle de l’humaine sur la créature. C’est le cas de Miss Peregrine, mais aussi des Animagi dans Harry Potter. Dans Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban (Alfonso Cuarón, 2004), cette différence est explicitée grâce aux personnages de Remus Lupin, loup-garou (son nom n’est d’ailleurs pas choisi au hasard : « lupus » signifie « loup » en latin, tandis que Remus fait référence aux créateurs de Rome, Remus et Romulus, élevés par une louve!) et Sirius Black, Animagus capable de se transformer en chien. Dans la scène de transformation de Remus Lupin (ci-dessous), on retrouve les gros plans et la lutte du personnage. Quelques secondes après, c’est Sirius Black qui débarque, mais sa transformation en animal n’a pas été montrée : elle n’est pas importante, puisque c’est lui qui l’a choisie. Qui plus est, elle permet un effet de surprise sur le spectateur.

Dans les scènes de métamorphose, les effets spéciaux numériques sont aujourd’hui généralement privilégiés : l’image de synthèse permet de montrer absolument tout, et notamment une transformation fluide. On est alors loin de la transformation de La Belle et la Bête de Jean Cocteau de 1946 et de son effet en fondu !

Toutefois, les effets numériques ne sont pas forcément les plus appropriés. La scène de la transformation du film Le Loup-garou de Londres, réalisé par John Landis en 1981, est considérée encore aujourd’hui comme une des métamorphoses les plus réussies du cinéma, alors qu’elle n’utilise aucune image de synthèse. C’est à Rick Baker, maquilleur de talent, que l’on doit les effets spéciaux du film (il gagnera d’ailleurs un Oscar en 1982 pour son travail sur ce film !). La déformation des membres de David, le protagoniste, est rendue possible grâce à un système de seringues qui allongent petit à petit de fausses parties du corps recouvertes de silicone extensible. L’acteur a été recouvert d’un masque et d’un faux dos, et même d’un faux corps lors du plan d’ensemble. Ses cris de douleurs ainsi que les bruits de craquement d’os et de déchirement de muscles contribuent à créer une malaise chez le spectateur, le tout contrasté par la musique nonchalante « Blue Moon »…

2. Jouer sur l’implicite

Mais le cinéaste peut également faire le choix de ne pas montrer la métamorphose. Cela s’explique parfois par des raisons de budget, mais pas uniquement : ne pas représenter la transformation, c’est surprendre le spectateur, ou bien lui faire imaginer la scène, ce qui s’avère parfois bien pire ! On peut alors jouer sur les sons ou les ombres, comme c’est également le cas de Sirius Black qui se transforme à la gare dans Harry Potter et l’Ordre du Phénix (David Yates, 2007).

Mais la métamorphose est parfois simplement sous-entendue, comme c’est le cas dans le film Les Bonnes Manières, réalisé par Juliana Rojas et Marco Dutra en 2018. Ce long métrage franco-brésilien, raconte dans une première partie l’histoire d’une femme enceinte d’un enfant loup-garou, et dans une seconde partie l’enfance de son fils. Durant sa grossesse, la mère adopte un comportement étrange : à la pleine lune, elle ne se métamorphose pas physiquement (hormis ses yeux), mais perd le contrôle et se comporte comme un animal : elle renifle, mord, cherche à manger de la viande fraîche.

Son fils, lui, se métamorphose entièrement durant les quatre nuits de pleine lune. Toutefois, on ne le voit pas sous son apparence de bête avant la dernière demi-heure du film. Le réalisateur nous montre en revanche ce qui se passe avant la métamorphose : sa mère adoptive attache ses bras et sa tête à une chaîne et l’enferme dans une pièce spéciale, par précaution. Puis, il nous montre l’après, le réveil du petit Joël qui apparaît fatigué, déboussolé et recouvert de poils qu’il doit raser chaque matin. La nuit, la musique que met la mère permet de couvrir les cris de son fils. Tout le film se construit alors sur l’attente du spectateur : va-t-on finir par voir un monstre, ou non ?

Tant que Joël est gardé en sécurité, son aspect monstrueux n’est pas si important et son secret est gardé du monde entier : mis à part sa mère, personne ne sait à quoi il ressemble une fois transformé, pas même le spectateur. L’accent est davantage mis sur la difficulté des précautions à prendre au quotidien : l’enfermer la nuit, lui interdire de manger de la viande… Finalement, ce n’est qu’une fois qu’il passe la nuit à l’extérieur par accident que le spectateur le voit se transformer.

  

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