[Rétrospective] Christopher Nolan : émotions et grand spectacle


Il est de ces cinéastes capables d’associer grand spectacle et réflexion intense, cinéma d’auteur et cinéma d’artifices. Autant dire qu’ils ne sont pas nombreux. Du haut de ses 10 films, Christopher Nolan est de ceux-là. À l’occasion de la sortie prochaine sur les écrans de Dunkerque, film de guerre avare en parole retranscrivant l’historique « poche de Dunkerque » pendant la Seconde Guerre mondiale, retour sur un cinéaste adulé par les uns, détesté par les autres.

Christopher Nolan est un cinéaste britannique, de seulement 46 ans. Un metteur en scène jeune, donc, qui connait le succès avec Batman Begins en 2005 (à seulement 35 ans) puis la consécration avec The Dark Knight et Inception en 2008 et 2010. Avant ça, il avait réalisé Following en 1998, Memento en 2000 – avec Guy Pearce – et Insomnia – avec Al Pacino, Robin Williams et Hilary Swank – en 2002. Depuis, celui qui a réalisé aussi Le Prestige avec Hugh Jackman et Christian Bale et son très remarqué Interstellar s’attelle aussi à la production, notamment avec la saga DC Comics dont il est conseiller. Dunkerque, lui, sortira en France le 19 juillet 2017.

L’importance des émotions, fil rouge de sa filmographie

Certains disent qu’il ne les étale pas. Pour autant, elles sont bien là. Outre la démesure commune à toutes ses œuvres, Nolan a à cœur le pouvoir des émotions. Ce sont elles qui dictent les enjeux et les ambitions de tous ses personnages. Bonnes comme mauvaises. Il s’agit du désir de vengeance chez Leonard (Memento), Bruce Wayne (Batman Begins) ou Alfred et Robert (Le Prestige), de l’envie de retrouver ses êtres chers pour Dominic Cobb (Inception) ou Cooper (Interstellar) ou encore de la peur et la résistance à Gotham (The Dark Knight et The Dark Knight Rises). La folie plane aussi toujours autour de ses personnages, certains tombant complètement dedans (on pense surtout au Joker de The Dark Knight).

Tous ses personnages ont perdu quelqu’un, un proche. Christopher Nolan aime les vilains petits canards, ceux à qui il manque quelque chose. Cela évite d’être manichéen, d’avoir une vision blanche ou noire du monde. On est tous cassés, le monde est gris. Ce n’est pas une vision optimiste, et pourtant la plupart de ses films ont tendance à tirer vers la lumière. « Pourquoi tombons-nous, Maître Bruce ? C’est pour mieux nous relever » déclame Michael Caine à Christian Bale dans la trilogie The Dark Knight. L’amour est donc, toujours, un vecteur principal par lequel passent ses films. C’est le lien qui nous unit, qui nous connecte les uns aux autres.

Mais Christopher Nolan, ce ne sont pas juste des personnages à l’écriture fine. Le cinéaste est aussi un formaliste, invente de nouvelles formes visuelles, se plaît à jouer avec les ratios de cadre lorsqu’il tourne en IMAX sur The Dark Knight, Rises ou Interstellar, l’argentique, le noir et blanc (Following), les effets spéciaux et le dédoublement de ces personnages (Le Prestige). Jusque là, son essai le plus évident reste le jeu même avec la narration dans Memento. Guy Pearce y incarne un homme cherchant le meurtrier de sa femme. Mais la force du film est d’être monté… à l’envers ! On commence par la fin et à mesure que le film avance, on remonte la chronologie de l’histoire. Film conceptuel, Memento prouve la passion de Nolan de se jouer des codes, de les manipuler autant qu’il manipule le spectateur (comment ne pas penser à Inception, et son jeu constant sur la réalité ou le rêve ?).

Enfin, Christopher Nolan, c’est une question d’amour. À l’écran, comme énoncé précédemment, mais aussi derrière la caméra. Le cinéaste s’est lié d’amitié avec Hans Zimmer lors du tournage de Batman Begins. Hormis pour Le Prestige, les deux hommes ne se lâcheront pas. Une amitié qui rappelle les plus grands duos formés par des réalisateurs et des compositeurs, de Steven Spielberg/John Williams à Sergio Leone/Ennio Morricone ou Alfred Hitchcock/Bernard Herrmann. Une association qui a fait des miracles et a poussé la créativité des deux côtés.

L’amour aussi avec ses acteurs, Nolan s’étant entouré d’acteurs récurrents. On pense à Michael Caine, Cillian Murphy, Tom Hardy ou Christian Bale. Lorsque ce n’est pas le cas, le réalisateur tient particulièrement à choisir des acteurs sexe-symboles (Guy Pearce, Leonardo DiCaprio, Matthew McConaughey, Hugh Jackman…).

Ainsi, Nolan est de ces artistes capables d’attirer le grand public sans pour autant rechigner à livrer des œuvres personnelles, créées avec des personnes de confiance, l’entourant, et livrant un véritable message sur ce qu’être humain. En ça, son survival de guerre comme il se plaît à l’appeler, Dunkerque, semble être son « film somme » tant rien que le sujet résume les thématiques qui ont forgé sa carrière.


A découvrir chaque dimanche, pendant tout le mois de juillet, dans notre rétrospective spéciale Christopher Nolan :

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