[Rétrospective] L’obsession du temps chez Christopher Nolan


« Le temps mûrit toute chose ; par le temps toutes choses viennent en évidence ; le temps est père de la vérité. » Citer Rabelais pour évoquer le cinéma de Christopher Nolan semble-t-il si inadéquat ? Étant donné le poids conséquent que représentent les multiples jeux du réalisateur avec la temporalité, permettez-nous d’en douter…

Les personnages de Christopher Nolan sont constamment pressés par le temps. Dans Following, Cobb et son apprenti voleur ne doivent pas s’introduire trop longtemps chez les victimes qu’ils cambriolent. Le personnage de Guy Pearce, dans Memento, livre une course contre la montre (et contre sa propre mémoire) pour découvrir la vérité sur la mort de sa femme. Un même sentiment d’urgence que l’on retrouve dans Dunkerque, mêlé au désir de survie. Quant à Inception et Interstellar, le temps s’y délite, s’allonge… et devient malléable, en faveur (ou non) de leurs protagonistes.

Attention : cet article contient des spoilers concernant l’ensemble de la filmographie de Christopher Nolan.

Nolan, maître illusionniste

Le temps est par conséquent au cœur des multiples intrigues du metteur en scène, qui prend aussi beaucoup de plaisir à déstructurer la narration pour mieux surprendre son spectateur. Dès son premier film, Following, Christopher Nolan développe ses histoires selon une structure non linéaire. Il crée bien souvent des effets de boucle temporelle, en donnant des indices à son spectateur dès les premiers plans de certains de ses films : la bibliothèque dans Interstellar, clé du Tesseract (cet espace inexploré où le temps se décline en une multiplicité de dimensions), les nombreux chapeaux dans Le Prestige, ou les limbes dans Inception.

En tant que cinéaste, Nolan est aussi illusionniste, à l’image des héros du Prestige. Le réalisateur manipule tout autant son spectateur : « Regardez-vous attentivement ? », murmure presque Borden (Christian Bale), qui n’est autre que le véritable maître du jeu. Nolan nous manipule ou, du moins, nous laisse à notre propre réflexion en ne faisant que distiller des indices au compte-gouttes, à l’instar du personnage de Guy Pearce dans Memento, que l’on pourrait tromper constamment en raison de son trouble de la mémoire immédiate. Il fait le choix de s’attacher à des objets et (surtout) à des souvenirs, à l’instar des objets totems dans Inception, pour s’en tenir à la réalité. Le souvenir est au contraire le plus grand ennemi de Cobb (Leonardo DiCaprio), puisqu’il parasite constamment son terrain de jeu : le rêve. Le souvenir de sa femme Mal (Marion Cotillard), le visage dissimulé de ses deux enfants…

Malgré le bonheur retrouvé, Cobb est-il bien dans la réalité ? C’est à vous de voir. Ce happy end des plus classique se voit contrebalancé par un ultime plan de la toupie toujours en mouvement. Le twist final, pratique hitchcockienne par excellence, repopularisée par les films de M. Night Shyamalan, est aussi l’un des éléments clés de la filmographie de Nolan : son prestige ? « Vous cherchez le secret, en vain. Vous rechignez à savoir. Vous voulez être… bernés. », indique Michael Caine à l’audience dans Le Prestige, indubitablement l’œuvre la plus réflexive de son réalisateur à propos de sa profession. Est également berné ce jeune écrivain (Jeremy Theobald), à la fin de Following, pris au piège d’un autre Cobb (Alex Haw), tout comme le spectateur. Cambrioleur banal dans l’un, voleur d’idées dans l’autre : ce Cobb ne serait-il pas finalement le même personnage dans les deux films ?

Le temps est la clé

Les différentes strates temporelles (comme les différents rêves d’Inception) établies par Nolan finissent par se réunir pour parvenir au fameux « prestige », le dénouement. C’est par un incroyable concours de circonstances que les trois temporalités de Dunkerque convergent. Un hasard absolu, le miracle que tous ces soldats britanniques attendaient afin de pouvoir revenir à leur mère patrie : l’alliance heureuse entre les tirs de l’aviateur, Farrier (Tom Hardy) et le courage de ces civils (menés par Mark Rylance) venus en aide à ces soldats en détresse (Fiona Whitehead et Harry Styles). On comprend donc qu’une victoire peut se jouer à un fragment de seconde près, à l’image de cet incessant tic tac indissociable des compositions de Hans Zimmer.

Autre image récurrente dans la filmographie du réalisateur : celle des montres. Réduit à son identité sonore dans Dunkerque, l’outil symbolise le ralentissement progressif du temps dans Inception, avant de devenir l’objet clé de l’intrigue d’Interstellar. Le temps est bel et bien la clé, chez Nolan, et finit même par servir d’outil de communication. La temporalité devient palpable, tout comme dans le Premier contact de Denis Villeneuve. Le propre d’un cinéaste qui nous fait voyager entre illusion et réalité. Dans Inception encore, DiCaprio explique au personnage d’Ellen Page qu’il est impossible de se rappeler la naissance d’un rêve. On a le sentiment de se retrouver au beau milieu d’une situation sans en avoir le contrôle. Tel est le cas de Pearce dans Memento, où chaque séquence semble extorquée d’un rêve ou d’un cauchemar. Tout comme le cauchemar des soldats de Dunkerque qui, d’entrée de jeu, sont assaillis par les balles allemandes.

À découvrir chaque dimanche, pendant tout le mois de juillet, dans notre rétrospective spéciale Christopher Nolan :


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