[Rétrospective Cannibales] Santa Clarita Diet : Desperate Canniwife ?

Parmi les productions Netflix les plus étranges, Santa Clarita Diet peut sans nul doute se targuer d’atteindre le podium. Créée par Victor Fresco, cette série d’à peine dix épisodes (pour le moment) se dévore aussi rapidement qu’un petit doigt pour Sheila, mère de famille devenue cannibale du jour au lendemain. Elle et son mari Joel, tous deux agents immobiliers et vivant dans un lotissement tout ce qu’il y a de plus banal, doivent faire face à ce drastique changement de… régime. Nouvelle diète également pour les acteurs Drew Barrimore et Timothy Olyphant, qui se lancent pour la première fois dans un show Netflix, nouvelle scène d’exposition grignotant de plus en plus sur le terrain des distributeurs cinéma : de quoi rebondir après quelques rôles en demi-teinte ? Pas de doute : une série originale Netflix est toujours prévue pour durer, même lorsque l’on en attend encore le renouvellement.

A mi-chemin entre la comédie et la série de genre, Santa Clarita Diet pourrait être elle-même considérée comme une série cannibale, qui se nourrit de multiples références au sein de la culture populaire, mais surtout dans le genre sériel : difficile de ne pas penser à Desperate Housewives, la série culte de Marc Cherry, lorsque l’on en voit les premières images. Le doux quartier de Wisteria Lane devient la petite ville de Santa Clarita, et se limite à un micro-lotissement de trois maisons juxtaposées, comme si les voisins devaient obligatoirement fouiner le nez les uns chez les autres à tout moment. La musique guillerette de la série, signée John Debney, rappelle bien souvent les mélodies cultes de Steve Jablonsky qui ont ponctué les huit saisons de Desperate. Comble du comble : Dan, l’un des voisins de Joel et Sheila, est incarné par Ricardo Antonio Chavira, qui n’est autre que… Carlos Solis, mari de Gabrielle aka Eva Longoria Santa Clarita Diet se plaît à reprendre beaucoup des situations cocasses de son aînée pour d’autant plus souligner que les personnages sont des gens comme les autres, frappés par le sort : meurtres, accidents, adultères, romances entre adolescents…

« On est comme n’importe quelle famille ordinaire de Santa Clarita. »

Sheila devient cannibale, certes. Mais elle est également censée être morte. Oui, nous avions pourtant dit dans notre article introductif que nous ne souhaiterions pas évoquer les morts-vivants dans cette rétrospective, mais le fait est que Sheila… n’est pas un zombie. Du moins, pas encore. Elle vit, respire, parle, comme si de rien n’était… mais voit ses instincts primaires décuplés, fureur et libido y compris ! De quoi pimenter sa vie de couple. Mais comment faire comme si de rien n’était, d’autant plus lorsque l’on a un enfant ? C’est là tout l’enjeu de Santa Clarita Diet : faire passer le cannibalisme comme une chose normale, qui ne change rien à la vie des gens. Vu la manière dont Joël et Sheila se débrouillent, c’est pas gagné.

Les personnages de Santa Clarita Diet affrontent donc une situation insensée et doivent trouver le moyen de la dompter, sans pour autant sombrer dans la folie : si Joel ne fait que hausser les épaules d’un air cynique en retrouvant sa femme en train de dévorer l’un de leurs voisins, ses nerfs seront largement mis à l’épreuve… Humour noir, ironie permanente, Joel, Sheila et leur fille noient leur incompréhension dans le rire, faute d’une meilleure thérapie, jusqu’à ce que les choses se gâtent. Que faire lorsque la viande animale ne suffit plus ? Santa Clarita Diet soulève d’inévitables questions éthiques, sans pour autant manquer de dérision : qui mérite d’être mangé, si tant est que l’expression soit valable ? Le cannibalisme peut-il devenir un atout dans la vie de tous les jours ? Sheila et Joel explorent toutes les pistes, mais ce dernier, lui, ne rêve que d’un retour à une vie normale.

Joel se raccroche au réel et à la vérité scientifique, or tout dans le système établi tend à faire croire qu’il est fou, raconte n’importe quoi, car c’est bien connu, les cannibales ne sont que dans les films et les bandes dessinées. Lorsqu’il cherche des renseignements dans une librairie à propos du cannibalisme, les livres sur le sujet se trouvent pourtant à côté de la section… « art de vivre ». Cocasse. Comment aspirer à la normalité quand aucune solution plausible n’est envisageable ? Accepter le nouveau mode de vie de Sheila ne suffit pas, puisque celui-ci la dévore de l’intérieur. Dans Santa Clarita Diet, la dévoration est multiple, littérale comme psychologique !

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