[Rétrospective Cannibales] Cannibal Holocaust vs. Green Inferno : la vengeance des indigènes ?

1980. Le réalisateur Ruggero Deodato choque le monde entier avec Cannibal Holocaust, par son intense violence graphique et sa narration volontairement illusoire pour un public lambda, qui a certainement pensé se retrouver devant un véritable documentaire… Cannibal Holocaust, c’est un « film dans le film » : l’histoire d’une équipe chargée de retrouver des cinéastes partis tourner un documentaire sur les tribus cannibales amazoniennes. En utilisant le procédé du found footage (popularisé par la suite avec Le Projet Blair Witch ou plus récemment par la saga REC), la frontière avec le réel s’amenuise de plus en plus afin de confronter le spectateur à une « réalité » qui devra le choquer le plus possible. Les tribus cannibales sont en effet représentées comme incroyablement hostiles, brutales, mais surtout bien plus primitives que « l’homme civilisé ». Mais qui est réellement le plus bestial des deux ?

2015. Après deux années d’incertitude quant à sa sortie dans les salles, The Green Inferno s’offre une date américaine et une sortie plus discrète en France, où le film sera cantonné à la vidéo à la demande puis aux DVD et Blu-Ray. Eli Roth, dont l’autre film Knock Knock sortait la même année au cinéma, n’a pas caché son inspiration pour le film de Deodato, à qui il estime rendre hommage. Si le scénario de son film partage de grandes similitudes avec Cannibal Holocaust, les objectifs de ses personnages sont tout autres : il s’agit là d’une bande de jeunes universitaires activistes souhaitant préserver la forêt amazonienne, habitat des tribus locales. L’esprit malicieux et sarcastique du réalisateur n’est jamais loin, puisque les intentions de ces personnages – bien meilleures que celles de chez Deodato – se retournent malgré tout contre eux !

Cannibal Holocaust : l’inhumanité n’est pas là où on le croit

Si Deodato a contribué à faire naître le genre du mondo, Cannibal Holocaust n’est peut-être pas le film du genre qui accumule le plus de scènes choquantes de manière absolument gratuite. Il n’est pourtant pas en reste, puisque l’on a accusé l’équipe de violences réelles exercées sur des animaux lors du tournage – et à raison, puisque le réalisateur a reconnu avoir agi avec stupidité en tirant à balles réelles sur sept animaux. Et dire que, huit ans avant la sortie du film, les États-Unis s’engageaient pour la fin des violences sur les animaux lors des tournages ! La première certification « No animals were harmed », créée par l’American Humane Association, était accordée au Gang des dobermans de Byron Chudnow. Décapitation de singes et de tortues, cochons abattus à bout portant… De tels actes seraient bien évidemment impensables dans le cinéma de fiction actuel.

Mais Cannibal Holocaust fut confronté à la censure et à l’interdiction dans de nombreux pays pour des scènes bien plus crues : les fameuses images de l’équipe de tournage portée disparue sont d’ailleurs jugées si dérangeantes que les autres personnages estiment eux-mêmes qu’elles ne devraient pas être dévoilées au grand jour. Peut-être tout simplement parce que les êtres les plus bestiaux étaient l’équipe de tournage elle-même, qui aura en réalité assouvi ses horribles pulsions et manipulé la réalité à leur avantage. Le viol d’une jeune amazonienne ensuite retrouvée morte (l’ambiguïté planant sur la manière dont celle-ci s’est produite) mène tout simplement à la vengeance et au massacre : œil pour œil, dent pour dent. La caméra de l’équipe devient leur seule opportunité de laisser une marque en choisissant le mensonge et en désignant ainsi les amazoniens comme des sauvages sanguinaires…

The Green Inferno : la vengeance est un plat qui se mange froid

Il semblerait que Eli Roth embrasse pleinement le regard de la tribu qu’il met en scène, puisqu’il se plaît à décrédibiliser la démarche de ses pauvres personnages pourtant venus protéger la population locale. Entre la tête à claques et le garçon éternellement relégué à la friendzone face à l’héroïne, Justine (Lorenza Izzo, que l’on retrouve aussi dans Knock Knock !), on trouvera aussi une hypocondriaque névrosée, pas vraiment à l’aise à l’idée d’être prisonnière dans une cage. Difficile de ne pas éviter une crise de rire lors de la scène du crash d’avion, où l’un des personnages déverse du vomi sur l’ensemble de ses camarades. Les rares survivants de The Green Inferno font corps (sans mauvais jeu de mots) avec la culture tribale : Justine, recouverte de peinture par la chef de clan, manque d’être confondue avec un membre de la tribu avant d’être secourue et encourage à ne pas recourir à la violence contre les cannibales… bien qu’elle ait vu une bonne partie de ses camarades mourir dans d’affreuses circonstances.

S’il y a bien un point d’accord à tirer entre Cannibal Holocaust et The Green Inferno, il s’agit bien de leur fin vouée à tirer un trait sur les événements passés. Dans le premier cas, pour ne pas dévoiler la cruauté de l’homme occidental envers les indigènes ; dans l’autre, pour ne pas mettre ses derniers en danger. Le genre du mondo a contribué à développer un stéréotype de cette communauté qui est non seulement dangereux, mais également très offensant envers les tribus amazoniennes, cantonnées dans d’autres films à des rôles sexuels ou d’une violence inouïe. Le mondo a certes provoqué de grands changements dans l’histoire du cinéma à son époque, mais il s’y inscrit davantage pour les polémiques qu’il a suscité que pour son audace sans limites.


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