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[Rétrospective Burton] A quoi reconnaît-on une musique de Danny Elfman ?

Le cinéma est ponctué de duos mythique : l’année dernière, lors de notre rétrospective dédiée à Christopher Nolan, nous avions consacré un article sur sa collaboration avec le compositeur Hans Zimmer. Tim Burton a lui aussi un alter ego musical : Danny Elfman. Ce dernier a écrit la musique du premier long métrage de Burton, Pee Wee Big Adventure, et les deux compères ne se sont depuis jamais quittés, ou presque. Elfman a travaillé sur la quasi totalité de la filmographie de Burton, excepté trois films : Ed Wood, Sweeney Todd et Miss Peregrine et les enfants particuliers.

Mais Danny Elfman ne s’est pas contenté de travailler avec Burton ; il a également signé les musiques de nombreux blockbusters comme Spider-Man (de Sam Raimi) ou Avengers : l’ère d’Ultron. On le trouve aussi derrière les bandes originales de films comme Le Monde fantastique de Oz ou Cinquante nuances de Grey, et c’est également lui qui a composé le générique de la série Les Simpsons ! Malgré cette diversité, le style de Danny Elfman est reconnaissable entre mille : mais pourquoi donc ? Qu’a-t-il de si particulier, et pourquoi s’associe-t-il aussi bien aux films de Tim Burton ? Survol du travail de ce compositeur de génie et zoom sur trois extraits de films burtoniens : Edward aux mains d’argent, Sleepy Hollow et Charlie et la chocolaterie.

Note : si vous avez accès à Spotify, vous pouvez écouter toutes les musiques que nous mentionnons dans l’article via la playlist que nous avons préparée.

 

Danny Elfman, compositeur burtonien par excellence

Même sans avoir des connaissances spécifiques en termes de musique et de composition, on peut facilement dire qu’un morceau de Danny Elfman est identifiable au bout de quelques secondes, sans même vraiment savoir pourquoi… Et si un amateur peut reconnaître une de ses musiques, c’est parce qu’il s’en dégage moins une spécificité technique qu’une même atmosphère, un même sentiment. Le compositeur excelle en particulier dans la création d’un univers mystérieux, qu’il soit merveilleux ou inquiétant, féerique ou horrifique, calme ou déjanté, ce qui se calque impeccablement sur le style visuel de Tim Burton. C’est une musique qui interpelle l’oreille et qui va alors retranscrire et transmettre un sentiment d’étrangeté.

Sans proposer une analyse trop technique du style de Danny Elfman (nous ne sommes pas des spécialistes en la matière !), nous pouvons toutefois citer quelques éléments caractéristiques du compositeur. Pour donner cet aspect étrange et gothique à ses musiques, Elfman joue sur la mélodie et le rythme, privilégiant par exemple les accords mineurs qui apportent une teinte plus sombre à la mélodie, ainsi que des enchaînements d’accords, des changements de tonalité ou de rythme soudains qui vont surprendre le spectateur et lui transmettre cette idée  d’anormalité, comme on peut l’entendre dans Batman. Le choix des instruments a aussi une grande importance : les bois – notamment la clarinette – donnent un côté intriguant dans Big Fish, le piano apporte une sorte de gravité déjantée dans Beetlejuice ou au contraire une tristesse langoureuse dans Les Noces funèbres, la harpe traduit le lyrisme et la poésie de Edward aux mains d’argent, et les cuivres retranscrivent l’excitation optimiste de Jack dans L’Etrange Noël de M. Jack.

Mais la plus grande particularité de la musique de Danny Elfman est l’utilisation quasi systématique des chœurs. Sans eux, les musiques d’Elfman perdent leur âme ! Avec des chants majoritairement constitués de « ooh » et de « ah », ils apportent la plupart du temps un côté fantasmagorique qui convient alors parfaitement aux atmosphères de films de fantômes de Burton comme Beetlejuice ou Les Noces funèbres. Selon les musiques, ils transmettent l’émerveillement (comme dans Edward aux mains d’argent) ou bien sont inquiétant, étranges (c’est le cas des chœurs d’Alice aux pays des merveilles). Toutefois, c’est bien une marque de fabrique de Danny Elfman, qui ne se retrouve pas seulement dans les films de Tim Burton. Les chœurs sont aussi présents là où on les attend moins, comme par exemple dans la musique de Spider-Man !

Edward aux mains d’argent : merveilleuse mélancolie

Nous avons déjà eu l’occasion de parler de la musique la plus emblématique d’Edward aux mains d’argent dans un précédent article de notre rétrospective, mais impossible de parler de Danny Elfman sans mentionner ce film ! « Ice Dance », dont nous parlions dans l’article en question, est une musique qui traduit l’émerveillement, l’innocence et la beauté de l’amour que se portent mutuellement Kim et Edward. Mais le film est aussi emprunt d’une tristesse, d’une gravité inhérentes au personnage d’Edward, seul, isolé et monstre incompris dans un monde standardisé.

La musique qui accompagne la mort du créateur d’Edward représente parfaitement cette ambivalence. Lorsque Edward découvre ses futures mains, la musique retranscrit le sentiment de joyeuse découverte, l’émerveillement qu’un enfant peut avoir en ouvrant un cadeau : la flûte et les cordes voyagent dans les aigus, et on retrouve les quelques notes du thème principal du film qui procurent au spectateur un sentiment de sécurité. Puis le visage de Vincent Price se fige, et alors que l’image est énigmatique, c’est la musique qui indique au spectateur que quelque chose de terrible est en train d’arriver : les violons tremblent, les instruments glissent vers les graves, les percussions s’immiscent dans la musique. Le créateur d’Edward est mort. La violence de la musique est prompte et le calme est vite retrouvé pour laisser place à une terrible mélancolie et une tristesse engourdissante mise en valeur, une fois encore, par les chœurs.

Charlie et la chocolaterie : excentricité et agitation

Les musiques d’introduction ont toujours une grande importance dans les films de Burton : elles donnent immédiatement le ton. Dans le cas de Charlie et la chocolaterie, le morceau de Elfman nous permet d’avoir un aperçu de l’excentricité et de la folie de Willy Wonka et de son usine, alors que le spectateur ne découvrira le chocolatier que bien plus tard dans la narration.

Avant même que l’on entre dans l’usine, alors que les images montrent un paysage neigeux calme et sombre, les cordes marquent un rythme saccadé et rapide qui transmettent un sentiment d’urgence, d’une folle activité : celle de l’usine. Puis les chœurs arrivent en trombe : cette fois-ci, on quitte les « ooh » et les « ah » fantasmagoriques pour des sons rapides à bases de consonnes, chantées par les voix enfantines et excentriques des Oompas Loompas. Les images se succèdent ensuite pour nous présenter les étapes de la fabrication de la célèbre barre de chocolat Wonka, sur une musique toujours aussi saccadée qui rappelle les mouvements répétitifs des machines. Danny Elfman utilise aussi des sons électroniques pour renforcer l’aspect industriel.

Si quelques secondes de calme rappellent au spectateur l’aspect merveilleux d’une telle usine çà et là, elles sont vite remplacées par l’air fou et extravagant chanté par les Oompas Loompas. Le calme ne revient vraiment qu’une fois la caméra posée sur Charlie : les cordes et les chœurs typiques de Elfman reviennent pour renforcer cet aspect de conte invoqué par la voix du narrateur et l’innocence du petit garçon.

Sleepy Hollow : inquiétante apparition

Nous avons vu comment Danny Elfman arrive à retranscrire l’aspect conte de fée mélancolique des films de Burton, ainsi que son côté déjanté ; il ne reste plus qu’à se concentrer sur une scène qui retranscrit sa facette inquiétante, fantasmagorique. Et quoi de mieux que Sleepy Hollow, thriller gothique sur des meurtres en série perpétrés au 18e siècle?

Dès les premières notes, la musique du générique plante une atmosphère angoissante en combinant deux éléments : les violons stridents aux notes saccadées, et les cuivres graves au pas lourd. Plus tard, les deux groupes d’instruments dialoguent entre eux, les cuivres répétant la mélodie des cordes, comme pour retranscrire une sorte de course poursuite entre une victime et un monstre, ce qui est amplifié visuellement par l’image de la calèche qui avance à toute hâte. Lorsque le personnage de Johnny Depp arrive enfin, les chœurs s’immiscent dans la musique et ont clairement ici cet aspect fantasmagorique dont nous parlions précédemment : ils donnent une impression de village hanté grâce à la voix féminine, fluide, qui fait comme écho au brouillard impalpable à l’image. La musique se calme, et seuls les violons, toujours dans les aigus, continuent d’angoisser le spectateur : ils répètent sans cesse la même suite de quatre notes tout en changeant d’accords, ce qui crée ce sentiment d’étrangeté, d’anormalité, de dissonance.


Sources


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