[Rétrospective Biopic] Pierre Bergé, ce personnage de fiction

La notion de personnage est toujours ambiguë dans le biopic. Comme nous l’écrivions dans l’article d’introduction, le personnage est central, le film se construit autour d’une ou plusieurs personnalités. Ce qui différencie profondément le documentaire du biopic, c’est justement cette notion d’identité, qui dans le premier cas ne fait qu’un, puisque c’est le corps filmé qui joue son propre rôle et crée le personnage à l’écran. A la différence, le biopic a recours à un tiers, l’acteur, qui va incarner une personnalité, et l’introduit dès lors dans le domaine de la fiction. Tout l’enjeu du biopic est dans la manière avec laquelle il arrive à faire ressusciter son personnage. Comment doser alors à quel moment l’homme de la réalité devient un personnage de fiction ? Qui est au service de qui ?

Cette rentrée 2017 a été marquée par la mort d’un homme, Pierre Bergé, qui nous a quitté le 8 septembre dernier. Bergé était de ces personnalités qui donne matière à fiction. Mécène et ancien PDG de Yves Saint Laurent, Pierre Bergé était activement impliqué dans le combat LGBT, et la lutte de l’association ACT’UP récemment mise en lumière par le film 120 battements par minute. En 2014, ce n’est pas un mais deux biopics consacrés à Yves Saint-Laurent qui font leur sortie sur grand écran. En janvier, Pierre Niney devient YSL pour Jalil Lespert, alors que 9 mois plus tard, c’est Gaspard Ulliel qui endosse le rôle devant la caméra de Bertrand Bonnelo. A leurs cotés, Guillaume Gallienne puis Jérémie Renier vont eux devenir les Pierre Bergé de ces deux films français. L’occasion de revenir sur deux interprétations, et plus largement sur deux films que tout rapproche et tout oppose.

Quand l’homme du monde est déjà fiction

Il ne s’agissait pas à l’époque de ressusciter Pierre Bergé qui, alors bien vivant, avait pris part aux débats entre les deux films. Chez Lespert, Pierre Bergé est l’unique narrateur du film. Il prend peu à peu toute la place, étouffant la vision même du réalisateur. Étouffant, mais pas suffocant. Le film se transforme, grâce à l’interprétation de Gallienne, en une déclaration d’amour de Pierre Bergé à Yves Saint Laurent, et c’est toute la beauté du film. Le maître avait à l’époque validé cette proposition faite par Jalil Lespert, qui grâce à un long travail de documentation avait réussi à faire renaître dans la fiction la réalité d’une relation amoureuse passionnelle et fusionnelle.

A l’inverse, Bertrand Bonnelo a laissé en arrière plan la construction de cette relation, voulant faire de son (anti)biopic la démonstration de la descente aux enfers du couturier. On comprend alors la colère de Bergé contre le film de Bonnelo, qui, selon lui, n’était pas un biopic mais une fiction fantasmée par le réalisateur. Le personnage de Pierre Bergé offre donc une illustration parfaite de notre hypothèse de départ. Au-delà du personnage d’Yves Saint Laurent, évidemment central dans les deux biopics, celui de Pierre Bergé était au service des deux réalisateurs, qui ont décidé de plus ou moins l’ancrer au cœur de la fiction. Jalil Lespert l’a laissé prendre les commandes, conscient qu’il serait le mieux placé pour raconter l’histoire d’Yves Saint Laurent.


Retrouvez aussi dans notre rétrospective consacrée aux biopics :

 


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