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[Rétrospective Bande dessinée] Comment adapter visuellement une BD ?

Médium très graphique, la bande dessinée est adaptée depuis des décennies au cinéma. Peut-être car elle est née en même temps que le cinéma. Surement car c’est un art très visuel qui, malgré l’aspect figé de ses bulles, est en fait très mouvementé, très énergique. Les exemples sont nombreux sur les différentes possibilités, mais intéressons nous aujourd’hui à un échantillon de films réalisés par de grands cinéastes qui ont su adapter avec panache des bandes dessinées au cinéma.

Quand il s’agit d’adapter au cinéma quelque chose de pré-existant (une bande dessinée, un roman, une musique, une peinture…), la question du respect de l’œuvre se pose. Au sens le plus primaire du terme, adapter signifie transposer une œuvre pour qu’elle convienne à un autre public, à une autre technique. Les cinéastes sont donc face à un choix : adapter formellement le plus justement possible une œuvre (ou plutôt son esprit) ou bien s’en écarter le plus possible. Nous nous intéressons ici à la première hypothèse.

Sin City : le formalisme américain

Dans les exemples les plus parlants d’une adaptation réussie dans la forme, quoi que très différente du matériau originel, on peut citer Sin City de Robert Rodriguez. Adaptée des comics éponymes de Frank Miller, le film décide d’épouser un style visuel très surprenant, jouant sur les couleurs. Tout comme la bande dessinée, le film Sin City est globalement monochromatique (en noir et blanc) mais ponctué de couleurs vives et très saturées (du rouge, du jaune) pour intercepter et interloquer l’œil du spectateur.

Toutefois, le réalisateur apporte sa touche personnelle en inscrivant son adaptation dans le registre des films noirs des années 60/70 (voix off, personnages taciturnes et sombres, femme fatale). Ce qui ne l’empêche pas de parfaitement adapter le style de la BD : les bulles se transforment en séquences en split-screen (lorsque l’écran est coupé en plusieurs parties), avec un usage de la 3D et du numérique très intelligent. Le formalisme de Rodriguez permet alors de créer une œuvre visuellement inédite qui, sans être une pure adaptation de la BD (le film propose des intrigues originales) ni un vrai film classique, est un produit hybride des deux arts… jusqu’à l’idée de ne pas créer une seule histoire, un seul récit, mais plusieurs entrecoupés de génériques de fin (comme une succession de court-métrages, ou de tomes de bande dessinée). Rodriguez casse donc les codes des deux médiums pour mieux les respecter.

Watchmen et Zack Snyder : donner un « style comic »

Mais là où Sin City se sert d’une mise en scène volontairement tape à l’œil pour tenter de matérialiser à l’image le style de la BD, d’autres cinéastes n’en font pas le même usage. Critiqué par certains, adulé par d’autre, le cinéaste Zack Snyder a une patte visuelle bien à lui, composée d’une photographie extrêmement sombre (là encore résumée à une quasi monochromie), et de ralentis très esthétisés. Dans Watchmen, il fait du comic originel une grande fresque de 3h dans laquelle il réinvente le matériau de base pour proposer une relecture fidèle à son propre style. Il réactualise notamment l’époque (le film de 2009 adapte une série de comics publiés dans les années 1980) et apporte un aspect très sombre et politique à son intrigue, partant du postulat que les super-héros ont aidé à gagner la guerre du Vietnam.

Il fera de même quelques années plus tard avec Man of Steel et surtout Batman v Superman. Là encore, il adapte un comic de Frank Miller (l’auteur de Sin City). S’il ne cherche pas à rappeler qu’il adapte une BD pendant toute son œuvre, il ponctue ses films de plans iconiques, des plans presque figés qui rappellent des cases de BD cultes.

Tintin et Spider-Man : l’art du mouvement par l’animation

La liste de films adaptés de bandes dessinées est extrêmement longue, et il n’est question ici que d’analyser une petite partie du spectre du genre. Il est donc important d’évoquer l’un des usages les plus courants pour adapter une BD : l’animation. Récemment, évoquons les sublimes Tintin de Spielberg et Spider-Man : New Generation de Peter Ramsey. L’un comme l’autre usent de procédés visuels assez époustouflants pour impressionner le spectateur et tenter de reproduire la sensation de mouvement qu’a un lecteur en passant d’une case à l’autre.

Tintin a été tourné en motion-capture, technique démocratisée par Avatar (et dont on vous parlait ici). Ce sont des vrais acteurs qui interprètent les personnages d’animation, et chacun d’entre eux est ensuite transformé en personnage animé. Le message est fort : on prend des acteurs de chair et de sang pour ensuite les métamorphoser en dessin, afin d’être plus près de leur version de la BD. Pour le dernier Spider-Man, le choix judicieux utilisé est de mixer des dessins en 2D et d’autres en 3D, tout en ayant la volonté d’iconiser formellement Spider-Man. Le résultat est visuellement magistral, et est – en un sens – la meilleure adaptation cinématographique d’un comic.

De très nombreuses œuvres, très variées, sont adaptées de BD et le font de manière très intéressante. On aurait pu évoquer le formalisme comique de The Green Hornet de Michel Gondry (l’un des plus grands créateurs d’image actuel), la trilogie The Dark Knight de Nolan qui a bouleversé et changé à jamais la vision des comics au cinéma, dans un registre bien plus sombre. Un réalisme auquel la saga Marvel s’inspire énormément, même si elle tente – dans presque chaque film – de créer un plan iconique à la Snyder.

Enfin, après avoir évoqué de long en large les nombreuses trouvailles visuelles pour adapter correctement une BD, il nous aurait fallu évoquer ce qui n’existe pas dans un livre : le son. En ça, la musique dans les adaptations de BD ont un impact conséquent, que ça soit par des compositeurs de cinéma (Hans Zimmer, John Williams, Michael Giacchino), des compositeurs classiques (le minimalisme de Phillip Glass dans Watchmen, la puissance de Beethoven dans la saga X-Men…) ou des chansons populaires (Les Gardiens de la galaxie en est le parfait exemple), et permettent de retranscrire des émotions que l’on en a en lisant, de matérialiser notre imagination.

Conclusion : adapter une BD au cinéma est forcément compliqué. Il s’agit de donner du mouvement à des images figées, de leur donner du souffle et de l’énergie tout en étant respectueux de l’œuvre originale. Un enjeu conséquent, auquel de grands cinéastes ont su répondre avec de grands films ! 


A découvrir chaque semaine dans la rétrospective De la BD à l’écran :


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