[Rétrospective Villeneuve] « Jake Gyllenhaal fait de moi un meilleur réalisateur »

Tim Burton et Johnny Depp, Martin Scorsese et Leonardo DiCaprio… Il y a des rencontres entre acteurs et réalisateurs qui marquent le monde du cinéma. Que ce soit par affinités personnelles ou parce qu’ils partagent les mêmes idées, certains cinéastes trouvent en certains acteurs non seulement un potentiel particulier dans leur interprétation, mais parfois aussi un soutien, un coéquipier. Pour Denis Villeneuve, il s’agit de Jake Gyllenhaal, qui a joué dans deux de ses films : Enemy et Prisoners.

L’histoire du duo Villeneuve/Gyllenhaal commence avec le tournage d’Enemy (ce film, pourtant sorti dans les salles françaises après Prisoners, a bel et bien été tourné avant). Jake Gyllenhaal y joue un professeur d’université qui découvre l’existence d’un homme lui ressemblant comme deux gouttes d’eau. Durant le tournage, Villeneuve propose à Gyllenhaal de travailler sur son nouveau projet, Prisoners. Il devient alors l’inspecteur Loki, chargé de retrouver deux petites filles disparues. Ce deuxième film fut un véritable succès, qui permit d’ailleurs à son prédécesseur, Enemy, d’être finalement distribué en France. Enfin, en 2016, les médias annonçaient un troisième projet commun, adapté du roman policier The Son, de Jo Nesbo. Cette fois-ci, Jake Gyllenhaal produira le film, dont le casting n’est pas encore connu.

À armes égales

Dès le tournage de Enemy s’installe entre les deux artistes une connexion forte. Denis Villeneuve apprécie l’intelligence et la profondeur que l’acteur apporte à son personnage. De son côté, Jake Gyllenhaal se laisse convaincre par l’énergie créative du réalisateur.  « Il a gagné ma confiance et j’espère que nous avons aussi gagné la sienne »*, expliquait-t-il dans le making of du film.

Les deux artistes instaurent dès lors un dialogue qui tend à brouiller les hiérarchies et les place sur un pied d’égalité, comme deux collaborateurs puisant chacun dans la créativité de l’autre. Jake Gyllenhaal propose beaucoup à Denis Villeneuve : dans Prisoners, il vient creuser son personnage en lui ajoutant quelques caractéristiques telles qu’un clignement des yeux compulsif. Un dialogue constructif, qui les amène à se remettre en question et à mieux faire, ensemble. « Jake veut toujours aller plus loin à chaque fois et j’ai l’impression que travailler avec lui fait de moi un meilleur réalisateur »*, avoue alors Denis Villeneuve.

Les deux artistes improvisent également beaucoup, créant, faisant évoluer le scénario en duo. Une habitude que le réalisateur ne développe pas avec tous les acteurs, expliquait Jake Gyllenhaal. « Ce qui est plaisant dans l’idée de travailler avec lui une deuxième fois, c’est qu’il savait que mes improvisations étaient au service de l’histoire, et pas de mon personnage, ni de moi-même. C’est pour ça que l’on adore travailler ensemble. »*

Un même goût pour le mystère

Au-delà des affinités personnelles et du plaisir de travailler ensemble, ce qui rend la collaboration entre Denis Villeneuve et Jake Gyllenhaal aussi réussie, c’est ce goût commun pour le mystère. Depuis plusieurs années déjà, les rôles qu’interprète l’acteur sont la plupart du temps des énigmes. De Donnie Darko en 2001 à Nocturnal Animals en 2017, en passant par Zodiac (2007) ou Source Code (2011), l’acteur privilégie des personnalités complexes, des intrigues qui donnent à réfléchir, et l’on ressort de ses films l’esprit confus, tout comme pour les films de Villeneuve.

Dans Enemy et Prisoners plus particulièrement, les rôles de Jake Gyllenhaal sont très différents et regroupent pourtant beaucoup de similarités : solitaires, peu bavards, mystérieux, on ne sait pas au premier abord si l’on apprécie l’inspecteur Loki (Prisoners) et Adam Bell/Anthony Claire (Enemy), ni quelles sont leurs intentions. Bien sûr, cela est beaucoup plus ambigu dans Enemy, puisque c’est l’intrigue même qui souhaite cette confusion sur l’identité des personnages, mais cela est également très visible dans Prisoners, bien que volontairement moins accentué.

Parce que ce n’est pas le centre de l’intrigue de Prisoners, on sait finalement très peu de choses sur l’inspecteur Loki. Et pourtant, son personnage est très complexe et détaillé. Ce tic qui le fait cligner des yeux, ces tatouages qu’il semble vouloir cacher, d’où viennent-ils ? Ce silence, lorsque la femme de Hugh Jackman lui demande s’il a des enfants, ou si ses enquêtes ont toujours été un succès, que signifie-il ? Jamais aucune explication n’est apportée à ces détails, et pourtant ils sont primordiaux pour la construction du personnage. Jake Gyllenhaal et Denis Villeneuve ont cette capacité à suggérer sans dire, à questionner sans répondre, apportant une profondeur dans laquelle le spectateur se plait à s’engouffrer.

* Sources


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