[Dossier] Bilan 2017 (1) : l’émergence des nouveaux talents

La bûche de Noël, les chaussettes sous le sapin… chaque fin d’année vient avec son lot de traditions. Parmi elles, l’envie de faire un bilan des 12 mois précédents afin d’en tirer des conclusions, un fil rouge ou autre. Cette année, en plus du TOP et FLOP 10 de la rédaction, nous avons eu envie de tirer notre propre bilan de l’année cinématographique écoulée.

Cela faisait beaucoup d’années que le cinéma ne s’était pas autant renouvelé en terme d’auteurs. Si l’on remonte aux années passées, les meilleurs films étaient souvent ceux accomplis par des cinéastes chevronnés, même si de belles surprises venaient des petits nouveaux. Cette année, personne ne l’a ignoré, les premiers films tant français qu’étrangers ont occupé le devant de la scène tandis que des grands cinéastes ont soit divisé, soit déçu.

Une relève efficace

Remontons un peu dans le temps. À l’automne 2016, les Festivals de Toronto et Venise voient émerger des seconds ou troisièmes films de cinéastes : Manchester by the sea (3ème film du scénariste Kenneth Lonergan), Nocturnal Animals (2nd film du styliste Tom Ford) et, bien sûr, Moonlight (2nd film de Barry Jenkins) et La La Land (3ème film de Damien Chazelle). Cette nouvelle génération de cinéastes frappe de plein fouet l’industrie, et on ne s’étonnera pas de les voir repartir les mains pleines de trophées, comme une bénédiction du milieu de leur talent : Moonlight remporte l’Oscar du meilleur film, Damien Chazelle devient le plus jeune de l’histoire à recevoir l’Oscar du meilleur réalisateur tandis que Manchester by the Sea repart avec l’Oscar du meilleur scénario original. Les dés sont lancés. Au grand dam de Martin Scorsese (Silence), Mel Gibson (Tu ne tueras point) ou Denzel Washington (Fences).

Quelques mois plus tard, le Festival de Cannes voit les habitués de la Croisette devoir partager les honneurs avec la nouvelle génération… Tandis que Haneke (Palme d’Or pour Le Ruban Blanc en 2009 et Amour en 2012) livre avec Happy End son film le plus oubliable (moins de 100 000 entrées en France !), Sofia Coppola ne réussit pas à dépasser les 500 000 entrées avec Les Proies (et ce malgré un casting 5 étoiles), de même que Hazanavicius (Le Redoutable), Lanthimos ou Ozon. À l’inverse, les frères Safdie font une percée remarquable avec Good Time tandis que 120 battements par minute de Robin Campillo (son 3ème film) repart avec le Grand Prix !

Enfin, l’année fut jalonnée de succès surprise, notamment des premiers films d’anciens de la FEMIS avec Petit Paysan (Hubert Charuel), Ava (Léa Mysius) ou, l’événement du cinéma de genre de l’année, Grave (Julia Ducourneau). Mais aussi, évidemment, Get Out (Jordan Peele), qui décroche le prix de film le plus rentable de l’année (en remportant 55 fois son budget initial). Même les blockbusters sont aux mains d’artistes peu expérimentés mais talentueux, de Blade Runner : 2049 de Denis Villeneuve qui, s’il réalise un film par an, reste encore nouveau à Hollywood, à Patty Jenkins dont Wonder Woman n’est que son second film, en passant par Andés Mushietti qui a réussi à hisser le film Ça au rang de plus gros succès de l’Histoire pour un film horrifique. Bref, quelque soit le genre, le budget ou l’ambition, 2017 fut l’année de l’émergence de nouveaux talents. Mais pourquoi ?

Où sont les anciens ?

L’une des réponses tient dans la question : parce que les grands ont déçu. Avec Happy End, Haneke livre un film faiblard et encore plus bourgeois que ses précédents. Chez Scorsese, malgré les qualités de Silence, son film se range parmi les films religieux du cinéaste, donc forcément moins accessibles et peut-être aussi moins intéressants : tous les films de Scorsese sont traversés par le Christ, mais c’est quand il en parle frontalement qu’il en parle le moins bien. Avec Dunkerque, Christopher Nolan a divisé : simple exercice de style ou véritable film immersif ? En France, beaucoup ont reproché au film son point de vue très anglais et historiquement faux. Résultat, pour revoir ses chiffres au box office chez Nolan, il faut remonter en 2006 avec Le Prestige. Les super-héros aussi commencent à s’essouffler : malgré une sortie fin octobre, Thor Ragnarok s’effondre en seconde semaine quand Justice League est un échec.

En fin de compte, force est de constater que si les grosses machines américaines réussissent toujours à fédérer, grâce à des moyens marketing énormes, il n’empêche que le spectateur attend autre chose. Car les succès consécutifs de tous ces premiers, deuxièmes ou troisièmes films ne sont pas dû au hasard mais bien à une alternative en train de se construire. Le tout aidé aussi par la qualité de ses films, souvent de haute volée. Moonlight, par exemple, traitait d’un sujet presque jamais évoqué au cinéma : l’homosexualité dans la communauté noire. Un film sur l’importance de l’identité, d’être soi-même, sublimé par sa mise en scène (notamment la photographie opposant le rouge/feu au bleu/eau). Couleurs toujours chez La La Land qui remettait au premier plan la comédie musicale, le tout en rendant hommage aux films français de Jacques Demy. Petit Paysan, lui, racontait le quotidien d’un jeune agriculteur dans la campagne française, décors bien trop peu filmés dans le 7ème art, et qui permettait à une partie du public de s’y identifier. Dans le film de Charuel comme dans Grave et Ava régnait un style naturaliste presque documentaire qui oscillait parfois avec des visions fantastiques/rêvées assez incroyables. Un mélange des genres plus que bienvenu.

Enfin, Get Out n’était pas un énième film d’horreur : l’épouvante ici, le monstre, c’était le racisme. On tenait donc le premier film de l’ère trumpienne, comme en écho au président américain, qui traitait de la middle-class blanche américaine faussement ouverte d’esprit. En bref, cette année, ces films avaient en commun la question de l’identité, du vivre ensemble, d’assumer ses qualités comme ses défauts, et mettait au premier plan des héros alors invisibles au cinéma (de Little de Moonlight au Petit Paysan jusqu’à la super-héros féminine Wonder Woman). Une vision qui, loin de dépayser le spectateur, lui rappelait que les véritables héros ne sont pas que sur grand écran, mais autour de nous, qu’on les côtoie.

Conclusion : ainsi donc, 2017 fait figure d’exception dans l’histoire contemporaine du cinéma. Elle est de ces années creuses où peu de grands auteurs ont sorti de films et, quand ils l’ont fait, s’y sont cassé les dents : par une qualité douteuse, ou juste par une envie des spectateurs d’autre chose. Une envie qui a permis à de jeunes cinéastes de briller. Et l’année prochaine ? Si on espère la continuité des artistes découverts en 2017 et la découverte de nouveaux, force est de constater que les regards seront tournés sur les auteurs confirmés : Spielberg et ses deux films, Del Toro, Wes Anderson, Paul Thomas Anderson, Joe Wright, le retour de Scorsese, James Wan ou Shane Black. À suivre…


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