Danny ElfmanRétrospectives

[Rétrospective Elfman] Sa relation avec Tim Burton, pas si simple…

Difficile de dissocier Danny Elfman de Tim Burton puisqu’une très grande partie de ses compositions sont nées pour coller aux films du réalisateur. Et, tout comme le cinéaste, le musicien a la réputation d’être extravagant, d’être un personnage loufoque. Comment ces deux énergumènes auraient-ils pu se louper ? Bien que leur rencontre, nous vous le racontions, ait été fortuite, il était évident que les deux artistes soient de mèches !

Pour donner une idée de la grandeur de ce duo, Mars Attacks !, c’était Elfman-Burton. Beetlejuice, c’était Elfman-Burton. Alice au pays des Merveilles, c’était Elfman-Burton. Tout comme Big Fish, La Planète des Singes, Batman (auquel nous avons consacré un article), ou encore Les Noces Funèbres. La plupart du temps, même sur des films dont la qualité pose question, le rendu musical est à la hauteur. La relation entre le musicien et le réalisateur est-elle la relation parfaite ? Pas si sûr…

Danny Elfman, télépathe ?

Leur collaboration a débuté sur Pee-Wee Big Adventure. Dès le début, les deux personnages ont noué une relation très intime puisqu’ils s’invitaient l’un chez l’autre pour créer ensemble les musiques de ce long-métrage. C’était au début des années 80 (le film sort aux Etats-Unis en 1985, en France en 1987). Ils enchaînent avec un morceau cinématographique de cette décennie, Beetlejuice, qui s’installera dans les salles obscures françaises à partir de décembre 1988. Les années passent, les succès (qui parfois pointent le bout de leur nez bien après la sortie sur grand écran) s’enchaînent ; le duo semble fonctionner. Tim Burton, à propos de L’Etrange Noël de Mr. Jack sur lequel les deux artistes n’avaient aucune base pour composer ni ériger le film, confiait¹ : « Danny et moi, on se connait tellement bien que le fait d’avancer dans le flou le plus complet n’avait pas tellement d’importance. On a donc tenté le coup. Il a mis deux à trois mois pour écrire toutes les chansons. »

Danny Elfman, que nous avons rencontré lors de sa venue en septembre dernier à Paris, assure qu’avec Tim Burton, « on est une équipe ». Mais pour lui, composer pour le réalisateur n’est pas si facile… « Tout le monde pense qu’on a un rapport très simple, parce que j’aurais la capacité de lire dans ses pensées. Mais c’est tout l’inverse ! Il est peut-être la personne la plus difficile à déchiffrer. Il est déjà arrivé plusieurs fois que je fasse des musiques qui ne lui convenaient pas. Parfois, ça a été un long travail pour qu’on trouve des points d’accord sur une œuvre. Des fois le voyage est direct et simple, des fois il est sinueux mais il y a toujours moyen de trouver une solution qui convienne à chacun de nous. La question qui se pose à chaque nouvelle collaboration est : cette fois, est-ce que cela sera facile, ou compliqué ? »

Des mois sans s’adresser le moindre mot

Le cinéaste a fait l’impasse sur le musicien sur deux de ses films uniquement. Le premier est Ed Wood, le second Sweeney Todd : Le Diabolique Barbier de Fleet Street (qui est d’ailleurs une comédie musicale). Dans le premier cas, les deux acolytes connaissaient une période de remous. En effet, sur L’Etrange Noël de Mr. Jack, Tim Burton avoue qu’ils « se chamaillai[ent] en permanence sur le tournage. Danny, Henry Selick (le « vrai » réalisateur du film – Tim n’était « que » scénariste et directeur artistique, ndlr.), Caroline Thompson (scénariste, ndlr.) et moi. On a agi comme des gamins. En tout cas c’est comme ça que j’ai ressenti les choses. Je crois que, comme dans toutes les relations, il arrive un moment où il y a rupture, et c’était un de ces moments. Ça nous a fait le plus grand bien à tous les deux. »

Le compositeur non plus, ne se cache absolument pas des conflits qu’il a pu entretenir avec le réalisateur : « Avec Tim, on a eu d’énormes conflits. Nous ne nous sommes pas parlé pendant des mois et des mois à la fin de L’Etrange Noël de Mr. Jack. Pareil au moment où je faisais Batman : Le Défi(également connu sous le nom de Batman Returns, ndlr.). Mais bon, ça arrive parfois, surtout avec des personnalités marquées comme les nôtres. Une fois, après un an sans travailler ensemble, honnêtement, j’en avais marre de ce conflit. Et j’ai eu beaucoup de chance parce que lui aussi, ça l’ennuyait. A cette époque, il travaillait sur Mars Attacks! Et avait déjà engagé un autre compositeur. Mais un beau jour, j’ai reçu un appel qui disait « Allô Danny, est-ce qu’il te semble possible de considérer l’éventualité de retravailler ensemble ? » J’étais dans l’avion le lendemain, direction Kansas City où se tournait le film. On s’est vus, on a fixé comme règle de ne pas reparler de ce qui venait de se passer, et c’était reparti ! L’autre compositeur a été viré, moi embauché ! »

¹ Dans un entretien entre Tim Burton et Mark Salisbury, publié aux éditions Points, 2009.


À découvrir chaque jeudi du mois de ce décembre dans notre rétrospective spéciale Dany Elfman :

Jeudi 5 décembre : de Paris au monde entier
Jeudi 12 décembre : « Batman reste mon expérience la plus compliquée »
Jeudi 19 décembre : la face cachée de ce touche à tout
Jeudi 26 décembre : sa relation avec Tim Burton, pas si simple…


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