[Rencontre] Rami Malek : « Freddie Mercury est un rôle qui vous colle à la peau »

Le 31 octobre sortira en France Bohemian Rhapsody, qui relate la vie du chanteur Freddie Mercury, depuis la création de son groupe Queen jusqu’au Live Aid, l’un des concerts mythiques du groupe, en 1985. Rami Malek incarne le légendaire Freddie, tandis que le célèbre guitariste Brian May est interprété par Gwilym Lee, acteur britannique jusque là plutôt inconnu du public international. De passage en France pour promouvoir le film, les deux acteurs se sont livrés à un question/réponse avec le public.

Ils sont arrivés avec une étonnante modestie, presque troublés d’entendre autant d’applaudissements et de voir le public se lever pour les accueillir : pendant toute la durée de la rencontre, Rami Malek et Gwilym  Lee ont répondu avec simplicité mais beaucoup de précision et d’intérêt aux questions posées. Tout en nous livrant leurs pensées concernant la joie et l’appréhension de faire partie d’un biopic sur Queen, leur rencontre avec Brian May, le travail sur leurs personnages ou encore la vie extraordinaire de Freddie Mercury, les deux acteurs n’ont pas pu dissimuler toute l’admiration qu’ils ont pour les rôles qu’il interprètent.

Retrouvez également la critique de Bohemian Rhapsody


Comment avez-vous réagi quand vous avez su que vous alliez jouer les rôles de Freddie Mercury et Brian May?

Gwilym Lee : J’ai été pris d’une euphorie qui a duré plusieurs jours. Encore aujourd’hui je trouve ça un peu surréaliste de dire « Je suis Gwilym Lee et je joue Brian May” (rires). Mais cette euphorie est venue avec un sentiment de responsabilité, d’appréhension et de peur, parce qu’il allait falloir faire justice à cette légende, cette icône.

Rami Malek : Quand j’ai appris que j’allais jouer Freddie Mercury, mon cœur s’est presque arrêté ! J’ai eu un peu la même montée d’adrénaline que quand j’ai joué le concert Live Aid. Bien sûr la peur et l’appréhension sont inévitables, mais quand quelque chose comme ça vous est proposé, vous ne pouvez tout simplement pas refuser.


Comment de temps cela vous a-t-il pris de préparer vos personnages avant le tournage?

Rami Malek : J’ai appris que j’avais le rôle il y a a peu près deux ans, soit un an et demi avant le tournage. Mais je n’y croyais pas vraiment, et même si Graham King et Denis O’Sullivan (les producteurs, ndlr.) avaient les droits sur le film, aucun studio n’était encore impliqué et je savais qu’il pourrait décider de changer les acteurs en un claquement de doigt. Alors j’avais deux options : soit j’essayais de ne pas y penser, soit je pouvais commencer à me préparer. J’ai pris un avion pour Londres et j’ai commencé les leçons de piano et de chant. J’ai eu des dents faites sur mesure très tôt parce que je savais que cela allait être difficile de m’y adapter, non seulement pour parler mais aussi pour chanter sur scène. Tout cela a payé : lorsqu’on a commencé à travailler sur le film, j’avais déjà l’assurance nécessaire. On ne peut pas entrer dans ce monde sans avoir la sensation d’être vraiment prêt.

Gwilym Lee : J’ai rejoint le projet un mois et demi avant le tournage, ce qui ne laisse pas beaucoup de temps pour se transformer en une légende de la musique (rires). J’ai commencé par les aspects extérieurs, puisque ce sont des personnages célèbres : la voix, la façon de bouger, de danser sur scène. Puis j’ai essayé de voir comment cela affectait l’ « intérieur ». C’est un peu l’inverse ce que j’ai l’habitude de faire.


Durant le film, on a tendance à oublier que l’on ne regarde pas les vraies personnes, mais des acteurs. Comment avez-vous réussi à vous approprier autant les personnages?

Gwilym Lee : Nous ne voulions pas un « tribute band » (qui ne ferait que rendre hommage au groupe, ndlr.) Nous avons essayé d’incarner ces personnages, d’apporter quelque chose de nous-même, de notre propre âme. Quand nous avons commencé le tournage, nous avons fait les séquences du concert Live Aid. Nous avions préparé toutes les chorégraphies minutieusement, nous savions que c’était nécessaire parce qu’il s’agissait d’un moment iconique de l’histoire de la musique. Brian [May, le guitariste de Queen] et Roger [Taylor, le batteur] étaient là à la première séance de répétition. A la fin, Brian est venu me voir et m’a dit : « C’est très bien, tu as tous les détails. Mais n’oublie pas que je suis une rock star, et que j’ai l’ego qui va avec. » J’ai trouvé que c’était un conseil très utile : bien sûr il faut être précis et exact, mais il faut aussi le ressentir au fond de soi, que ce soit la joie que procure une performance ou tout autre sentiment.

Rami Malek : J’ai vraiment essayé de ne pas caricaturer Freddie Mercury ou d’en faire une imitation. Je voulais passer assez de temps à regarder des vidéos de lui et essayer de me transformer physiquement tout en restant Rami au fond de moi.

Gwilym Lee : Les costumes extravagants ont aussi beaucoup aidé. Certains sont tellement excentriques qu’il faut nécessairement se mettre au même niveau. On ne peut pas être subtil ou « petit » quand on porte un costume comme ça. Brian a été très généreux et a donné beaucoup de ses vêtements de l’époque pour le tournage.


Rami, quelle facette de Freddie Mercury avez-vous préféré jouer? Sa vie publique, privée, ses hauts, ses bas?

Rami Malek : Si Freddie était là, il vous dirait “toutes, darling” (rires). J’ai vraiment aimé tous ces aspects, parce que je me suis rendu compte que Freddie n’était pas tout blanc ou tout noir. Il était beaucoup de choses différentes, c’était un être humain très compliqué, riche et complexe. Mais, pour répondre à la question honnêtement, se pavaner sur scène en tant que Freddie Mercury, c’est l’un des trucs les plus amusants à faire.


Brian May était présent sur le tournage. Comment était-ce de travailler avec lui?

Rami Malek : Brian May a été un grand support dès le début du tournage, une sorte de fil conducteur. Je me souviens avoir été entre Roger Taylor et lui pendant qu’ils regardaient ma première scène en tant que Freddie. C’était une situation très gênante. Je n’arrivais pas vraiment à deviner ce que Roger pensait, mais à un moment, Brian a hoché la tête et a souri, et pour moi ça valait tout l’or du monde !

Gwilym Lee : J’étais très inquiet de le rencontrer mais il nous a mis aussitôt à l’aise avec sa générosité. Il est venu directement nous voir et nous a fait une accolade. On pouvait sentir qu’il était excité à l’idée que le projet prenne vie. Il a été très présent tout au long du tournage, non seulement pour nous donner des conseils techniques sur la façon de jouer de la guitare, ou sur des souvenirs concernant les concerts ou Freddie, mais aussi pour discuter, et le fait de juste passer un peu de temps avec lui en tant qu’être humain m’a permis d’absorber sa gestuelle, sa façon de parler. Si bien qu’à certains moments où l’on se retrouvait côte à côté dans une conversation de groupe, on se mettait à faire les mêmes gestes. J’ai commencé à être son reflet, ce qui l’a probablement fait un peu flipper ! (rires)


Comment ressort-on d’un tel tournage ?

Rami Malek : On n’en ressort pas vraiment, en fait ! Il ne s’est pas passé un jour sans qu’on (les quatre acteurs qui forment Queen, ndlr.) n’ait communiqué ensemble, et nous avons arrêté le tournage il y a 8 mois. On est tous sur un groupe WhatsApp…

Gwilym Lee : …qui s’appelle « Les Drama Queens » ! (rires)

Rami Malek : Plus sérieusement, c’est un rôle qui vous colle à la peau. Quand j’étais sur le tournage, j’étais à fond dans le personnage, si bien que je devais me dire « repasse en mode Rami, repasse en mode Rami ! » quand on sortait le soir au restaurant ! Parfois, j’arrivais à commander mon plat en tant que Rami, et des fois c’était impossible (rires). C’est une joie incomparable de jouer Freddie Mercury, et cela n’arrive qu’une fois dans la vie. C’est le genre de rôle qu’on ne veut pas quitter pour passer au suivant. On sait que l’on doit lui dire au revoir, mais c’est comme être à l’aéroport avec un être cher : on se retourne une fois, deux, trois fois, jusqu’au moment où il faut se décider à partir.


Y a-t-il une musique que vous auriez aimé voir dans le film et qui n’y est pas ?

Gwilym Lee : On entend « Somebody to love » dans le film, mais j’aurais adoré la jouer. C’est l’une de mes chansons de Queen préférées, et j’aurais vraiment aimé relever le défi de faire les harmonies vocales. La voix de Freddie est à son plus haut niveau et les harmonies du groupe sont probablement l’une des meilleures choses qui se soient faites en musique.

Rami Malek : Une que j’adore aussi, c’est « Don’t stop me now ». J’ai littéralement supplié les scénaristes de la mettre quelque part dans le film parce que franchement, j’étais prêt à la faire ! (rires)


Au delà de la musique, le film développe aussi le thème de la famille, et de ce lien qui unissait les membres de Queen…

Gwilym Lee : Complètement. Ce qui rend Queen aussi unique, c’est que ce sont quatre musiciens incroyablement taluentueux, mais dont le talent ne fonctionne que lorsqu’ils sont ensemble. Ils ont tous essayé de faire des projets solo à un moment ou à un autre, mais ils revenaient toujours ensemble, parce que c’était là leur force.


Lors de la sortie de la bande-annonce de Bohemian Rhapsody, certaines personnes ont émis des inquiétudes quant à la manière dont les thèmes du SIDA et de l’homosexualité étaient traités, craignant que le film les passe un peu trop sous silence. Est-ce que vous vous attendiez à ces critiques et les avez-vous comprises?

Rami Malek : C’était surtout un peu gênant de voir des personnes juger ça en ayant vu une bande-annonce d’une minute qui était composée à 98% de musique. Il est sûr que nous ne voulions pas faire un film sur les aspects les plus sombres de la vie de Freddie. Je pense que la façon dont nous avons délicatement et élégamment abordé le sujet a permis de vraiment mettre en lumière toute la joie de vivre que Freddie démontrait. C’est ça, le film que nous avons voulu faire, une célébration de Freddie Mercury, qui parle de ces aspects (l’homosexualité, le sida, ndlr.) en les montrant avec élégance, dans le seul but de magnifier son histoire et notre relation à lui.

Gwilym Lee : Je pense que ce serait réductif pour la personne qu’était Freddie Mercury de ne faire un film que sur l’homosexualité ou le sida. C’est une histoire très complexe. Freddie était quelqu’un qui essayait de savoir qui il était, et cela faisait de lui un être humain unique qui ne voulait pas rentrer dans une case. Et c’était le cas pour tous les membres du groupe, pour différentes raisons. C’était tous des outsiders qui cherchaient un sentiment d’appartenance. Ils l’ont trouvé dans ce groupe et je crois que leur capacité à parler aux autres outsiders dans le public, ceux qui avaient l’impression qu’ils n’avaient leur place nulle part, c’est cela qui leur a donné cette si grande connexion avec leur public et une si grande popularité.

Rami Malek : Ce qui me fascine chez cet homme, c’est que c’était, en gros, un immigré avec un physique très particulier – ce qui lui a d’ailleurs valu les moqueries de ses camarades quand il était enfant – qui était en conflit avec son identité, son nom, sa sexualité. Il y avait quelque chose qu’il attendait, qu’il désirait, et je le lis dans ses paroles, je l’entends dans ses musiques : c’était la volonté de trouver sa place dans ce monde. Et tout au long de son voyage identitaire, il avait un feu qui brûlait au fond de lui, prêt à exploser. Lorsqu’il a trouvé un endroit où il pouvait le laisser jaillir, c’est-à-dire sur scène, c’était comme s’il le partageait avec son public. Cette violence magnétique qui surgissait de lui unifiait tout ceux qui le regardaient.

Bohemian Rhapsody
Un film de Bryan Singer
Sortie le 31 octobre 2018

Retrouvez également la critique de Bohemian Rhapsody


Vous avez aimé cet article? Abonnez-vous à notre newsletter et découvrez chaque mois le meilleur de Silence Moteur Action!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *