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[Rencontre] Jennifer Reeder : « Knives and Skin est souvent comparé à Twin Peaks »

Mercredi 20 novembre sort dans les salles françaises le film Knives and Skin, réalisé par Jennifer Reeder et présenté en compétition officielle du Festival de Deauville en septembre 2019. Pour l’occasion, la cinéaste américaine s’était rendue dans la ville normande  et avait répondu aux questions des journalistes et festivaliers lors de la traditionnelle conférence de presse qui suit les projections. Si le film est reparti bredouille et ne nous a clairement pas convaincu (lire notre critique), la rencontre avec Jennifer Reeder a permis de mettre en lumière le travail effectué sur Knives and Skin, que ce soit sur le scénario, la musique, l’atmosphère ou les nombreuses influences artistiques, cinématographiques et littéraires. 

Knives and Skin est le deuxième long-métrage de Jennifer Reeder, après Signature Move, réalisé en 2017 mais qui n’est jamais sorti en France. La cinéaste a également un bagage d’une dizaine de courts-métrages dans lesquels elle s’intéresse à des sujets de société comme le racisme, le féminisme et les droits en faveur de la communauté LGBT.

Adolescence et féminisme 

Knives and Skin, c’est l’histoire de Carolyn, une jeune fille portée disparue après avoir été agressée par un garçon dont elle a refusé les avances. La disparition d’une jeune fille est un thème assez récurrent au cinéma, que ce soit la fille de Liam Neeson dans Taken (Pierre Morel, 2008), ou bien celle de Hugh Jackman dans Prisoners de Denis Villeneuve (2013). Mais l’influence première de Jennifer Reeder reste bien évidemment la disparition de la jeune Laura Palmer dans la série Twin Peaks de David Lynch (1990, 2017). « Dans la réalité, des jeunes filles disparaissent tout le temps, c’est une triste et horrible vérité, précise Jennifer Reeder. Mais j’avais envie de changer cette image de l’adolescente disparue qui est souvent utilisée de manière problématique dans les thrillers ou les films d’horreur. » Pas de jeune fille en détresse retrouvée par un policier, père de famille ou petit-copain courageux et vengeur dans Knives and Skin, en somme.

Et pour cela, la réalisatrice explique avoir décidé de centrer son film sur les personnages féminins, mais aussi sur la période bien particulière de l’adolescence, qui tient lui tient particulièrement à cœur. « Quand j’étais moi-même ado, ma façon de m’échapper de ma petite ville, c’était à travers la musique, en écoutant mes disques. Alors il fallait que ce film sur la jeunesse soit rempli d’une musique influente. » Cette musique, elle est notamment diégétique (c’est-à-dire qu’elle fait partie de l’action de l’histoire), par le biais de la chorale qu’anime la mère de Carolyn. « Je ne sais pas chanter, mais j’aime beaucoup les musiques de chorales. Dans Knives and Skin, elles permettaient de créer de la beauté et de l’harmonie dans un film où beaucoup d’erreurs sont commises. »

Et le choix des chansons a été choisi avec soin par la réalisatrice. « La première chanson que les filles chantent s’appelle « Our lips are sealed » (« nos lèvres sont scellées » en français, ndlr.), c’est une musique pop des années 80 de The Go-Go’s à l’origine, qui parle de la solidarité féminine, qui explique que le monde ne vous protégera pas, donc qu’il faut vous protéger les unes les autres. » Ce thème de la solidarité féminine est en effet très présent dans le film : « au cinéma et dans la vie, les femmes sont souvent représentées comme se montant les unes contre les autres, mais dans mon expérience personnelle, l’amitié féminine m’est plutôt apparue, au contraire comme une stratégie de survie. »

David Lynch et autres influences

Ce qui marque lors du visionnage de Knives and Skin, c’est l’hybridité des formes et des styles. Alors que l’histoire de la disparition de Carolyn s’inscrit dans un contexte très réaliste qui pourrait classer le film dans la catégorie du drame voire du thriller, la cinéaste ponctue son film d’éléments issus plutôt du genre de l’horreur, du fantastique, ou de la comédie. Le tout apporte un sentiment d’étrangeté accentué par une lumière rose qui sert de fil conducteur. « Je voulais que l’on ait l’impression de planer un peu au dessus de la réalité, et ça s’est fait grâce à cette belle lumière violette et magenta, qui en plus apportait une touche de féminité. » explique la réalisatrice.

Pour réaliser ce mélange de genres et de style, Jennifer Reeder avoue s’être inspirée de nombreuses sources cinématographiques, littéraires ou artistiques (elle-même a fait ses études dans une école d’art, non de cinéma). Parmi ses influences majeures, on trouve David Lynch, réalisateur de Elephant Man, Blue Velvet ou de la série Twin Peaks. « J’aime la façon dont Lynch suggère que l’Amérique des petits villes est un portail vers la quatrième dimension » précise la cinéaste. Et d’ajouter : « Knives and Skin a souvent été comparé à Twin Peaks, mais je me suis davantage inspirée par d’autres réalisations de Lynch comme Blue Velvet ou Lost Highway. »

Mais Knives and Skin tire aussi son style des giallos, films d’horreurs italiens, ou encore des romans graphiques. « Nous en avons lu beaucoup en faisant ce film, explique Jennifer Reeder. Dans le film, il y a d’ailleurs un moment où une adolescente lit un livre intitulé Knives and Skin, qui suggère que ce que nous regardons est peut-être, en fait, un roman graphique. » Une lecture a particulièrement inspiré la jeune femme : il s’agit de Paper Girls, une série de comics de science-fiction américaine créé par Brian K. Vaughan et Cliff Chiang en 2015. « C’est une série magnifique qui utilise la couleur d’une façon très particulière. » Multiples influences donc, qui expliquent l’atmosphère si particulière dont est emprunt Knives and Skin.

Lire la critique de Knives and Skin

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