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[Rencontre] James Gray : « On s’inspire toujours des gens qu’on aime »

Le 18 septembre 2019 est sorti le nouveau film très attendu de James Gray : Ad Astra. Un voyage dans l’espace que l’on partage avec le personnage RoyMcbride interprété par Brad Pitt. Le réalisateur s’est imposé comme un des cinéastes majeurs d’aujourd’hui et continue d’explorer des thèmes qui lui sont chers à travers différents univers, genres et films. Il s’est tout d’abord présenté avec son premier long-métrage Little Odessa puis a construit une oeuvre très personnelle et toujours aussi surprenante avec différents films : The Yards, La nuit nous appartientThe Immigrant, The Lost City Of Z et maintenant Ad Astra. 

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Alors pourquoi l’espace ? Quelles sont les origines du projet ? Quelles sont ses inspirations ? Ses objectifs ? C’est lors d’une rencontre avec le réalisateur, à la suite d’une projection, que James Gray a pu répondre à toutes nos questions et nous éclairer sur les mystères du film. Ad Astra et cette rencontre nous permettent de comprendre un peu mieux qui est James Gray en tant que cinéaste en nous donnant quelques clefs pour aborder son oeuvre globale.

Les inspirations

L’idée du film est née à la suite de la lecture de deux articles de presse. Le premier parlait d’une mission sur mars qui aurait lieu en 2023 pour laquelle quatre personnes devront cohabiter dans un espace très restreint. Ces quatre personnes sont par ailleurs choisies pour leur caractère isolé et renfermé, à l’instar de Neil Armstrong qui fut sélectionné pour Apollo 11 parce qu’il discourait comme un ingénieur et ne partageait que peu ses émotions et expériences personnelles. Le concept de personnes non disposées à parler de manière émotive a particulièrement intéressé James Gray. En effet, le protagoniste joué par Brad Pitt colle à cette description de personnage très solitaire pragmatique et replié sur lui-même.

Le second article traitait d’un test nucléaire réalisé alors qu’il y avait un risque de destruction de l’Amérique du Sud de 10%. James Gray dit s’être inspiré de cette histoire folle pour la transposer à sa façon dans l’espace. Lorsque l’on aborde l’espace comme territoire, il est impossible de ne pas penser à certains pionniers du cinéma l’ayant exploré avant. « On s’inspire toujours des gens qu’on aime » dit-il. Des pionniers tels que Stanley Kubrick et son intemporel 2001, l’Odyssée de l’espace. Une inspiration évidente pour James Gray expliquant qu’il est impossible de faire quelque chose que Kubrick n’ait pas fait. Mettre de la musique classique ou électronique sur ses images n’était pas possible s’il voulait éviter une future comparaison. Le réalisateur a donc dû trouver des subterfuges et nouvelles idées, plus personnelles, pour son film. Ce dont il s’inspire et admire le plus dans 2001, l’Odyssée de l’espace est l’analyse du comportement humain que fait Kubrick. Selon James Gray, c’est ça qui compte dans le film et non pas les effets spéciaux ou les aliens. Le réalisateur cite également Steven Spielberg avec E.T. en expliquant que le long-métrage n’est pas tant sur ce à quoi ressemble l’aliéna sinon sur la solitude d’un garçon et du divorce de ses parents. L’espace et ici l’Alien ne sont qu’une métaphore. « J’ai voulu montrer que ce sont la Terre ainsi que les humains et les relations humaines qui comptent. La solitude, le confinement, représentent une des pires punitions qui existe. Une solitude de trop longue durée peut mener à la folie.« 

Casser le mythe

Dans le film, Brad Pitt, qui incarne le personnage principal, est spectaculaire. James Gray et l’acteur ont déjà collaboré à l’occasion de The Lost City Of Z , où Brad Pitt était co-producteur. Il devait initialement jouer dedans. Dans Ad Astra, le choix de casting paraît évident et cache en effet une velléité bien précise de la part du réalisateur. Ce dernier explique qu’il est important pour lui de casser un stéréotype de masculinité et le mythe du héros. Mais pour casser un mythe, il faut pouvoir partir de celui-ci explique-t-il. Ainsi, Brad Pitt, qui incarne un mythe en tant qu’acteur et qui était déjà un collaborateur du cinéaste, représente un choix intelligent et frappant.

Le monde de James Gray 

Le réalisateur revient sur l’un des thèmes les plus abordés dans toute sa filmographie. La figure paternelle. La relation père-fils récurrente dans presque tous ses films. Ici encore, Ad Astra perpétue cette tradition puisque le personnage de Roy McBride part en mission à la recherche d’un père qu’il pensait mort. « Papa, j’aimerais te revoir » dit le personnage dans le film. James Gray explique un peu cette obsession en incitant sur le rôle éternel et inconscient qu’a un parent sur son enfant. Selon lui, cette figure détermine et impact indirectement toutes nos actions et incarne une image presque religieuse lors de l’enfance. Dans Ad Astra, c’est Tommy Lee Jones qui se glisse, avec brio, dans la peau de ce père.

Lorsque James Gray est interrogé sur la place de l’éducation juive qu’il a reçue, celui-ci raconte une anecdote : « Quand j’étais plus jeune, mon grand père gardait une vieille voiture Ford dans son garage. La voiture ne fonctionnait pas. Je lui ai un jour demandé pourquoi il gardait une voiture qui ne marchait pas dans son garage. il m’a répondu « parce qu’on ne sait jamais quand ils vont venir » ». J’avais 9 ans quand il m’a dit ça. » Le réalisateur ajoute que ce genre d’histoires laisse obligatoirement des traces et que c’est probablement la raison pour laquelle il n’est pas bon pour écrire des comédies. La religion joue d’ailleurs un rôle important pour les protagonistes du film notamment pour le père et certains astronautes qui se servent de Dieu comme d’un moyen de gérer leur dislocation psychologique.

Enfin, James Gray répond à une dernière question que nous nous posons tous : quel est son prochain projet ?! Il ne s’agit pas de cinéma mais son premier opéra en tant que metteur en scène pour une adaptation de Les Noces de Figaro au théâtre des Champs-Elysées.

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Ad Astra
Un film de James Gray
Durée : 2h04
Sortie le 18 septembre 2019

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