Rencontres

François Civil : « Avant Le Chant du loup, j’étais étranger à l’univers des sous-marins »

Le 20 février sort un nouveau monstre dans le paysage du cinéma français : Le Chant du loup, un film de guerre qui se passe dans des sous-marins nucléaires français. Première réalisation d’Antonin Baudry, Le Chant du loup a pourtant un budget très conséquent (plus de 15 millions d’euros), et s’avère être tout particulièrement réussi, notamment grâce à un réalisme à couper le souffle. Face à cet OVNI du cinéma français, de nombreuses questions se posent : comment le réalisateur a-t-il pensé à ce premier film surprenant ? comment a-t-il été tourné ?

Lire notre critique du Chant du loup

Heureusement pour nous, le 4 février dernier, l’équipe du Chant du Loup a répondu aux questions des spectateurs au Forum des Images (Paris). Étaient présents le réalisateur du film, Antonin Baudry, et les deux acteurs Reda Kateb et François Civil. Le premier incarne Grandchamp, commandant d’un sous-marin nucléaire lanceur d’engins, et le second tient le rôle de Chanteraide, une « oreille d’or » : un sous-marinier chargé d’identifier tous les sons captés par le sonar du navire. A eux trois, ils ont retracé les différents étapes du tournage du Chant du loup, de leur découverte de l’univers bien particulier des sous-marins jusqu’à la reproduction très réaliste des décors, du langage et des sons à bord.

Un film d’action français

Le Chant du loup est le premier film d’Antonin Baudry. L’idée de réaliser ce film lui vient alors qu’il passe lui-même une dizaine de jours en immersion dans un sous-marin : « J’ai été fasciné par la beauté des images et des sons que j’entendais, et j’ai tout de suite voulu en faire un film », explique-t-il. Là-bas, on lui explique le système parfaitement huilé des sous-marins militaires porteurs de l’arme nucléaire, qui ne laisse aucune place à l’erreur. « Mais comme j’ai l’esprit un peu mal tourné, je cherche toujours la faille ! plaisante le réalisateur. Alors je me suis imaginé ce qui pouvait poser problème dans le système tel qu’il existe, et qu’est-ce qui se passerait si ça dégénérait. »

Si Le Chant du loup s’oriente dès le départ vers un film d’action, Antonin Baudry a souhaité aller plus loin en apportant un regard critique, une réflexion à la fois politique et philosophique, ainsi qu’une touche réaliste. « Dès le début, j’ai su qu’Antonin n’allait pas juste remplir le cahier des charges d’un film d’action », explique l’acteur Reda Kateb. Le réalisateur confirme : « J’ai voulu raconter une histoire qui puisse se passer aujourd’hui, qui aurait pu se passer ce matin sans qu’on le sache. Je me suis beaucoup documenté, j’ai rencontré beaucoup de personnes en charge de la dissuasion nucléaire, depuis l’Élysée jusqu’aux gens qui sont vraiment responsables des machines. »

Les sous-marins comme lieu de tournage

Cette volonté de réalisme de la part d’Antonin Baudry l’a poussé à filmer dans des conditions les plus réelles possible, quitte à compliquer son travail de réalisateur – les sous-marins ayant la particularité d’être très étroits. « Il y a des scènes qui ont été tournées dans de vrais sous-marins, notamment celles qui se passent dans les coursives ou dans la salle d’évacuation. Tout ce qui se passe dans la salle des commandes à été reconstitué dans un studio, en taille réelle, contrairement à la plupart des films de sous-marins. Ça me donnait beaucoup de contraintes parce que je ne pouvais pas mettre ma caméra partout, mais ça ouvrait à mon sens beaucoup de possibilités en termes d’intensité et de réalisme. »

Mais le fait de tourner dans des vrais sous-marins ou leur réplique quasi-identique n’a pas modifié que le travail du réalisateur. Pour les acteurs également, cela impliquait un jeu différent : « ça modifie totalement notre manière de bouger, notre rythme, le volume de notre voix » avoue Reda Kateb. Cela est pourtant un mal pour un bien selon François Civil, qui explique que cette contrainte a permis à tous les acteurs de se mettre dans la peau d’un équipage et de comprendre leur manière de vivre ensemble au quotidien dans un espace aussi restreint :  « de l’extérieur, un sous-marin est une espèce de grosse masse imposante. Mais dès qu’on rentre, c’est très exigu, étouffant. Les sous-mariniers sont sans arrêt en contact physique avec les autres. C’était important pour nous de s’approprier cet espace là. On a eu une coach de mouvement en amont du tournage pour apprendre à se connaître physiquement, à se mouvoir tous ensemble pour qu’à la fin il y ait une sorte de ballet qui prenne forme dans ce centre de commande. »

Les sous-mariniers comme coéquipiers

L’équipe du Chant du loup n’a pas seulement réquisitionné un sous-marin pour y filmer les scènes nécessaires : ils ont également rencontré l’équipage à bord, et ont travaillé conjointement avec eux. Ces derniers ont été très présents pour répondre aux questions des acteurs, mais ont aussi participé au tournage en temps que figurants. « Notre rapport avec les sous-mariniers a été très fusionnel : on s’est rendu compte qu’une équipe de tournage et de sous-mariniers, ça fonctionne presque pareil » explique Antonin Baudry.

La relation qui s’établit entre équipe du tournage et sous-mariniers semble basée sur le principe de l’échange : les acteurs récoltent des informations précieuses auprès des membres de l’équipage, qui, en se dévoilant, espèrent que leur métier sera mieux compris. « On a été accueilli magnifiquement par tous les sous-mariniers : ils ont été très disponibles pour répondre à nos questions, confie Reda Kateb. Ils avaient très envie de nous aider, mais aussi que les gens voient leur métier, parce c’est un métier secret ; même leur propre famille ne connaît pas la réalité de leur travail. On avait donc un engagement particulier : celui de ne pas les décevoir en étant crédible et en leur rendant leur humanité : ce ne sont pas du tout comme des chiens de guerre excités ou belliqueux mais plutôt une famille dans laquelle tout le monde fait de son mieux pour que tout se passe bien. »

Quant à François Civil, il mentionne plus volontiers la nécessité de discuter avec l’équipage pour rendre son personnage plus réaliste, et lui donner une profondeur psychologique en comprenant vraiment ce qu’impliquait le métier d’oreille d’or. « Avant Le Chant du loup, j’étais étranger à l’univers des sous-marins, je ne connaissais pas vraiment le métier d’oreille d’or. C’est pourquoi j’avais besoin d’écouter les sons que ces hommes entendent, comprendre ce que je disais, et nourrir de réel le personnage de Chanteraide. J’ai discuté avec des oreilles d’or et même s’ils persistaient à me dire c’était un travail comme un autre, je me suis rendu compte de leurs déformations professionnelles : l’un d’entre eux me disait qu’il entendait le sac à main de sa femme qui rentrait les courses en bas de chez lui ! Ce sont des personnes qui sont sans arrêt en train d’appréhender le monde d’une façon différente de nous. C’était important pour moi pour comprendre que c’est un don, un super-pouvoir, mais que ça isole aussi forcément. Ça a été un point de départ pour créer Chanteraide. »

Le son comme langage

Si François Civil mentionne le fait de « comprendre ce qu’il disait », c’est parce que Le Chant du loup arbore un vocabulaire très technique : le film nous plonge entièrement dans le quotidien des sous-mariniers, et le spectateur doit alors s’accrocher pour comprendre le langage bien particulier qui est employé à bord, des indications de cap aux communications avec les autres navires, en passant par l’analyse du sonar. « Ça faisait vraiment dès le début partie de la boussole du projet » explique Reda Kateb. L’acteur poursuit en démontrant que si ce langage technique peut entraîner une perte de sens, celui-ci est transmis via le jeu des émotions : « On a eu tous une petite formation avant pour savoir plus précisément ce qui est dit. Moi personnellement, ayant arrêté les maths en classe de 4e, j’ai eu beaucoup de mal dans cette phase-là! Mais quand je dis par exemple « cap au 2.7.0 », il y a une autre intention qui est émise, celle du danger pour mon équipage, pour un ami… L’idée, c’est de pouvoir jouer des sentiments dans un cadre très technique dans lequel on ne s’affale pas, justement, sur ses sentiments. »

Ce langage fait d’ailleurs entièrement partie de l’identité du film, et a une grande importance aux yeux de son réalisateur : « quand je suis entré dans un sous-marin, ce sont les sons qui m’ont le plus choqué. Je ne comprenais pas un mot de ce que j’entendais autour de moi ! avoue-t-il. J’ai voulu mettre le spectateur dans cette position là, de vivre les mots comme des sons, et les sons comme du langage. Quand l’oreille d’or détecte un son, c’est un son qui a un sens, qui déclenche une action. »

Le réalisateur a d’ailleurs donné une place toute particulière à ces sons, qui sont un des grands atouts du film. « Concrètement, ça veut dire un gros travail en post production sur la création sonore. Il faut arriver à créer des sons et un langage des sons qui fonctionne à la fois de manière narrative et esthétique. Par exemple, j’ai eu beaucoup de mal avec le son des torpilles qui avancent sous l’eau : elles ne me faisait pas peur, elles ne me faisaient pas rêver. Finalement j’ai fini par trouver le bon son en mélangeant un cri de serpent et un rugissement de lion ! » Le son du Chant du loup a d’ailleurs été mixé au Skywalker Ranch (campus situé en Californie et créé par George Lucas, père de Star Wars – d’où le nom Skywalker – et racheté depuis par Disney), tout comme Dragons 3 ou bien les prochains films Marvel !

Lire notre critique du Chant du loup

Le Chant du loup
Un film d’Antonin Baudry
Sortie le 20 février 2019

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