[Rencontre] Brad Bird (Les Indestructibles 2) : « Je préfère mettre en scène mes propres super-héros ! »

Vendredi 15 juin 2018 : Les Indestructibles 2 sort aux États-Unis. C’est pourtant en France que le réalisateur Brad Bird et ses producteurs, John Walker et Nicole Paradis Grindle, se trouvent pour assurer la promotion du film, à la fois à Paris, mais surtout au Festival international du film d’animation d’Annecy, où le film est projeté dans le cadre d’une avant-première exceptionnelle (le film sort début juillet dans les salles françaises). Sans aucune langue de bois, le cinéaste évoque la difficulté de faire cette suite dans un délai restreint, ses sacrifices, ses méthodes de travail entre live-action et animation… et nous fait aussi beaucoup rire.

Retrouvez notre critique du film Les Indestructibles 2 !


Comment vos réalisations en prise de vue réelles (Mission Impossible : Protocole Fantôme et À la poursuite de demain, ndlr.) vous ont-elles inspiré pour faire Les Indestructibles 2 ?

Brad Bird : Je dirais plutôt que c’est l’inverse ! Quand j’ai fait Les Indestructibles, Tom Cruise l’a vu et a adoré la mise en scène du film. Il m’a invité chez lui et nous avons discuté pendant plus de trois heures de ce que nous aimions dans le cinéma, puis il m’a dit qu’il serait ravi de faire un film avec moi si jamais je souhaitais faire un long métrage en prises de vue réelles… et nous avons fini par faire Mission Impossible. Tom a fait en sorte que l’équipe responsable des cascades regarde Les Indestructibles et Le Géant de Fer. Il a pris conscience du fait que je ne considérais pas le cinéma d’animation et le cinéma live-action comme deux choses complètement différentes : que vous réalisiez un film en prises de vue réelles ou en animation, vous apprenez quelque chose à chaque fois que vous racontez une histoire. Qu’il s’agisse d’un genre ou de l’autre, je me sens toujours un peu perdu lorsque je réalise un film.

Nicole Paradis Grindle : Ce que l’expérience de Brad nous a aussi permis d’apporter pour ce film, c’est un coordinateur des combats (Robert Alonzo, ndlr.), qui avait d’ailleurs fait une école d’animation avant de s’atteler à cette profession ! Il se chargeait de coacher nos animateurs et nos cameramen pour mieux savoir comment chorégraphier la réalisation de ces scènes d’action.

Brad Bird : J’ai travaillé avec Rob sur Mission Impossible : Protocole Fantôme et À la poursuite de demain. On parlait tout deux d’animation sur le tournage de ces deux films ; il m’a raconté son histoire et voilà comment nous en sommes venus à travailler ensemble sur Les Indestructibles. Son rôle est plutôt stratégique : il y a un moment dans le film où Elastigirl affronte l’Hypnotiseur en étant privée de sa vision. Le coordinateur nous disait que la réaction la plus plausible serait de chercher à aller dans un coin pour rendre moins importante la zone dans laquelle l’on peut être attaquée.

John Walker : Je pense que les films que Brad a réalisé en prises de vue réelles ont aussi aidé à aller beaucoup plus vite lorsque nous avions des choses à couper. Il y a quelques années, nous aurions sûrement pris plus de temps pour explorer certaines choses, maintenant ça ne marche plus, cette époque est finie !

Brad Bird (tapant du poing) : ELLE EST MORTE !


Y a-t-il beaucoup de choses que vous avez dû couper dans le film : moins de super-héros, moins d’action ?

Brad Bird : J’ai écrit énormément de choses que je n’ai pas utilisées. Comme on nous a enlevé un an sur notre planning de production, si quelque chose ne contribuait pas à l’intrigue principale, il fallait le jeter. On commençait pourtant à introduire de nouvelles choses, même de nouveaux personnages qui m’intéressaient. J’ai probablement écrit l’équivalent de deux films et demi ; ces scènes ne font pas vraiment un long métrage à elles seules mais elles pouvaient montrer les autres directions dans lesquelles nous pouvions nous diriger.

C’est pourquoi je deviens un peu fou quand quelqu’un me dit « mais nous n’avons pas assez vu ce personnage ! » (il hurle) AAAAAAAAAH ! MAIS VOUS NE COMPRENEZ PAS, J’AI TUÉ DES MILLIONS DE PERSONNAGES, J’AI DÉTRUIT DES VILLES ENTIÈRES DE BONNES IDÉES ET VOUS VOUS PLAIGNEZ D’UN SEUL PERSONNAGE, PARTEZ D’ICI MAINTENANT ! Bon, d’ici quelques mois, j’irai un peu mieux.

On sait que tout le monde a d’énormes attentes : les gens m’envoient des messages du style « VOUS N’AVEZ PAS INTÉRÊT À ME DÉCEVOIR » et franchement, ça ne me donne pas trop envie de faire un film. Malgré cette année de travail en moins, nous n’avions pas envie que le film soit en deçà de ce que les gens attendent d’un Pixar ; ils veulent du haut niveau. Donc quand vous avez aussi peu de temps, vous n’avez pas d’autre choix que de tuer certaines idées dans l’œuf.  C’était fou, mais on l’a fait, je pense que le film est très bon et j’espère que les gens tomberont dans le piège et se diront qu’on savait ce qu’on était en train de faire (rires).


Les Indestructibles a toujours énormément traité les relations entre parents et adolescents. Les personnages de Flèche et Violette sont davantage mis en avant dans cette suite : que pensez-vous que votre film a à dire aux adolescents ?

Brad Bird : Je pense que Violette a un rôle prépondérant dans cette suite, encore plus que dans le premier, et si vous regardez les deux films, vous pouvez d’abord voir qu’elle est très critique envers elle-même, sur la défensive comme beaucoup d’autres adolescents. Elle est perdue et tente de se trouver elle-même, et on passe tous par cette phase. L’idée derrière tout ça, c’est de trouver les idées qui nous motivent, pas une pensée unique, mais les choses en quoi nous croyons et qui nous donnent la force d’avancer.

Dans Le Géant de Fer, j’écrivais une phrase qui disait que nous étions qui nous choisissons d’être. Cela signifie que les circonstances et la situation dans laquelle nous naissons ne font pas de nous ce que nous sommes ; c’est à nous de choisir cela et de devenir cette personne. Lorsqu’on se laisse aller à agir comme quelqu’un que l’on n’est pas, on le devient peu à peu. Je me suis senti très inspiré par Cary Grant, qui était un cockney (londonien de la classe populaire) mais ne voulait pas se laisser caractériser par cela et devenir plutôt un homme débonnaire plein d’auto-dérision. Il est devenu cette personne en faisant les bons choix. Je pense que Violette rejette sa personnalité en la faisant disparaître dans le premier film et devient plus sensible dans la suite. Elle est plus sûre d’elle-même, fait face à certaines épreuves et trouve qu’elle doit faire pour y parvenir.


Qu’est-ce qui a changé dans la manière de construire l’animation entre les deux films ?

Brad Bird : Tout est beaucoup plus facile et rapide. Depuis le premier film, beaucoup de jeunes gens sont venus d’à travers le monde et ont rejoint Pixar. Ils ont grandi avec le premier film et ont produit des choses tout bonnement incroyables. Lorsque nous faisons le premier, nous prenions le risque d’échouer à chaque instant, tout l’aspect technique est beaucoup plus fiable aujourd’hui. L’histoire reste toujours aussi compliquée à établir, et cela-même que votre film coûte deux dollars ou deux millions.


En quoi les histoires sont-elles toujours aussi difficiles à écrire ?

Brad Bird : Les histoires doivent avoir l’air spontanées et logiques. On ne doit pas savoir ce vers quoi une histoire se dirige, mais une fois qu’elle le fait, cette direction doit avoir du sens. Il est très compliqué d’être à la fois logique et imprévisible.

Nicole Paradis Grindle : Puis on ajoute à cela toutes les contraintes de planning. Il fallait tout faire très vite ; nous réalisions le film par petits bouts tandis que Brad était en train d’écrire l’histoire. On prenait ces petits bouts et on essayait de les faire coller ensemble.


Pouvez-vous nous en dire plus sur votre collaboration avec le compositeur Michael Giacchino ?

Brad Bird : Avec le premier film, Michael signait sa première bande son. Tout s’est goupillé très vite et a tout de suite marché. Je lui expliquais que je souhaitais une musique ressemblant à celle de la série Jonny Quest, qu’il connaissait très bien. C’est comme si on se connaissait depuis toujours, même s’il nous arrive d’avoir nos désaccords. Je le garde auprès de moi pour lui partager mes prochains projets. J’espère que nous aurons tous deux une très longue vie et de merveilleuses expériences, mais je sais déjà qu’il sera affilié à mon prochain film.


Voudriez-vous réaliser un film de super-héros en prises de vues réelles ?

Brad Bird : On m’a demandé plusieurs fois si j’étais intéressé. Mais en pensant à tout ça, je préfère créer des films et mes propres super-héros que de mettre en scène des héros imaginés par d’autres personnes. C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles je me suis décidé à faire Les Indestructibles 2.


Allez-vous faire Les Indestructibles 3 ?

Brad Bird : C’est un peu comme si vous arriviez dans une maternité, que quelqu’un vient d’accoucher et que la première chose qu’on lui dit, c’est : « ALORS, C’EST POUR QUAND LE PROCHAIN ? »

John Walker : Et pourquoi pas des jumeaux cette fois ? (rires)

Brad Bird : Je pense que je mettrai beaucoup de temps avant de vraiment donner une réponse à cette question.


Pourquoi utiliser des cookies pour calmer Jack-Jack ?

Brad Bird : oui, pourquoi pas un croissant ?! Les enfants adorent les cookies, on n’a pas de réponse très sérieuse pour ça.


Retrouvez notre critique du film Les Indestructibles 2 !

Entretien réalisé en table ronde lors du Festival d’Annecy, le vendredi 15 mai 2018.
Merci à Aude Thomas (Walt Disney Pictures Company France).

Les Indestructibles 2
Un film de Brad Bird
En salles le 4 juillet 2018


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