[Rencontre] Andy Serkis & Matt Reeves, pour La Planète des Singes


Alors que le dernier opus de la trilogie de La Planète des Singes : Suprématie débarque sur nos écrans le 2 août prochain, le réalisateur Matt Reeves – déjà à l’oeuvre sur La Planète des Singes : l’Affrontement – et l’interprète de César, Andy Serkis, étaient de passage à Paris. L’occasion de leur poser quelques questions.  

Soyons concis : Suprématie est le meilleur blockbuster de l’année. Intelligent, maîtrisé et très émouvant, il conclut parfaitement une trilogie passionnante, tant dans son fond que dans sa forme – toujours à la pointe de la technologie.

« L’idée était de montrer un César qui, pour la première fois, ressent de la haine pour les humains »

Matt Reeves le réaffirme : chacun des trois films est extrêmement différent : là où le premier s’orientait sur les origines et s’articulait autour des personnages humains, le second plaçait le personnage de César comme héros de l’Affrontement – mais restait quand même proche des humains. Dans Suprématie, le point de vue est désormais totalement assumé : on ne suit que César et sa famille, sa communauté. Malgré le coût évident des effets spéciaux, Reeves a souhaité qu’il n’y ait pas un seul plan sans singes.

César a toujours été le pont entre l’humain et les singes. Dans les précédents, il était même plus proche de l’humain autant physiquement qu’émotionnellement. Mais ici, on est totalement dans son intériorité et on voit son basculement moral : Il est hanté par ses erreurs, il a peur de perdre son identité, son empathie. Il ressent de la haine pour les humains pour la première fois.

« Quand on regarde le film, on ne voit pas des singes : on se voit nous-mêmes ! »

Il y a toujours eu dans La Planète des Singes l’idée de la métaphore (comme dans La ferme des Animaux de George Orwell), que la fiction n’est qu’un reflet de notre société, que les singes sont la représentation de la différence, de ce que la majorité refuse d’accepter. Dans Suprématie, le film résonne face à des événements passés (tels que la Seconde Guerre mondiale ou l’Apartheid)… et présents ! Sans en dévoiler trop, l’intrigue aborde la construction d’un mur alors même que le mur séparant le Mexique des Etats-Unis était une promesse de campagne de Trump, maintenant élu. Cet élément de réalité, qui a rattrapé la fiction, était « vraiment très bizarre » se rappelle Matt Reeves. « Ça montre la justesse d’un film. Mais c’était dérangeant car c’est apparu pendant  le tournage. » 

Cette sensation de justesse du film, d’être toujours plus près d’un certain réalisme, est aussi due au fait que les acteurs ont pu ajouter des idées au scénario. De Andy Serkis (bien sûr) jusqu’à Woody Harrelson (qui a véritablement influé sur son personnage), le scénario a donc quelque chose d’organique. « On a fait le script qu’on a écrit« , conclut Andy Serkis.

Il y a, bien sûr, beaucoup de références dans ce film, notamment à Apocalypse Now de Coppola. Reeves, Serkis et le reste de l’équipe du film a revu un maximum de films de guerre (Du pont de la rivière kwai à Ben Hur jusqu’à La Grande Évasion) afin d’être juste dans la retranscription du sentiment de haine et la volonté de revanche de César.

« Scorsese m’a fait découvrir que le pouvoir du cinéma, c’est de nous mettre dans la peau de gens qui nous sont inconnus. »

Véritable amoureux du Nouvel Hollywood (avec lequel il a grandi et qui l’a motivé à faire du cinéma), Matt Reeves cite en premier lieu Taxi Driver de Martin Scorsese comme référence. Il considère que c’est la plus grande force du cinéma que de nous plonger en immersion dans la tête de personnages pourtant totalement différents de nous. Et que malgré les évidentes différences que l’on peut avoir avec ces personnages (on pourrait penser être plus proche des humains que d’un singe), lorsqu’on comprend leurs motivations, leurs origines et ce qu’ils ont traversé, il est plus facile de s’identifier à eux.

Enfin, l’autre similarité avec ces cinéastes des années 70 que cite Reeves, c’est la possibilité de faire du cinéma d’auteur sans censure des studios. Il n’y a eu notamment aucun reshoot du film ! Le cinéaste a toujours eu peur de faire des blockbusters pour cette raison : ne pas avoir assez d’emprise et de liberté sur le film. Il a donc été choqué qu’on le laisse faire ce qu’il veut, que la Century Fox lui laisse autant de liberté. Ainsi, ces deux films ont été très personnels… Et cela se ressent ! La Planète des Singes : Suprématie est un grand film et une parfaite conclusion à cette trilogie.

Merci à Cartel et à la Century Fox France pour l’organisation de cette rencontre.

La Planète des Singes : Suprématie
Un film de Matt Reeves
Sortie le 03 août 2017

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