[Rencontre] Adrian Molina (Coco) : « Nous voulons que le public soit au plus près de nos personnages »

À l’occasion de la sortie de Coco, le nouveau film d’animation des studios Disney et Pixar, nous avons eu l’opportunité de rencontrer l’un de ses réalisateurs, Adrian Molina, et sa productrice Darla K. Anderson lors du Festival d’Annecy. Une manière d’en apprendre davantage sur les secrets de fabrication du second cru Pixar de l’année, quelques mois après la sortie de Cars 3. Une intrigue originale, ancrée dans la culture mexicaine et la célébration du « Jour des Morts » (Día de los Muertos) : un nouveau défi pour le studio, relevé haut la main comme vous pourrez bientôt le lire dans notre critique du film !

Un nouveau challenge pour les équipes de Pixar

L’histoire de Coco met en avant le destin de Miguel, un jeune garçon décidé à devenir guitariste comme son idole Ernesto de la Cruz, grande vedette mexicaine. Un nouveau challenge pour les animateurs du studio Pixar, dont les dernières productions sont connues pour adopter un style visuel beaucoup plus réaliste. Le co-réalisateur Adrian Molina souligne que le studio a toujours eu une grande attention pour les petits détails qui animent leurs films : « Nous avons regardé beaucoup de vidéos de musiciens en train de jouer pour capter leurs mouvements, pour que nos animateurs puissent se référer à la manière dont nous bougeons nos doigts sur une guitare. C’est ce qui nous a permis d’atteindre ce degré de réalisme, bien que cela reste totalement de l’animation. » Coco est également une plongée au cœur de la musique mexicaine, qui a nécessité un grand travail en amont de la part des équipes : « Nous avons fait énormément de recherches, comme à chaque fois que nous entreprenons un nouveau projet. Il y a une si grande diversité dans la musique mexicaine que nous avons voulu explorer énormément de styles, aussi pour inspirer les compositeurs qui se sont chargés des chansons originales, qui ont un vrai rôle dans l’histoire », indique le co-réalisateur.

Adrian Molina et Darla K. Anderson soulignent tous deux le fait que l’évolution des logiciels d’animation et de la technologie en général permet désormais d’atteindre des rendus beaucoup plus réalistes et renversants visuellement, mais qu’il ne s’agissait pas de la priorité pour le film, puisque le Monde des Morts constitue un monde à part, en dehors du nôtre, avec ses propres codes visuels. Pour le réalisateur, ce n’est pas tant la minutie des animations ou la texture de la peau d’un personnage qui lui confère un certain degré de réalisme : « nous cherchons beaucoup à développer des personnages qui nous paraissent vivants et nous intriguent. Nous n’avons pas pour autant envie que les spectateurs soient en train de scruter les pores d’un personnage pour savoir s’il correspond à la réalité. » L’essentiel est que les spectateurs puissent s’immerger dans leur vie et qu’ils parviennent ainsi à se laisser porter par leur histoire.

Faire découvrir la culture mexicaine à travers le monde

Le Monde des Morts et ses habitants particuliers ont également représenté une très grande partie de ce challenge, puisque les animateurs du studio Pixar ont eu à créer et donner vie à… des squelettes ! Un travail beaucoup plus complexe que pour de simples personnages et même des animaux, comme l’indique le réalisateur, puisqu’il faut animer chacun de leurs os : « Tous les os de ces personnages peuvent tomber, se rassembler, et cela leur ajoute un potentiel comique plus développé, et c’est l’une des raisons pour lesquelles il s’agissait d’un travail amusant pour nos équipes ! » Malgré la difficulté apparente, la productrice du film, Darla K. Anderson, affirme que cette nouvelle opportunité fut un plaisir pour les équipes du studio, qui leur permettait ainsi de travailler sur de toutes nouvelles techniques d’animation après d’autres films tels que Le Monde de Dory ou Le Voyage d’Arlo. Concernant l’esthétique  du Monde des Morts en lui-même, le studio a été inspiré par tout ce que les Mexicains utilisent lors du Jour des Morts et ce que cette cérémonie symbolise pour eux : « Les pétales de fleurs, qui servent à guider l’esprit vers les siens, les tenues traditionnelles, les drapeaux ultra-colorés… toute cette variété fait partie de cette célébration, qui consiste à se rappeler de nos ancêtres qui nous ont quitté, et pourtant cela doit rester une fête, un événement joyeux. Ironiquement, le Monde des Morts est plein de vie, et nous souhaitions vraiment pousser ce contraste à son maximum », ajoute Adrian Molina.

Permettre aux enfants du monde entier d’en savoir davantage sur la culture mexicaine était aussi une très grande pression pour les équipes, d’autant plus pour le réalisateur Adrian Molina : « étant moi-même d’origine mexicaine, je ressentais cela comme une très belle opportunité de faire découvrir cette culture à tous les publics imaginables. Il y a aussi derrière Coco une idée plus universelle ; celle de la famille, dans laquelle on ne se sent parfois pas totalement intégré. Coco est un voyage à travers nos origines, le fait de découvrir nos ancêtres et des choses à propos de notre famille est quelque chose que le Jour des Morts nous a réellement permis de développer. » Dans tous les cas, le film semble avoir conquis le public concerné, puisque Coco est devenu le plus grand succès au box-office mexicain avec plus de 824 millions de pesos de recettes (soit l’équivalent de 43.1 millions de dollars) près d’une vingtaine de jours après sa sortie !

Lorsque l’on demande à Adrian et Darla pourquoi le film porte le nom d’un personnage secondaire, et si cela ne leur semble pas un peu étrange, ils se regardent… et commencent à rire ! Difficile d’entrer dans les détails sans dévoiler l’histoire, mais le co-réalisateur assure que Coco a longtemps été leur titre de travail pour ce projet. « Nous aimions sa sonorité, et le fait qu’il reste assez mystérieux. La célébration du Jour des Morts repose sur cette idée de connexion entre les générations, les vivants et les morts. Coco, en étant la personne la plus âgée de cette famille, devient le symbole de cette connexion entre les anciennes et les nouvelles générations. Ça nous a donc semblé être une évidence pour le titre ! »

Entretien réalisé à l’occasion d’une table ronde au Festival d’Annecy, en juin dernier.
Merci aux équipes de Walt Disney France.

Coco
Un film de Lee Unkrich et Adrian Molina
En salles le 29 novembre 2017

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