Paul Thomas Anderson : Le nabab d’Hollywood

Paul Thomas Anderson revient, après trois ans d’absence, avec son nouveau film Inherent Vice, au cinéma le 4 mars. L’occasion pour Silence Moteur Action de revenir sur sa filmographie, considérée par les critiques comme hors-norme. Alors PTA ? Nouveau roi d’Hollywood ?

Un réalisateur précoce

On reconnait parfois les grands réalisateurs à leur précocité. Il y a eu Orson Welles, Robert Altman, Stanley Kubrick et… Paul Thomas Anderson. A tout juste 18 ans, il réalise son premier court métrage, The Dirk Diggler Story, en 1988. Cette histoire d’étoile filante du porno bâtie comme un mulet pose les préceptes de ce que sera la méthode Anderson : s’entourer d’une même bande. La preuve selon So Film. Depuis son premier film Double Mise, PTA travaille avec le même producteur, Daniel Lupi, et sa femme, Joanne Sellar, productrice au sein de la maison de production du cinéaste, Ghoulard Film. De même pour les comédiens : Philip Seymour Hoffman participera à 5 de ses films, John C. Reilly à trois d’entre-eux ou encore Joaquin Phoenix à d’eux d’entre-eux. On retrouve également dans sa première expérience, déjà un comportement maniaque, obsédé par le souci du détail.

PTA pose sa patte

Après un deuxième court métrage, Cigarettes & Coffee, très remarqué au festival de Sundance en 1993, Paul Thomas Anderson signe donc, à seulement 26 ans son premier long métrage, Double Mise. En plus de devoir jongler avec les agendas chargés de ses acteurs, Samuel L. Jackson, Gwyneth Paltrow et John C. Reilly, le californien doit se battre contre les producteurs qui remontent le film dans son dos. Il parviendra à envoyer personnellement aux diffuseurs sa propre version à Cannes dans la section Un Certain Regard, perdant néanmoins le titre original Sydney au profit de Hard Height, choisi par la production.

Mais c’est avec Boogie Nights en 1997, plongée dans le cinéma pornographique des années 70 et 80, que Paul Thomas Anderson se fait un nom. Emmené par Mark Wahlberg, Julianne Moore et Burt Reynolds, qui lui a mené la vie dure durant le tournage, le film parvient à devenir culte dès sa sortie en salle et obtient trois nominations aux Oscars. Ça y est, PTA pose sa patte sur l’industrie hollywoodienne.

La consécration

Puis en 2000, Paul Thomas Anderson signe Magnolia, film choral dans la pure veine des œuvres de Robert Altman. Avec 188 minutes et pas moins de 20 personnages, il écrit les rôles pour ses amis, Philip Symour Hoffman, Julianne Moore ou encore Philip Baker Hall, et propose à Tom Cruise un rôle complètement à contre-emploi. En affamé de contrôle le metteur en scène, en plus du montage, s’investit particulièrement dans le marketing de son affiche à pétales. Ours d’or à Berlin, Magnolia reste dans l’esprit de son réalisateur comme son chef d’oeuvre, comme il l’avoue à So Film : « Je sais au fond de moi que Magnolia est, pour le meilleur ou pour le pire, le meilleur film que je ferais jamais ».

Toujours là où on ne l’attend pas, Paul Thomas Anderson change de registre et passe à la comédie romantique avec Punch-Drunk Love en 2002. Doté d’un casting composé d’amateurs, à l’exception d’Adam Sandler et d’Emily Watson, le film est une nouvelle fois saluée par la critique, qui le compare à l’humour de Jacques Tati, et est récompensé par une nomination à la Palme d’or et un Prix de la mise en scène sur la Croisette.

Le changement c’est maintenant

Après quatre films en sept ans, Paul Thomas Anderson prend son temps et attend 5 ans avant de proposer There Will Be Blood sur les écrans. Adapté du roman Oil! le long métrage pose sa caméra à l’époque des prospecteurs de pétrole. PTA se renouvelle ici en profondeur : à l’exception de ses producteurs de toujours, il choisit de nouvelles têtes, tant au niveau des techniciens que des acteurs, et, pour la première fois, s’attelle à un sujet historique. Surtout, il s’attaque à Kubrick, sa référence absolue, avec une ouverture silencieuse de 15 minutes montrant Daniel Day Lewis creusant pour dénicher du pétrole. Comme toujours, le film est auréolé d’un immense succès critique et d’une multitude de récompenses, dont l’Oscar du meilleur acteur pour Daniel Day Lewis.

A cause d’un manque de financements, d’abandon de certains acteurs comme Jeremy Renner ou encore d’attaques de l’Eglise de Scientologie qui voit trop de points communs avec la vie de son fondateur, L. Ron Hubbard, le projet The Master se concrétise au bout de 5 ans. Plutôt que de s’intéresser à Lancaster, sorte de gourou incarné par Philip Seymour Hoffman, Paul Thomas Anderson préfère se pencher sur le lien père-fils qu’entretient ce dernier avec Freddie, joué par Joaquin Phoenix. Nouveau coup de maître, The Master reçoit des louanges de la part des critiques et le lion d’argent du meilleur réalisateur au Festival de Venise.

Conclusion

Avec Inherent Vice, enquête policière dans l’Amérique des années 70 sous fond de marijuana, Paul Thomas Anderson brouille de nouveau les pistes en adaptant l’oeuvre de Thomas Pynchon, auteur jugé inadaptable. A 44 ans, PTA est parvenu toujours à renouveler son style, tout en éblouissant la profession de sa maîtrise. Alors oui, Paul Thomas Anderson a tout d’un grand.

Inherent Vice, Sortie le 4 mars 2015
Avec Joaquin Phoenix, Josh Brolin, Owen Wilson

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

5 Partages
Partagez5
Tweetez