[Critique] Patients : en quête de bonheur

Premier long métrage de Fabien Marsaud, plus connu sous son nom de scène, Grand Corps Malade. Et pour ce coup d’essai, le slameur français aborde un sujet qui lui est cher et qu’il connait pour le vivre quotidiennement : les handicaps moteurs. A la réalisation, il travaille conjointement avec Mehdi Idir pour qui Patients est aussi un premier long-métrage.

Patients se concentre principalement sur Ben, un jeune homme sportif et passionné de basket. Suite à un accident (le même que celui arrivé à Grand Corps Malade), il devient tétraplégique incomplet. Il est alors admis dans un centre de rééducation. Sa vie ne sera plus jamais comme avant, et pourtant, il va garder la tête haute, être fort et surtout faire des rencontres au sein du centre qui lui permettront de continuer à vivre aussi bien que possible. Patients est un excellent film sur l’amitié, le courage et l’importance de la force mentale dans le milieu hospitalier. Grand Corps Malade et Mehdi Idir captent des instants de bonheur dans des conditions de santé très rudes.

Un double état

Tout au long de Patients, un parallèle se crée entre la condition physique et la condition mentale de Ben (interprété par Pablo Pauly, une des nombreuses très bonnes révélations du film). Evidemment, lorsque le personnage principal sent son corps faire des progrès, aussi minces qu’ils soient, il reprend du poil de la bête et son moral s’améliore. Mais le parallèle ne s’arrête pas à cette simplicité. Comme beaucoup de nouveaux handicapés moteurs, Ben renie sa condition au début du film. La souffrance du jeune homme se ressent grâce à la manière particulière de filmer. Les images sont assez froides, certaines sont presque dures à regarder. Le corps humain est présenté comme un fardeau, il est imposant à l’image, physiquement. Les gros plans se multiplient mais aucune beauté n’en émane, comme si ces images étaient le reflet des pensées de Ben, comme s’il détestait ce « nouveau corps ».

Et puis, très rapidement, tout cela change. Tous les gestes deviennent délicats et chacun prend une importance dans cette double évolution du personnage. Les sens, notamment l’ouïe et la vue, sont constamment sollicités, et sont la plupart du temps mis en lumière dans des instants de joie de différents personnages. Ces sens sont aussi souvent utilisés dans les moments de progrès physique. Patients ne reste pas focalisé sur l’état d’esprit négatif et morose des handicapés. La réalisation se rythme très bien grâce à l’évolution progressive de l’état de santé de Ben et des autres occupants de la maison de rééducation.

Tous pour un !

Touchés par la curiosité et la compassion, les spectateurs sont tenus en haleine. Mais le public est avant tout poussé à se concentrer sur les relations du jeune homme au sein du centre de rééducation, avec les autres Patients. Tout d’abord, le film marque très bien la singularité de chacun des handicapés. Ainsi, ils ne sont plus juste « des handicapés », mais Samir, Farid, Toussaint ou Samia. Et les réalisateurs s’arrangent non seulement pour rendre unique chacun des personnages, mais aussi pour expliquer très simplement, et sans s’étendre trop longtemps dessus, la différence entre leurs handicaps. Et connaître, entre autres, les nuances entre tétraplégiques, para, ou trauma, permet aux spectateurs de clarifier les questions qu’ils peuvent se poser sur ces maladies pour ensuite mieux se concentrer sur l’évolution de Ben et de sa nouvelle bande d’amis. Le corps n’est plus alors un fardeau mais un outil personnel dont il faut profiter et qu’il faut faire progresser. Malgré des coups de blues qui rendent Patients crédible, les joutes verbales, les insultes et les private-jokes fusent pendant tout le film. La réalisation de Grand Corps Malade et Mehdi Idir se place alors parfaitement dans la catégorie comédie dramatique.

Conclusion : Grand Corps Malade porte un message fort à l’écran. Patients véhicule une nouvelle image du quotidien d’handicapés moteurs. Même si l’humour est constamment présent, cette réalisation peut aussi se montrer rude et donc, d’autant plus réaliste. Cette première collaboration avec Mehdi Idir est réussie. Le casting dévoile des comédiens et acteurs qui, pour la plupart, n’avaient jamais été en tête d’affiche comme ici. Et de ce côté, c’est aussi une réussite !

Patients
Un film de Grand Corps Malade et Mehdi Idir
Sortie le 1er mars 2017

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