Paradise Lost : La double facette de Pablo Escobar (Critique sans spoilers)

Pablo Escobar. Il y a des années qu’Hollywood rêve d’adapter sur grand écran les frasques du narco-trafiquant. D’Oliver Stone à Joe Carnahan, de grands réalisateurs s’y sont cassés les dents. C’est Andrea Di Stefano, acteur et réalisateur italien qui s’offre la figure mythique du trafic de cocaïne pour son premier passage derrière la caméra. Le résultat est inattendu et casse les codes du biopic type.

Innocence perdue

Nick (Josh Hutcherson) est un jeune canadien rêveur. Avec son frère aîné, il prend la route de la Colombie. Là-bas ils espèrent trouver un coin de paradis synonyme de sable blanc et d’eau turquoise pour s’adonner au surf. C’est en vivant de petits boulots qu’il va faire la rencontre de Maria (Claudia Traisac). Une idylle sans accro s’installe jusqu’à ce que Nick rencontre l’oncle de sa belle, un certain Pablo Escobar (Benicio Del Toro).

Avec ce scénario, le spectateur rentre dans Paradise Lost comme il a découvert Le Dernier Roi d’Écosse. C’est le parti pris du réalisateur Andrea Di Stefano. Il nous fait découvrir le baron de la drogue à travers les yeux d’un inconnu. Il casse d’entrée les règles du biopic habituel en mélangeant fiction et réalité. Le réalisateur fait aussi le choix de ne se centrer que sur une période très précise de la vie « Del Capo », quelques années avant qu’il ne se rende aux autorités colombiennes.

Descente aux enfers

Le film se déroule en deux phases, à l’image d’une tragédie théâtrale. On découvre d’abord Escobar en homme de foi pour qui la famille est sacrée.  Un bienfaiteur auprès des plus pauvres qu’il aide grâce à sa fortune. L’homme est charismatique et Nick ne peut qu’être subjugué par cette figure d’autorité. Maria lui apprend que son oncle doit sa renommée la cocaïne. Une plante utilisée a des fins médicales en Colombie. Pour sa famille et la populace, Escobar ne fait qu’exporter un savoir faire local. Nick met ses doutes de côté et rentre petit à petit dans l’intimité du baron. Là le film s’accélère. Le gouvernement rattrape le trafiquant et il doit prendre des dispositions. Nick en fera les frais. Il découvrira que l’homme qui le considère comme un fils n’hésite pas à faire massacrer des familles entières ou ses propres hommes pour couvrir ses arrières. Personne n’échappe à Pablo Escobar.

Une approche inédite

Le dernier souvenir de Pablo Escobar au cinéma doit remonter à Blow avec Johnny Depp en 2001. Le colombien occupait un rôle minime. Il était temps que le cinéma en fasse une figure de premier plan. 13 ans plus tard, Paradise Lost répond à cette attente même si le récit proposé peut déstabiliser. En effet le film traite du plus grand trafiquant de cocaïne au monde sans que l’on aperçoive la moindre trace de poudre blanche. L’accent est mis sur les liens qui unissent les protagonistes. Comment ces derniers se tissent et se brisent, rattrapés par une dure réalité qui broie tout sur son passage.  Di Stefano retranscrit avec simplicité des scènes qui paraissent surréalistes. Sa caméra s’approche au plus près des personnages. Il magnifie Benicio Del Toro, encore une fois irréprochable. Il est fascinant de voir le comédien vous terrifier d’un simple regard. Peu d’acteurs auraient pu camper Escobar. Les autres membres du casting ne sont pas en reste non plus. Bien sûr, le long métrage n’évite pas certains clichés mais Andrea Di Stefano transforme son essai avec les honneurs.

Conclusion

Paradise Lost est un premier film déroutant qui se joue des codes du biopic traditionnel. Andrea Di Stefano capte avec minutie la personnalité fascinante d’un Pablo Escobar campé par un Benicio Del Toro habité. Le scénario présente une longue et lente descente aux enfers qui n’est pas sans rappeler Le Dernier Roi d’Écosse

Paradise Lost, en salle le 5 novembre 2014.

Réalisé par Andrea Di Stefano. Avec Benicio Del Toro (Wolfman, Che), Josh Hutcherson (Hunger Games), Brady Corbet (Sils Maria), Claudia Traisac et Ana Girardot.

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