Ouija – Les Origines : la Flanagan touch

Halloween vient tout juste de passer, mais les films d’horreur continuent à affluer dans nos salles, ainsi que sur les plateformes de VOD ou en Direct-to-DVD, pour palier une exploitation capricieuse du genre. Les films de Mike Flanagan sont passés par là : The Mirror est directement sorti en France en vidéo, tandis que Pas un bruit est arrivé sur Netflix. Cette relative discrétion en France n’empêche pas que ces films soient de qualité, Flanagan étant de plus en plus remarqué dans de nombreux festivals. Et c’est sûrement pour cela qu’Universal l’a chargé de s’occuper de la suite de Ouija, sorti en 2014. Le célèbre jeu agitateur d’esprits, toujours édité chez Hasbro, a donc eu droit à son exploitation au cinéma (d’autres films usent du jeu sans pour autant être affilié avec Hasbro, comme The Ouija Experiment). Littéralement bashé par la critique, ce premier volet a tout de même ramené 100 millions de dollars au box-office contre cinq millions de budget. Alors l’horreur continue, cette fois-ci avec un préquel. Et quand on ramène quelqu’un qui sait y faire, bizarrement, ça change tout…

The Mirror : l’horreur se reflète

En 2013, Flanagan sort son second long-métrage, Oculus (retitré chez nous parce que bon, le latin, faut pas trop déconner mais à part de rares collégiens, tout le monde s’en fout, hein !), adapté de l’un de ses courts métrages. Le réalisateur met déjà en place sa recette : une intrigue en huis clos, et un casting réduit à cette alchimie entre Karen Gillan (avant Jumanji et son étrange short) et Brendon Twaites (avant la purge Gods of Egypt), frère et sœur dans le film, dévoués à résoudre l’énigme qui se cache derrière un miroir familial, ayant causé la mort de leurs parents durant leur enfance. Dans le reflet du miroir, passé et présent finissent par se confondre, laissant les deux jeunes impuissants face à leur double, enfant. Annalise Basso, que l’on a récemment pu voir dans Captain Fantastic et qui joue également dans Ouija – Les Origines, était déjà au casting de ce film, dans la peau du personnage de Karen Gillian enfant.

Flanagan savait construire et créer une ambiance dans un film qu’il contrôle à la baguette, puisqu’il contribué également à son écriture et en effectue le montage seul (comme pour ses autres films). Il ne joue pas sur le gore à outrance mais sur la douleur psychologique de ses personnages, amenés à revivre ces moments infâmes, les piégeant dans une boucle infinie d’horreur… The Mirror aurait très bien pu être le point d’entrée d’une nouvelle franchise, mais il vaut mieux parfois ne pas en abuser…

Pas un bruit : personne pour vous entendre crier !

Sorti très discrètement sur Netflix cette année, Pas un bruit fait partie de l’une des plus belles surprises de l’année dans le genre horrifique. Mike Flanagan offre à Kate Siegel, sa compagne, le premier rôle de ce nouveau thriller en huis clos. Dans une maison reculée au fin fond des montagnes, Maddie, une jeune romancière cherche l’inspiration pour son prochain roman… mais quand un psychopathe s’amuse à perturber l’une de ses soirées, ça foire un peu ses plans. Quel est le problème ? Qui dit montagne, dit réseau perturbé, et voisinage quasi inexistant. Ce n’est pas tout : Maddie est sourde et muette… Elle ne peut donc compter que sur ses autres sens pour déjouer les plans de son ravisseur.

Tourné avec un budget ultra-minimaliste (un million de dollars), Flanagan réussit encore à délivrer de beaux moments de tension. Mention spéciale à cette scène où Maddie utilise son imagination débordante pour trouver toutes les échappatoires possibles… ou plutôt toutes les manières qu’elle aurait de finir massacrée par ce psychopathe sorti de nulle part. Pas un bruit est bien plus brutal que son aîné, Flanagan n’hésitant pas à délivrer des scènes de violence assez intenses, sans pour autant basculer dans le gore qu’il prohibe toujours de ses images (à part peut-être une toute petite séquence en particulier). Pour un home invasion qui semble complètement banal, le réalisateur parvient à retourner les codes du genre en apportant ce personnage principal, qui fait de son handicap une force.

Ouija : souviens-toi des ados débiles…

Question film d’horreur débile, il est sûr que le premier Ouija figure parmi les meilleurs. Ce premier film de Stiles White (qui n’a d’ailleurs toujours rien réalisé depuis, sûrement de peur de commettre un nouveau massacre) avait pourtant de beaux soutiens derrière lui, avec Michael Bay et Jason Blum à la production. Au casting, quelques têtes bien connues des ados : Shelley Hennig (Teen Wolf, Unfriended) incarne la pauvre Debbie, première victime du jeu de Ouija (dans un suicide déguisé) et meilleure amie de Laine, incarnée par Olivia Cooke (Bates Motel). Les deux jeunes filles ont joué au Ouija enfant, elles en parlent, connaissent ses dangers… mais cela n’empêche pas Laine d’avoir la brillante idée de ressortir la planche avec ses amis pour faire ses adieux à Debbie.

Bref, c’est parti pour une heure et demi d’ados braillards et inconscients, qui s’amusent à faire n’importe quoi. Ajoutez à cela un grand ennui, des effets visuels hideux et des morts parfois complètement stupides, et ça donne un fiasco total. Le seul mérite de Ouija, c’est d’introduire convenablement les personnages qui sont au cœur de ce nouvel opus, Les Origines

Ouija – Les Origines : enfin un bon préquel !

On reprend presque les mêmes et on recommence ! Dans ce préquel, Mike Flanagan nous ramène dans la même maison que dans le premier volet, mais à une toute autre époque : en 1965, Alice Zander (Elizabeth Reazer) et ses filles tiennent des séances de spiritisme chez elles… mais celles-ci sont complètement bidons. Jusqu’à ce que la mère utilise une planche de Ouija, à laquelle sa fille Doris (Lulu Wilson) se révèle très sensible, puisqu’elle est en contact avec les esprits !

Flanagan se débarrasse du casting trop vaste qui faisait l’embarras du premier volet et se concentre sur cette famille exclusivement féminine (le père étant disparu), tout en prenant soin de passer le plus de temps possible dans cette maison. Les rares scènes dans d’autres lieux se déroulent dans des endroits censés représenter la sécurité, le bien être et la reconnaissance divine : l’école des jeunes filles, où elles sont en contact avec le père Tom (Henry Thomas). L’hôpital, censé assainir le corps et l’esprit. Mais un hôpital dans un film d’horreur, ça n’a jamais vraiment son rôle initial… Doris Zander, cela vous rappellera quelque chose, pour ceux qui auront déjà vu le premier volet. Mais sinon, aucun problème : les deux films marchent très bien indépendamment l’un de l’autre, et il n’est pas nécessaire d’avoir vu le premier Ouija pour comprendre ce nouvel opus. Dit comme ça, on pourrait croire que ce Ouija ne mérite pas son sous-titre « les origines ». Il ne faut pas s’attendre à découvrir les origines de ce jeu (qui pourrait sûrement mériter un beau scénario) mais celles du mal qui ronge cette demeure depuis des années.

Le scénario reprend les codes du genre sans pour autant les révolutionner, mais qu’importe : ça marche, et on croit beaucoup plus en ce film plutôt qu’en l’intrigue du premier. Flanagan met à l’épreuve les notions de croyance, lorsque tout le monde d’Alice se voit chamboulé par l’apparition d’un véritable esprit. Elle usait de stratagèmes et de techniques pour faire croire aux gens qu’ils pouvaient réellement communiquer avec leurs défunts, afin de les soulager. Au fond, Flanagan ne cache pas son profond amour pour le genre, et plus particulièrement son adoration pour L’Exorcisme de William Friedkin : le réalisateur rend hommage à l’une des scènes clés du film, et met également à l’épreuve la sphère religieuse… ou plutôt la Sainte Trinité. Le Père, le Fils et le Saint Esprit. Ou ici, plutôt, le Père, la Fille et le Mauvais Esprit… tous les personnages sont mis à l’épreuve, et Flanagan joue avec les codes du premiers volet (les lèvres cousues) pour en renforcer la terreur. Lui ne joue pas sur des jumpscares bidons, mais judicieusement étudiés dans son cadrage. Il crée une ambiance volontairement rétro, en apportant un grain à son image, en usant des couleurs flashys de l’époque… et en ajoutant des brûlures de cigarette.

Il est certain qu’un film comme OuijaLes Origines n’a pas la même envergure qu’un blockbuster comme Conjuring 2 (question de budget évidente) mais force est de constater qu’une fois ce projet placé entre de bonnes mains, le reste suit. Lulu Wilson et Annalise Basso sont toutes deux stupéfiantes, ainsi qu’Elizabeth Reaser dans le rôle de cette mère décimée entre raison et folie. Ce nouveau Ouija vaut donc le déplacement, bien plus que son premier volet !

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