[Séries] Les désastreuses aventures des orphelins Baudelaire, saison 2 : l’esthétique du pessimisme

« Ne regardez pas, chaque épisode n’est que désarroi. » La voix de Neil Patrick Harris nous avait mis en garde dès les premières minutes du premier épisode des Désastreuses aventures des orphelins Baudelaire, sorti sur Netflix en janvier 2017. Cela n’a pourtant pas découragé les spectateurs : la première saison de cette adaptation des livres de Lemony Snicket (de son vrai nom Daniel Handler) a tant séduit que Netflix l’a reconduite pour deux autres saisons. La deuxième, elle, est en ligne depuis le 30 mars 2018. Verdict ?

Les Désastreuses aventures des orphelins Baudelaire suit les péripéties de trois frères et soeurs, l’aînée, Violette, son frère cadet Klaus, et Prunille (Sunny en VO), la petite dernière. Après que leurs parents ont péri dans un terrible incendie qui a détruit leur maison, les enfants Baudelaire se retrouvent confiés au comte Olaf (Neil Patrick Harris), acteur qui ne cherche qu’à mettre la main sur leur héritage. Une fois les intentions de Olaf révélées au grand jour, les orphelins sont accueillis par d’autres tuteurs, mais le comte n’est jamais bien loin. A la fin de la saison 1, après avoir vu leurs nombreux foyers réduits à néant par le comte Olaf, les Baudelaire étaient placés dans un internat. Mais leurs désastreuses aventures étaient loin d’être terminées…

Une esthétique à la Wes Anderson

Le schéma de chaque épisode de la série, de manière générale, est toujours le même : Klaus, Violette et Prunille sont placés dans une famille, dans laquelle le comte Olaf réussit à faire irruption en se déguisant, et en gagnant la confiance de leur nouveaux tuteurs. Seuls les Baudelaire semblent le reconnaître, et tenteront en vain de faire entendre raison aux adultes. A la fin de l’épisode, le comte Olaf est généralement démasqué et s’enfuit avant d’être arrêté. On vous le met dans le mille : la saison 2 n’échappe pas à cette règle. Et pourtant, bizarrement, on ne se lasse pas de la série. Mais pourquoi ?

La première raison est que, bien souvent, l’histoire importe moins que la manière dont elle est racontée. Même si l’on ignore dans quelle ville vont aller les orphelins, ou bien quel rôle jouera Olaf, le spectateur sait, dans les grandes lignes, le dénouement de l’histoire. Et la série joue sur cela : le générique, chanté par Neil Patrick Harris et dont les paroles changent à chaque épisode, dévoile bien souvent les grandes lignes de chaque nouvelle histoire, sans compter les indices que nous donne le narrateur en début d’épisode.

Il faut bien avouer que l’on regarde Les Désastreuses aventures des orphelins Baudelaire avant tout pour son esthétique et son ton, qui n’est pas sans rappeler le style de Wes Anderson, que ce soit dans la symétrie presque obsessionnelle des plans, dans les décors aussi irréalistes qu’originaux, ou dans l’ironie et la noirceur de l’humour. La saison 2 garde cette identité visuelle, mais va encore plus loin que la première, en associant chaque couple d’épisode (l’histoire de chaque tome étant étalée sur deux épisodes) à un univers bien particulier : tandis qu’un des épisodes ressemble à un vieux western, le suivant, avec son hôpital délabré, a des airs de films d’horreur. Les musiques, les couleurs, les plans, tout contribue à cette individualité stylistique.

« Vous ne rencontrerez qu’horreur et désagrément »

L’un des points forts de la série est également son ton, la vision du monde et de la société qu’elle donne au travers de ses portraits. Chaque famille à laquelle les orphelins Baudelaire sont confiés est caractérisée par un défaut de société, poussé à l’extrême, et la saison 2 semble aller encore plus loin et voir encore plus juste. La famille qui n’est gouvernée que parce qui est à la mode (ce qui est « in » ou « out » dans la version originale), la ville qui est obsédée par les lois aussi inutiles qu’injustes, ou encore l’hôpital qui prend davantage soin de la paperasse que de ses patients. Tous comme les décors, les portraits sont irréalistes et caricaturaux et permettent une satire de la société. Une société dans laquelle les adultes n’écoutent pas les enfants, considérés comme bien plus bêtes qu’ils ne le sont.

Et pour transmettre son message, la série use du même procédé que les livres : elle combine un humour grinçant et une profonde noirceur. Les personnages sont extrêmement loufoques, burlesques, les gentils comme les méchants. Les premiers sont si naïfs et les derniers si bêtes qu’ils en sont tous les deux ridicules. Et pourtant, la bêtise n’empêche pas la cruauté, et sur la série pèse un pessimisme qui lui donne des aspects bien plus adultes. Les personnes qui tentent d’aider les Baudelaire en paient le prix fort, et le public s’habitue petit à petit à voir les personnages qui leur sont le plus chers mourir, ou du moins finir dans de très mauvaises situations. Rien ne semble indiquer une fin heureuse à cette histoire, et le narrateur nous incite régulièrement à arrêter de suivre la série. Cette nouvelle salve d’épisodes est encore plus pessimiste que la précédente, puisque les Baudelaire semblent eux-mêmes avoir abandonné tout espoir de faire entendre raison aux adultes à chaque nouvelle apparition du comte Olaf. Contrairement à la saison 1, ils se concentrent désormais davantage sur le mystère autour de la vie et la mort de leurs parents que sur les moyens de démasquer ou de fuir Olaf. Sans parler du dernier épisode…

Lueur d’espoir ?

Si la saison 2 des Désastreuses aventures des orphelins Baudelaire se trouve de manière générale dans le prolongement de la saison 1 sur le plan formel, elle apporte avec elle quelques nouveautés – évidemment, il faut bien que l’intrigue avance tout de même un peu, pour continuer à tenir le spectateur en haleine. Le principal point à noter est que désormais, les trois frère et sœurs ne sont plus seuls, et ce sentiment se fait de plus en plus fort au fil des épisodes. Dans la saison 1, Klaus, Violet et Sunny rencontraient régulièrement des adultes bienfaisants prêts à les aider, mais ils restaient pour autant seuls à connaître la véritable identité du comte Olaf, et seuls à se battre. Désormais, ils peuvent compter sur deux nouveaux soutiens, qui sont un véritables bol d’air frais pour la série : d’un côté, deux frère et sœur également orphelins, rencontrés dans leur internat dès le premier épisode – le public les a même déjà rencontrés en fin de saison 1. De l’autre, on trouve les agents de l’organisation secrète à laquelle semblait appartenir les parents Baudelaire, certains déjà aperçus dans la saison 1.

La saison 2 se concentre même un peu moins sur les Baudelaire pour nous présenter pour en détails les différents personnages de cette organisation, qui sont pour la plupart à la fois plein d’humour et terriblement attachants (terriblement, car il n’est malheureusement pas bon de s’attacher à qui que ce soit dans cette série…). Mais le plus grand mystère de la série pourrait bien être celui qui se bâtit autour du narrateur et prétendu auteur des livres, Lemony Snicket. Omniprésent, il apparaît à chaque épisode, au début et à la fin, et s’immisce également au cœur de l’histoire, en surgissant dans le décor de certaines scènes, sans pour autant être vu par les personnages. C’est pourtant aussi un personnage dit « diégétique » : il fait bel et bien parti de l’univers de la série, a connu certains personnages de l’histoire, et les informations à son propos nous sont révélées au compte-goutte. Ce pourrait-il qu’il soit, en réalité, la clé du mystère ? Ou bien serait-ce Béatrice, sa bien-aimée, que le spectateur n’a jamais vue mais qui pèse au dessus de tous les personnages plus ou moins directement ? La nouvelle saison des Désastreuses aventures des orphelins Baudelaire répond à certaines questions, tout en en soulevant de nouvelles. Une seule solution : s’armer de patience, et attendre la troisième saison.

Les Désastreuses aventures des orphelins Baudelaire
Une série de Mark Hudis et Barry Sonnenfeld
2 saisons disponibles sur Netflix



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