[Rétro Fête foraine] O’Dreamland, documentaire de Lindsay Anderson

Le mois de janvier nous offre de beaux exemples et l’occasion de revenir sur l’utilisation de la fête foraine dans le cinéma de fiction. Lieu de loisir ou de cauchemar, le réalisateur fait de cet espace la projection des angoisses ou du bonheur de ses personnages. Mais avant que le parc d’attraction ne devienne le décor à succès de grands films de fiction, et notamment une grande ressource pour le cinéma d’horreur, un réalisateur anglais, Lindsey Anderson, avait capté, dans le réel, toute la potentialité de la cruauté de ces lieux. O’Dreamland est un documentaire qu’il réalisa en 1953, dans le parc d’attraction de « Dreamland », à Margate, dans la banlieue Ouest de Londres.

Si on s’intéresse un peu à l’histoire du documentaire, il s’agit d’une succession de générations et de mouvements, qui peuvent être temporellement, politiquement et géographiquement localisés. Il y a donc eu plusieurs écoles du documentaire. Lindsay Anderson appartient aux « Angry Young Men » du « free cinema » anglais, avec à ses cotés, Richardson, Reizs, Grionson et Jenings. Durant les années cinquante, ces jeunes hommes ont pris leur caméra et sont descendus dans les rues, les quartiers, principalement de Londres, qui étaient devenues le théâtre de toutes les violences. Ils ont ainsi créé un regard très critique, parfois violent sur la société anglo-saxonne de l’époque.

« This is history, your children will love it »

Etudier le « cinéma vérité » c’est comprendre comment filmer la vacuité du réel mène à un regard critique du réalisateur. Dans la dynamique lancée par les « Angry Young Men », Anderson veut montrer une certaine part de laideur dans laquelle va se plonger la société du plaisir et du divertissement. Pour aller à Dreamland, on sort les vêtements du dimanche, mais on piétine les tas d’emballages. Pour Anderson, la société consumériste a fait de ce « pays de rêve » un lieu sale, qui force au dégoût. Sous une caméra impitoyable, les gens repartent comme ils sont arrivés, défilant devant l’écran, en cortège, ou un troupeau. Si ce documentaire est tourné en 1953, il fait preuve d’une très grande modernité, autant dans ce qu’il dénonce que dans l’utilisation de la fête foraine comme théâtre de la terreur. Sur des images d’horreur (chambres de torture, animaux enfermés dans les cages), il y a des raccords sur des gros plans de la marionnette hilare qui renforce la violence de tels espaces de loisirs. On entend le spot publicitaire du parc : « C’est l’Histoire, vos enfants vont adorer ». C’est là toute la société cathartique en puissance.

Ici, Anderson se tient à l’écart du documentaire, en ne cédant pas au commentaire (voix-off), ce qui l’oblige à faire un travail important sur le son. Tout au long du film, le ricanement incessant de la marionnette se construit comme un motif, un thème qui rappelle l’horreur dans lequel évoluent les visiteurs. Il crée une cacophonie et une disharmonie évidente que pose le réalisateur sur cette société de divertissement. Il ne reste plus que cet éclat de rire pour dire toute la puissance et la force vindicative du projet documentaire.


Visionner le court métrage :


A découvrir également, dans notre rétrospective Fête foraine :


Vous avez aimé cet article? Abonnez-vous à notre newsletter et découvrez chaque mois le meilleur de Silence Moteur Action!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *