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[Critique] Noces : un bel affrontement des cultures

Les thématiques abordées sont compliquées. Les faux-pas pouvaient facilement se multiplier. Pourtant, Noces, le dernier film de Stephan Streker, est une vraie réussite. C’était risqué, mais le pari est relevé avec succès. On y suit une jeune belgo-pakistanaise, dont les traditions religieuses la poussent à se marier avec un homme qu’elle ne désire pas, et incarnée par la talentueuse et rayonnante Lina El Arabi. Mais avant d’être un film sur la religion, Noces est tout d’abord une superbe œuvre sur le respect des traditions et du multiculturalisme.

Noces pourrait bien être le film qui fera décoller la carrière de l’actrice Lina Et Arabi. Et cela serait mérité ! Elle y interprète Zahira, une Pakistanaise immigrée en Belgique qui, dès les premières secondes du film, est placée dans une situation délicate : enceinte, elle doit se faire avorter. Le ton est alors donné : tous les éléments de l’intrigue de Noces seront sujets à des décisions compliquées à prendre, en particulier lorsque Zahira se voit contrainte à un mariage forcé qui devient rapidement le cœur de l’intrigue. Cependant, à aucun moment le film ne prend parti pour l’un des deux côtés de la situation sensible du personnage principal. La réflexion du public fait partie de l’expérience proposée par cette réalisation percutante.

Une femme en colère

Le processus de réflexion de la jeune femme permet de dévoiler aux spectateurs l’envergure et l’importance de chaque décision prise dans une situation culturelle à deux facettes. Zahira est une protagoniste très complexe, dotée d’un caractère fort. Elle ne renie jamais sa religion, elle est très attachée à ses traditions. Mais à côté de cela, elle doit et elle veut vivre dans son temps, avec ses amies, les garçons, les sorties… Deux mondes qui ont du mal à s’accorder, et pourtant la jeune fille veut exister dans l’un comme dans l’autre. Ce tiraillement constant entre deux cultures est assez déroutant, mais il permet de dresser les pour et les contre de chaque parti. En prenant une jeune femme lambda comme exemple, Stephan Streker expose la complexité à laquelle se confrontent des milliers de personnes déchirées entre le traditionalisme cher à l’Orient et l’évolution très (trop ?) rapide d’un monde occidental. Comment ne pas bafouer ses traditions au profit d’une vie fougueuse ? Le compromis n’est pas toujours simple, surtout quand il s’agit d’imposer à une femme un choix de vie irréversible : le mariage. Zahira semble emprisonnée dans une spirale infernale. Quel que soit son choix, cela fera des dégâts.

Neutre face aux débats

Doit-elle alors se battre pour sa liberté ou conserver la stabilité de sa cellule familiale en sacrifiant, peut-être à ses dépens, une partie de sa vie ? Noces déploie des arguments efficaces pour chaque réponse possible. Les problématiques sont nombreuses et toutes défendues par des personnages dont l’avenir est en jeu. Les jeux de dialogues et les débats sont simplement époustouflants et rendent le film très prenant et intéressant puisque le public est confronté à des argumentaires défendus par les protagonistes et bien expliqués par un très bon travail d’écriture.

Par ailleurs, pour mieux comprendre les différentes mentalités et les points de vue opposés sur ce choc des cultures, le réalisateur utilise aussi l’immersion au cœur de la famille de la jeune femme de manière plus technique. Les caméras sont souvent positionnées à hauteur des protagonistes : qu’ils soient debout ou assis dans le canapé, nos yeux sont à leur hauteur. Le spectateur est alors au cœur des débats et, grâce à une égalité visuelle et à cette distance réduite, il s’imprègne de chaque raisonnement de la même façon, sans prendre parti. Toutefois, la réalisation de Stephan Streker ne se concentre pas uniquement sur ce fameux mariage forcé mais aborde également de nombreux thèmes sociaux, comme l’immigration professionnelle ou encore l’insertion dans un nouveau pays.

Sujets sensibles abordés avec une très grande intelligence, mise en scène dynamique et agréable, acteurs frais et fougueux, Noces frappe fort. A noter aussi : des seconds rôles saisissants comme ceux joués par par Alice de Lencquesaing ou Sébastien Houbani, interprète du frère de la Pakistanaise, plus discret dans le film, mais tout aussi rayonnant que Lina El Arabi. Présenté dans divers festivals, Noces mène son bout de chemin. Mais le film saura-t-il se faire une place au cinéma en pleine période d’Oscar ? Il le faut !

 

Comments (1)

  1. […] pour l’honneur de sa famille, très important dans la culture japonaise, tandis que le film Noces nous plonge au cœur d’une famille pakistanaise et du thème du mariage […]

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