[Critique] Et les Mistrals Gagnants : quand la niaiserie va trop loin !

Distribuée par Nour Films, la réalisation Et les Mistrals Gagnants se fait une petite place en salles, chose rare pour un thème plutôt délicat et très fort en émotions. Ce documentaire de Anne-Dauphine Julliand suit pendant plusieurs semaines quelques enfants atteints de maladies graves, dans les hôpitaux et dans leur quotidien. Evidemment, le sujet suscite la curiosité, la compassion, mais aussi l’envie de s’informer sur l’ensemble du système pédiatrique mis en place dans ces cas de maladie. Or la réalisatrice dresse ici seulement un pseudo-documentaire complètement naïf.

Anne-Dauphine Julliand a ressenti le besoin de réaliser Et les Mistrals Gagnants suite à la perte de ses propres enfants, eux-mêmes malades. Dès lors, il est possible de penser que cette maman connaît par cœur les procédures médicales, le fonctionnement en pédiatrie et le quotidien plus compliqué des enfants. Mais pourquoi ne pas le montrer ? La réalisatrice a préféré faire un film sur la vie, sur la joie et la force incommensurable des petits monstres. Alors oui, le rendu est une ode au bonheur. Mais ce documentaire n’a aucune finalité si ce n’est essayer de faire croire que tout va bien dans le meilleur des mondes et qu’il suffit de toujours rester positif. Voilage de face total.

« Tout le monde il est beau » 

L’angle choisi par Anne-Dauphine Julliand n’est pas le problème. Il est toujours possible de mettre en exergue la joie de vivre débordante des enfants, y compris dans un monde hospitalier. Mais la manière dont elle le fait est trop innocente, pour ne pas dire niaiseuse. Tout d’abord, Et les Mistrals Gagnants présente toujours, à l’exception d’une scène majeure, des enfants dans des moments de plaisir. Salle de jeux, sports en extérieur, moments familiaux, ou encore repas entre copains… Les lieux sont stratégiquement choisis. Très peu d’appareils médicaux, mais beaucoup de nature, de scènes en extérieur ou de maisons chaleureuses… Trop facile ? Ce n’est pas tout ! Dans ces instants sont capturés des rires ou des moments de complicité. Quand les séquences sont plus calmes, on peut alors écouter les moustiques parler de leur quotidien en tant que personnes malades, mais les instants de tristesse sont moindres, voire absents. Le montage final ne retient que le bonheur. Les références à la célèbre chanson « Hakuna Matata… ça veut dire pas de soucis » et les phrases candides fusent dans tous les sens, notamment lorsque le spectateur se retrouve en face d’une bouille déclarant que « quand on est malade, ça n’empêche pas d’être heureux… Rien n’empêche d’être heureux ». Evidemment, le procédé marche ! Evidemment, la gorge se noue ! Pour contre-balancer, et en tendant l’oreille, on entend quelques fois les enfants employer des termes médicaux pour montrer qu’ils sont conscients de leur maladie. Mais Et les Mistrals Gagnants occulte volontairement une autre réalité, beaucoup plus rude.

Vrai documentaire ou non ?

Un documentaire a pour objectif principal de restituer le réel dans un but informatif. Mais après le visionnage de Et les Mistrals Gagnants, on reste sur notre faim. Malgré des séquences très mises en scène, il est impossible de nier la véracité de la force et du courage dégagés par ces adorables marmots. Cependant, cette réalisation ne dégage quasiment aucun chiffre ni aucune donnée d’étude. Pire que cela, le public ne s’imprègne absolument pas du système médical mis en place pour les enfants. La pédiatrie est un univers très particulier. Cet environnement suscite énormément d’interrogations chez le spectateur externe à tout cela, et pourtant Anne-Dauphine Julliand ne prend pas le temps d’expliquer certains fonctionnements. De plus, la relation entre les jeunes patients et le personnel médical est aussi passée à la trappe alors qu’elle a un enjeu plus que majeur dans la vie de ces moussaillons malades. Une unique scène – celle, d’ailleurs, évoquée dans le paragraphe précédent – montre brièvement ce lien avec le personnel hospitalier : il s’agit de la seule scène à montrer la souffrance physique réelle d’un des enfants. Tous ces éléments laissent un peu perplexe quant à l’efficacité d’un documentaire sur un sujet aussi sensible et très intéressant que celui-ci.

Conclusion : Anne-Dauphine Julliand se positionne dans une démarche plus que sincère. Et les Mistrals Gagnants est effectivement beau, très touchant et les paroles innocentes des enfants font régulièrement rire. Mais cela ne fait pas tout. L’émotion est peut-être là, le message positif véhiculé donne un brin de force au public, mais la réalisation n’est pas bonne. Les fondamentaux du documentaire sont absents.  

Et les Mistrals Gagnants
De Anne-Dauphine Julliand
Sortie le 01 février 2017

 

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