[Critique] Mission : Impossible – Fallout : le feu aux poudres

Initiée en 1996 par le grand cinéaste Brian De Palma et à partir d’une série TV, la saga Mission : Impossible a su en moins de deux décennies s’imposer comme l’une des meilleures franchises d’espionnage et d’action. Le cousin américain de James Bond s’est, il faut dire, illustré par des films dantesques qui ont marqué l’inconscient collectif, aidé par des interprétations impressionnantes de Tom Cruise et sa bande. Quand on a appris que le 6e opus se déroulerait dans nos rues parisiennes, notre curiosité a été piquée. Alors, que vaut ce Mission : Impossible ?

Il est assez ironique de remarquer que l’acronyme de cet opus est M:I6, comme l’agence d’espionnage britannique dans laquelle officie un certain agent à trois chiffres. Et effectivement, Mission : Impossible n’aura jamais été tant dans l’esprit des grands James Bond, par sa folie, son intrigue à tiroirs et ses décors internationaux. Cette fois-ci, Ethan Hunt (Tom Cruise) et son équipe doivent empêcher la vente de plutonium aux Apôtres, les restes du Syndicat du 5e opus. Afin d’éviter un attentat, l’IMF (Impossible Mission Force) parcourra Berlin, Paris, Londres, les USA et le Cachemire (une région indienne).

Mission accomplie ! 

Dès le film de De Palma en 1996, Mission : Impossible a été une saga politique, qui traite des peurs de son époque (l’arrivée d’internet, la surveillance façon Big Brother, le terrorisme, la nano technologie, le nucléaire, les théories du complot). Ici, loin de tout mélanger, Fallout parle de terrorisme à grande échelle, d’institutions souhaitant la guerre pour en tirer du profit : « plus grande est la souffrance, plus grande sera la paix » sermonne régulièrement le grand méchant. Le film évoque aussi avec subtilité la question de la religion, de son impact sur les gens et leurs peurs et sur le rapport qu’elle entretient avec le terrorisme. La menace est omniprésente, et tout peut survenir à n’importe quel moment.

Mais le film se passe en France, et plus particulièrement à Paris, ville frontalement touchée (et marquée) par le terrorisme. Loin de d’évoquer les attentats parisiens lourdement comme certaines productions récentes (telles que l’épisode final de Sense8 tourné la même année que Fallout à Paris), le cinéaste Christopher McQuarrie dissémine par-ci par là des allusions intelligentes. On pense notamment à la vision des forces de police : Ethan Hunt, pourtant un espion et expert des casses, les respecte pour leur courage et leur humanité. C’est beau et subtil.

Enfin, Mission : Impossible 6 fait le lien avec ses prédécesseurs. S’il est directement la continuité du cinquième opus (c’est la seule fois des six films que les intrigues de deux opus se suivent et s’imbriquent), le film rend aussi hommage aux volets précédents. On pense à la folie du deuxième opus, au réalisme froid et dur du troisième ou au classicisme du quatrième. Mais comme toute saga, Fallout se rattache irrémédiablement au tout premier film, auquel il répond même par des séquences miroirs : de la séquence bruyante de bagarre entre Henry Cavill et Tom Cruise dans un espace blanc comme neige (qui rappelle la scène sans son de Tom Cruise infiltrant la CIA dans le premier) à une mise en scène du décor qui reflète la première scène du premier film avec Emmanuelle Béart et Tom Cruise qui piégeaient un malfrat en se déguisant. L’idée de transformation, de déguisement, est d’ailleurs toujours le fil conducteur de la saga, avec un Tom Cruise se contorsionnant, faisant ses cascades, abîmant son visage, se cachant derrière toutes sortes de masques.

Du sang neuf

Mais l’acteur laisse aussi le champ libre pour permettre à d’autres personnages d’émerger. Dans les nouveaux venus, on notifiera Henry Cavill monumental de force brute et rocailleuse en agent de la CIA, ou la présence remarquée de Vanessa Kirby (The Crown) en fille de. Les anciens ont aussi leur moment de bravoure : Rebecca Ferguson s’impose définitivement comme le meilleur personnage de la saga après celui de Tom Cruise : brave, intelligente mais surtout (et c’est ce qui en fait l’alter égo d’Hunt), remplie d’humanité.

Le film n’en oublie pas d’être ce qu’il est à l’origine : un film d’action, un vrai divertissement. Pendant plus de 2h20, Fallout ne nous laisse aucun répit. Chaque séquence laisse sa place à une séquence encore plus impressionnante nous emmenant vers un climax spectaculaire. La mise en scène de Christopher McQuarrie vient sublimer le tout, avec un montage vif qui laisse cependant respirer les plans. Il y a dans le rythme de Mission : Impossible Fallout quelque chose qui fonctionne à merveille, un équilibre parfaitement trouvé.

Le temps de deux séquences, Fallout élargit son cadre et embrasse la totalité de son écran IMAX. Au lieu de nous laisser respirer (ce qui devrait être l’effet naturel ressenti quand on agrandit le cadre), elles nous coupent le souffle par leur beauté plastique et leur réalisme : on sait que Tom Cruise l’a vraiment fait, qu’il a sauté d’un avion à plus de 7 km d’altitude ou qu’il a appris à piloter un hélicoptère. C’est dantesque !

Enfin, on se doit d’évoquer les séquences tournées à Paris. Pendant plus d’un mois en mail et juin 2017, l’équipe du film a posé ses valises dans la capitale française pour y tourner une grosse partie du film. Au final, on est bluffé par les moyens mis en oeuvre pour faire exister notre ville à l’image. Les courses poursuites sont impressionnantes, jamais nous n’avions vu notre ville ainsi ! Sera-t-elle à nouveau à l’honneur dans le 7e opus ?

Conclusion : à la fois très abrupte et dur dans ce qu’il dit et rempli de poésie et de lyrisme, Mission : Impossible – Fallout est impressionnant ! L’un des meilleurs de la saga, un film à la fois plein d’humanité et de violence, parfaitement dans l’ère du temps. 


Mission : Impossible – Fallout
Un film de Christopher McQuarrie
Sortie le 1er août 2018 


On vous conseille aussi :


Vous avez aimé cet article? Abonnez-vous à notre newsletter et découvrez chaque mois le meilleur de Silence Moteur Action!


3 thoughts on “[Critique] Mission : Impossible – Fallout : le feu aux poudres

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *