En mai fais ce qu’il te plaît : Un exode épique et touchant

Il y a dix ans, Christian Carion s’attaquait à un pan oublié de l’histoire de la Première Guerre Mondiale, dans Joyeux Noël. Soldats français et allemands, le temps d’un mois de décembre, oubliaient le conflit pour célébrer les fêtes. Cette année, le réalisateur français se consacre à la Seconde Guerre Mondiale et à un autre épisode faiblement traité au cinéma : l’exode de 1940. Lorsqu’en mai, des millions de français ont décidé de quitter leurs maisons, leurs villages, pour fuir l’invasion allemande, l’espoir était encore présent… mais il a vite cédé au chaos.

Ce sont les habitants d’un petit village du Nord de la France que nous suivrons, guidés par Paul, leur maire (incarné par Olivier Gourmet), Mado, sa femme (Mathilde Seigner) et Suzanne, son assistante (Alice Isaaz). Mais Carion fera une nouvelle fois vivre ensemble français et allemand, avec Hans (August Diehl), opposant au régime nazi, et son fils Max (Joshio Marlon). Le père, emprisonné à Arras, se lance à la recherche de son fils parti avec Suzanne, accompagné par un soldat écossais (Matthew Rhys).

De l’intimité, faire naître la grande Histoire

Carion a toujours voulu parler de l’exode de 1940, avant même d’avoir réalisé Joyeux Noël, pour une simple et bonne raison : cette période de la Seconde Guerre Mondiale fut vécue par sa mère. En fin de compte, En mai, fais ce qu’il te plaît tombe à pic et devient le cadeau d’anniversaire de cette dernière. Plus personnel que jamais, le nouveau film de Carion fait naître une ambiance intimiste en concentrant son histoire sur la population d’un petit village du Nord Pas-de-Calais, décidée à fuir. Intimisme et diversité sont ainsi les maîtres mots d’En mai, fais ce qu’il te plaît, qui se prête à devenir un film choral, donnant une voix à de nombreux personnages différents : un maire dépassé par les évènements, mais qui, avec l’aide de sa femme, tente tout de même de guider ses citoyens ; une jeune institutrice confrontée à l’horreur de la guerre, dévouée à protéger Max, le jeune garçon allemand dont le père se lancera dans une vaste quête à sa recherche. Une multiplicité de nationalités, de multiples voix se mêlent pour un même espoir : fuir vers la liberté.

Pour que son spectateur puisse aisément s’identifier aux personnages et à l’histoire créés par Christian Carion, celui-ci a imposé une condition majeure à ses producteurs : le tournage devait se dérouler en France, et non en Europe de l’Est comme Joyeux Noël. Un choix qui lui sert aisément, puisque ces routes de campagne offrent parfois quelques sublimes scènes, telle que celle du passage des chars allemands dans les champs de blé. Un réalisme accru, poussé dans les moindres détails jusqu’aux costumes des comédiens et figurants, qui devaient s’habiller eux-mêmes et se les approprier. Tout cet ensemble se voit magnifié par les compositions d’Ennio Morricone, qui viennent accompagner les scènes de réunion, de tension, mais elle se paie toutefois le luxe de la simplicité et de la pudeur : cette musique ne vient jamais dramatiser les scènes de violence de manière outrancière. Les bombardements, les attaques se suffisent à eux-mêmes, et c’est un choix tout à fait remarquable.

De la fiction au documentaire, il n’y a qu’un pas

On l’a dit, En mai, fais ce qu’il te plaît est un film d’une richesse si intense qu’il basculerait quasiment vers le « docu-fiction », puisqu’il se permet d’aborder de nombreux thèmes : quelle mentalité avaient les Français lors de cet été 1940 ? Quelle fut l’aide des anglais ? Comment l’armée allemande fut-elle si puissante, si efficace, si rapidement ? C’est surtout un thème qui se démarquera davantage : la propagande de l’armée allemande. Elle introduit des scènes dont le ton tranche radicalement avec le reste du film, un peu plus décalées, tout en demeurant morbides. Le personnage d’Arriflex (incarné par Thomas Schmauser), réalisateur de propagande, impose sa folie créatrice à ses soldats, dans le simple but de filmer des massacres de prisonniers ou de populations.

En mai, fais ce qu’il te plaît s’impose comme un « road-movie » (si l’on veut) touchant et poignant, grâce à la performance sans failles de son casting. Lorsqu’Alice Isaaz devient éclaireuse du groupe en partant en avant à vélo, elle rend hommage à la mère de Christian Carion. Révélation de cette année 2015 ‘ son rôle dans Un moment d’égarement, sortie cet été, la jeune actrice de vingt-quatre ans délivre une prestation très plaisante… mais elle n’est pas la seule ! Olivier Gourmet, en leader (malgré lui) malmené de cet exode, est particulièrement convaincant, tout comme le duo de personnages allemands, qui offre un regard nouveau sur la résistance face au régime nazi. On relèvera aussi le rôle à contre-emploi total de Laurent Gerra, que l’on devrait plus souvent voir dans des rôles dramatiques. Son personnage a ici une saveur toute particulière pour lui, puisque l’acteur et comédien vient tout juste de faire publier les mémoires de son grand-père résistant.

Conclusion : En mai, fais ce qu’il te plaît est un film poignant, offrant un regard nouveau sur un épisode de la Guerre Mondiale que l’on a peu vu au cinéma. Riche et juste, Christian Carion fait un sans-faute !

Un film de Christian Carion
Avec August Diehl, Olivier Gourmet, Mathilde Seigner, Alice Isaaz…
Sortie en salles le 4 novembre

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