[Critique] Lion : mordu de Saroo

Dans une affiche, Lion est vendu comme « le nouveau Slumdog Millionaire ». Commençons par mettre de la distance avec cette comparaison trop facile. Effectivement, le film suit le parcours d’un enfant issu d’un milieu pauvre et dont le destin va être bousculé. Certes, l’Inde est le décor principal de cette réalisation de Garth Davis. Oui, globalement, les deux sont touchants. Et cerise sur le gâteau, oui, Dev Patel incarne le rôle principal. Malgré toutes ces similitudes, il ne faut pas mettre tout le monde dans le même panier. Lion raconte l’histoire d’un des 80 000 enfants indiens qui se perdent, ou disparaissent chaque année dans ce grand pays asiatique. On suit alors Saroo, un jeune garçon, de son enfance à l’âge adulte.

Miser sur l’émotionnel, sans émotion

Dès les premières images, le spectateur est frappé par le visage de Saroo. Enfant, ce personnage est joué par Sunny Pawar. Et quelle bouille ! Avec son sourire de chenapan et ses yeux rieurs, Saroo se met le public dans la poche également grâce à son humour innocent et malicieux. Maigrelet et encore frêle, il soulève de lourds objets pour prouver à son grand-frère que lui aussi, il est fort. C’est adorable et en même temps, cela donne dès le début l’intention du film : chambouler les émotions du spectateur pour occulter les différents défauts de Lion. Et Garth Davis met les bouchées doubles ! D’abord, la bande originale, aussi belle soit-elle, est THE élément tire-larmes. Douces mélodies au piano dans les moments dramatiques et de doutes… Cela fonctionne, les gorges se nouent… aussi vite qu’elles se dénouent. Quelque chose ne fonctionne pas. Les acteurs, qu’il s’agisse de Dev Patel, Rooney Mara ou encore Nicole Kidman, appliquent tous le scénario à la lettre. Ils donnent ce qu’il faut donner, mais sans plus. Résultat, l’intensité n’y est pas et les émotions du spectateur sont vites ravalées. Le charme est sur le point d’opérer, mais à la place, Lion laisse place à la frustration de ne pas pouvoir se laisser porter par les thèmes poignants qu’il aborde.

Joli survol de l’Inde

L’adoption est le thème central du premier long métrage de Garth Davis. Mais cela inclut de façon très réaliste de nombreuses autres notions liées au sujet principal. La solitude est particulièrement bien mise en scène. Les décors accompagnent parfaitement ce sentiment. Les images sont presque poussiéreuses et les tonalités de couleurs sont très tristes. Dans cette atmosphère, les gros plans sur les visages sont nombreux, mettant en avant des regards complètement perdus. La manière de cadrer, les silences et les expressions de visages traduisent parfaitement le sentiment de solitude, lui, surement très étudié en amont de la réalisation. Mais Lion ne se déroule pas que dans les bidonvilles de petits villages indiens. Parfois plus colorés et festifs, certains décors plus modernes sont le théâtre de la vie de Saroo. Ce contraste marque une opposition féroce entre le mode de vie en villes pauvres et celui dans les milieux aisés. Mais cela sonne comme un éléphant dans une boutique de porcelaine. De plus, le personnage principal culpabilise à ce propos, mais encore une fois, cela manque de sincérité et donc de crédibilité. C’est vraiment malheureux puisque c’est une problématique importante qui aurait pu être marquante. Le portrait d’une Inde inégale voire injuste est trop vite brossé. Comme tout ce qui est abordé dans Lion, finalement. Si la comparaison doit vraiment se faire, Danny Boyle marque au moins un point avec Slumdog Millionaire grâce aux retranscriptions perspicaces qu’il fait de ce pays aux mille couleurs.

Conclusion : Lion est à peine touchant. Les acteurs, aussi bons qu’ils puissent être d’habitudes, ne font ici aucun effort pour donner une profondeur à leurs personnages. Cependant, le scénario est plutôt prenant et impossible de décrocher de l’histoire de Saroo.

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