Les Nouveaux Sauvages : Un breakdown jubilatoire

Même à Silence Moteur Action, le pétage de plombs n’aurait jamais été aussi jouissif. Réalisé et écrit par Damian Szifron, Les Nouveaux sauvages fait place, à grands renforts d’humour noir, à nos instincts les plus primaires. Pas étonnant que Pedro Almadovar produit ce film barré, en salle le 14 janvier 2015.

Une bonne dose de sauvagerie

Découpé en six segments, Les Nouveaux Sauvages propose une série de sketches tous plus hilarants les uns que les autres. Un ex un poil revanchard, une serveuse rêvant de se venger du parrain local, deux automobilistes vexés, un riche en proie au chantage, un citoyen harcelé par la fourrière et une mariée cocufiée, voilà les anti-héros d’un long métrage qui fait de l’impertinence sa marque de fabrique.
Damian Szifron semble connaître sur le bout des doigts l’adage de Thomas Hobbes : « l’homme est un loup pour l’homme ». Avec Les Nouveaux Sauvages, le cinéaste argentin dépeint une société aliénante qui se nourrit de nos faiblesses et profite du refoulement de notre instinct animal. Seulement les personnages du film ne l’entendent pas de cette oreille. Dès le générique, composé de gros plans de fauves, on comprend instantanément que la solide frontière de la civilisation va se morceler au profit d’une sauvagerie jubilatoire. La première histoire, sans doute la meilleure, résume bien cela. Sans trop en dévoiler afin de ne pas gâcher le plaisir, son postulat de départ est juste délirant : un homme regroupe toutes les personnes qui l’ont humilié afin de se venger. Dément, surprenant, original et à mourir de rire, ce premier sketch plante idéalement le décor, laissant le spectateur complètement ahuri.

Un humour féroce

L’atout des Nouveaux Sauvages est d’ailleurs de ne pas se brider dans le n’importe quoi et l’humour très corrosif, de plus en plus rare dans nos salles. Plutôt que de se censurer en se demandant si le sketch conviendrait au plus grand nombre, Damian Szifron préfère se lâcher complètement. Pour lui, aucun sujet n’est tabou. Le réalisateur n’a pas peur de rire d’un évènement atroce, comme dans le segment la proposition qui montre un père de famille essayer de sauver son fils, coupable d’un accident mortel, en arrosant une justice corrompue. C’est ce politiquement incorrect qui fait la force du film, car il place le public dans une situation inconfortable : se gausser devant l’atrocité et la barbarie. Prenant pour héros des gens bien barrés sortis du système, il n’est pas étonnant que Pedro Almodovar ait assuré la production. Le metteur en scène reprend par ailleurs, par petites touches, les éléments du roi de la movida : les personnages foldingues, les situations cocasses et une certaine irrévérence.

Premier film à sketches sélectionné au Festival de Cannes, depuis Le Sens de la Vie des Monthy Pythons, Les Nouveaux Sauvages avait conquis la Croisette lors de la 67e édition. Original, déjanté, mordant et cynique, le film de Damian Szifron apporte un vent de fraîcheur à un cinéma souvent trop frileux. En un mot : une pépite. Après un énorme succès en argentine, Les Nouveaux Sauvages est depuis nominé pour l’Oscar du meilleur film étranger. Silence Moteur Action ne peut que lui souhaiter le même succès en France.

Les Nouveaux Sauvages, de Damian Szifron.

Avec Ricardo Darin, Oscar Martinez, Rita Cortese

Sorti en salles le 14 janvier 2015

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