Les Grands, à la recherche de l’authenticité

Le 3 novembre dernier, la chaîne OCS diffusait sa nouvelle série, Les Grands. Une série qui touchait avec justesse l’état d’une jeune génération un peu paumée…

Bouleversement télévisuel

Dans un paysage cinématographique français commençant doucement à se rajeunir par ses œuvres fraîches et différentes (on pense récemment à La Fine Équipe, Wally 1er ou Arès), il n’était qu’une question de temps avant que le grand écran contamine le petit. Et c’est avec Les Grands qu’OCS entreprend un véritable tournant dans la série française. Et tandis que France 2 rivalise d’ambition avec Dix pour Cent et que Canal continue sa progression – on pense notamment à l’impressionnante série Baron Noir – force est de constater que la jeunesse actuelle ne s’y retrouve pas. Car si l’univers des agents de stars ou celui de la politique sont passionnants, ils excluent (de prime abord) une génération plus jeune. En suivant la dernière année du collège d’un groupe de potes, Les Grands se pose – dès son synopsis – comme une œuvre faîte pour la jeunesse, sur la jeunesse.

Et pourtant, ce ne sont pas des apprentis qu’on retrouve derrière. Pour OCS, c’est encore une fois l’occasion de montrer leur capacité à dénicher de véritables œuvres uniques. Après la remarquée et remarquable Lazy Company, c’est au tour – donc – des Grands, récemment sacrée au Festival de la fiction TV de La Rochelle. C’est d’ailleurs lors du tournage de la seconde saison de Lazy Company que l’idée est venue de faire de Les Grands un long métrage. Cependant, de par son sujet sur le quotidien des collégiens, avec cette notion importante de la répétition, l’évidence du format sériel s’est vite imposé.

Une authenticité déconcertante

Mais la véritable force de Les Grands, outre son agréable format (10x22min), c’est sa douceur et sa poésie dans ce qui est pourtant quelque chose de très réaliste et parfois dur. Les jeunes acteurs nous confiaient même qu’après de nombreuses projections en présence de collegiens, nombreux étaient ceux qualifiant la série de « réaliste ». Cet aspect là, on le doit à un portrait humaniste des personnages. L’écriture et la psychologie de ses collégiens de 3ème surprend donc par sa forte qualité, et par sa quantité énorme de détails parfois anecdoctiques mais qui contribuent à nous faire y croire. Car là est tout l’enjeu : la croyance. Réussir à nous happer et à nous replonger dans nos propres années collège, c’est ambitieux et pourtant ça marche. On se plaît à reconnaître dans les personnages des archetypes que l’on se rappelle avoir vu arpenter les couloirs crades de nos collèges. Mais finalement, la beauté de l’écriture est, parfois, de savoir s’effacer au détriment des acteurs et de l’improvisation.

En tournant 8min/jour (et ce pendant 25 jours), le tournage crée obligatoirement un rythme assez vif mettant au premier plan les performances des acteurs. On pense, du coup, notamment à Adèle Wisme – la véritable révélation de la série – qui interprète « MJ » la nouvelle élève du collège, celle par qui on découvre nous même ce microcosme. Mais pour le coup, toute la bande livre des performances saisissantes, réussissant à tirer de leurs expériences de véritables étudiants une authenticité inégalable. Vianney – l’un des réalisateurs et scénariste – nous affirmait d’ailleurs que régnait sur le plateau un esprit de « colonie de vacances ». Une entente qui se ressent physiquement à l’écran, de par l’énergie et le rythme du phrasé, de la gestuelle des acteurs – plus investis que jamais. On arrive à y croire, et on retombe nous-même dans nos propres souvenirs et, à l’instar de ce magnifique générique, les images colorées de la série viennent s’y superposer – comme un palindrome.

Un vibrant hommage culturel

Mais ce qui passionne tout autant dans Les Grands, c’est ses différents niveaux de lecture. La série frappe, c’est vrai, par une authenticité rare sur le petit écran français. Pour autant, elle nous rappelle quelques grandes œuvres pré-existantes dont elle arrive tout à autant à s’inspirer qu’à se détacher. On pense notamment à des séries cultes comme Skins ou Freaks and Geeks de par leur sujet et une certaine ambiance commune. La série réussit donc à nous évoquer ces monuments pour mieux s’en détacher en s’inscrivant dans un univers qui nous est plus contemporain, plus proche, en France. C’est aussi une vision de la sensation de l’enfermement et celle de se sentir différent, comme pouvez l’être Elephant. Les deux oeuvres partagent d’ailleurs un certain nombre de point commun, malgré un ton légèrement plus joyeux pour la série d’OCS. Gus Van Sant préférait la solitude là où Benjamin Parent et Joris Morio préfèrent voir dans la jeunesse une idée de la communauté et du rassemblement.

Les Grands est une très belle réussite dans un paysage cinématographique et télévisuel français en forte évolution. Il en résulte une œuvre fraiche et originale, qui sait tirer de ses références multiples dans la culture populaire une description juste et authentique de l’état d’une génération. Une série importante, à rattraper sur OCS City !

http://www.dailymotion.com/video/x4x9isl_les-grands-des-le-3-novembre-sur-ocs-city-ba_tv

 

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