[Rétrospective Jeu vidéo] Les effets spéciaux : du jeu vidéo au cinéma

Tandis que Ready Player One et Tomb Raider ont débarqué sur nos écrans ce mois-ci, il est intéressant d’observer la relation qu’entretient le cinéma avec le jeu vidéo. Longtemps jugé et sous-estimé, le jeu vidéo a pourtant énormément participé à l’essor du cinéma et à ses innovations techniques. 

Si le cinéma a longtemps été un lieu d’expérimentation de tous types, où l’on créait de nouveaux procédés en toute tranquillité car le 7ème art jouissait d’une concurrence minimale, ce n’est plus le cas. Si par le passé, la télévision et le jeu vidéo, notamment, étaient considérés comme des petits frères moins intéressants, le rapport s’est aujourd’hui inversé. Nous sommes abreuvés d’images, et le piédestal sur lequel siégeait le cinéma n’est plus. Tous les médias audiovisuels sont au même niveau, et pour ne pas perdre de son attractivité, le cinéma fut (et est toujours) obligé d’aller chercher ce qui se fait ailleurs : innovations technologiques dans les salles (3D, 4DX, Dolby Atmos), narratives (la saga Marvel, sur le principe d’une série) ou artistiques telles que les effets spéciaux.

L’ère du numérique

Les effets spéciaux ont leur évolution propre, souvent en avance sur le cinéma. La raison ? Ces derniers ne sont pas limités au 7ème art, mais aussi fortement utilisés dans le jeu vidéo. Mettons de côté les effets spéciaux de plateau, physiques (les maquettes de La Guerre des Etoiles en 1977, les animatroniques d’Alien en 1979 ou de Jurassic Park en 1994 ou les décors construits) et évoquons plus précisément les effets spéciaux numériques. Ceux-ci, aussi appelés VFX (Visual Effects en anglais), sont logiquement apparus en même temps que les premiers ordinateurs. Tron (1982) paraît précurseur : il s’agit du premier film avec des effets spéciaux réalisés par des ordinateurs ! D’autant plus fou quand on sait que la souris n’existait pas à l’époque, qu’il fallait donc tout coder avec juste un clavier.

Pourtant, le numérique avait déjà fait ses preuves avec l’apparition, une décennie plus tôt, des jeux vidéo d’arcade comme Pong. Les années défilent, et le jeu vidéo restera – souvent – précurseur de techniques ensuite utilisées au cinéma. À l’inverse, le cinéma peut encore s’octroyer de temps en temps le terme de pionnier : on pense à l’invention du morphing (technique qui permet de créer des formes numériques ultra réalistes, notamment des visages ou des liquides) dans Terminator 2 : Le Jugement Dernier puis Abyss, les deux films du maestro James Cameron.

Plus encore, le cinéma tente – en adaptant certains jeux vidéo au cinéma – de s’accaparer certains gimmicks visuels : on pense à des films comme Prince of Persia ou Assassin’s Creed qui tentent de reproduire visuellement des séquences vidéoludiques. Réussi ou pas ?! Chacun jugera, mais l’essai est là.

Enfin, force est de constater qu’en 2018, le cinéma et le jeu vidéo font front commun sur un sujet, qu’ils tentent d’atteindre : le photo réalisme. Echo à notre société qui souhaite effacer la frontière entre fiction et réalité (des films comme District 9 qui cherchent le réalisme à tout prix) ? Toujours est-il que cette recherche d’effets spéciaux les plus réalistes possible se ressent profondément : on ne fera bientôt plus la différence entre un personnage en 3D et un « véritable » personnage ! Au cinéma, c’est surtout pour des raisons techniques et de cohérence : c’est Leia dans Rogue One ou Rachel dans Blade Runner 2049, deux jeunes personnages dont les actrices ont physiquement vieillies, ou bien évidemment les singes du reboot La Planète des Singes. Dans les jeux vidéo, c’est surtout pour apporter un réalisme et donc une immersion la plus poussée possible : c’est dans des jeux de guerre, comme Battlefront, Battlefield ou Crysis, des jeux d’aventure comme Uncharted, Tomb Raider (avec le visage de l’actrice Ellen Page répliquée sur le personnage de Lara Croft), d’horreur comme Until Down (avec le visage de l’acteur Rami Malek) ou des jeux de course comme Forza Horizon, Need for Speed ou Project Cars. Ou, bien sûr, le projet à venir qui fait beaucoup parler pour le réalisme effrayant de son acteur Andy Serkis, Unreal Engine 4.

Mise en scène vidéoludique 

Mais bien évidemment, la différence entre le cinéma et le jeu vidéo, c’est la place du spectateur. Dans le premier cas, nous sommes juste spectateur tandis que dans le jeu vidéo, nous sommes joueur. L’interactivité est la clé du succès du jeu vidéo. Pour tenter de retranscrire ce sentiment, cet effet, les cinéastes doivent user d’effets spéciaux, parfois subtiles mais indispensables. Dans ce sens, les sœurs Wachowski sont les pionnières d’un cinéma fortement inspiré du jeu vidéo. On pense notamment à la technique du Bullet Time dans Matrix : la caméra bouge à 360° autour du personnage de Néo qui évite des balles. Dans leur filmographie, deux œuvres récentes se distinguent pour la manière dont elles réussissent visuellement à retranscrire la fluidité et la force visuelle des jeux vidéo : Jupiter Ascending et Speed Racer. Dans ce dernier, tout tourne autour de courses futuristes : l’espace se plie aux exigences des deux metteuses en scène, qui se basent sur de nombreux jeux de courses ! Spectaculaire.

Enfin, on constate que si les effets spéciaux au cinéma sont très liés à l’histoire du jeu vidéo, ce dernier reste le lieu privilégié pour les expérimentations en tous genres. Et le cinéma sait en tirer profit ! La caméra subjective (qui donne à voir ce que voit le personnage) et la passion du plan séquence (sans aucune coupure), propres au jeu vidéo par définition même du média, anime le cinéma depuis longtemps. Quand les deux se rejoignent, cela donne certes un mauvais film mais une expérience unique : Hardcore Henry (2015) est un film russe tourné en plans séquence à la première personne ! Le cinéma ne cesse d’inventer, d’observer ce qui se fait ailleurs. Après s’être longtemps inspiré du théâtre, de la littérature, la pléiade d’arts visuels actuels lui permet de se renouveler sans cesse. La prochaine grande innovation cinématographique qui fait déjà le bonheur des aficionados de jeu vidéo ? La réalité virtuelle ! À quand le premier film grand public à regarder avec casque sur la tête ?


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