[Rétrospective] L’enfance chez Guillermo Del Toro

Alors que La Forme de l’Eau sera en salle le 25 février, nous avons décidé de rendre hommage dans notre rétrospective à l’un des plus grands conteurs de sa génération, Guillermo Del Toro. Et plus précisément ici, à comment le cinéaste traite de l’enfance dans son cinéma.

Qu’ils soient les héros de ses films ou non, les enfants traversent la filmographie de Guillermo Del Toro. Indirectement, comme la relation entre un grand-père et sa petite fille dans Cronos, l’épidémie qui touche des milliers d’enfants dans Mimic, les souvenirs d’enfance de Miko dans Pacific Rim ou ceux d’Edith dans Crimson Peak, ou directement, comme dans ses deux films réalisés dans la péninsule ibérique et dans lesquels les protagonistes sont des enfants : L’Échine du Diable et Le Labyrinthe de Pan. Bref, pourquoi l’enfance est-elle omniprésente dans le cinéma de Guillermo Del Toro ?

Une bulle protectrice

Si Guillermo Del Toro aime tant l’enfance, c’est parce que lui-même a apprécié cette période de sa vie, qu’il rattache toujours à une certaine innocence et une forme de poésie. Dans Le Labyrinthe de Pan, loin du francisme, Ofelia est une jeune fille innocente, rêveuse. Elle se construit littéralement son jardin secret. Ce que tente de nous dire Del Toro, avec les monstres qu’elle seule rencontre (monstres qu’adore le réalisateur), c’est qu’il n’y a qu’un enfant pour les découvrir, pour être assez libre et ouvert d’esprit, pas encore enfermé dans des croyances. S’il y a toujours le sentiment de quelque chose d’inéluctable, d’une fatalité qui viendrait faire grandir les enfants et leur faire perdre leur croyance, leur crédulité, il y a aussi l’idée que l’enfance est une bulle, un monde secret et préservé. En cela, le cinéma de Guillermo Del Toro rejoint celui de Steven Spielberg (on pense notamment à E.T. ou à A.I. Intelligence artificielle) mais avec un peu plus de cruauté.

Lorsque les enfants ne sont pas les héros du film, leur aura pèse tout de même sur l’oeuvre. C’est le cas de La Forme de l’Eau, qui est traversé par le point de vue d’un enfant. Lorsque nous l’avons rencontré en octobre dernier, le cinéaste nous précisait que « la caméra est comme un enfant, espionnant, observant, très curieuse. » Il y a donc cette idée, chez Del Toro, qu’on ne raconte jamais mieux une fable, un conte, que du point de vue d’un enfant. Seul lui s’aventure là où une caméra n’oserait pas, ne s’arrête pas aux croyances pré-établies. L’enfance nous fait découvrir des mondes nouveaux.

Enfin, l’artiste s’est aussi exprimé par la télévision en créant et réalisant des séries d’animation, genre par naissance destiné aux enfants. Bien évidemment, quand Guillermo Del Toro crée Trollhunters, c’est aussi pour s’exprimer sur le monde des adultes. Car l’enfance est un état passager, toujours opposé à celui des adultes…

La cruauté des adultes

Ce qui intéresse Del Toro, c’est le contraste : c’est raconter un conte qui suit une jeune fille et son jardin secret pour ensuite évoquer la cruauté de son père, terrible commandant franciste dans Le Labyrinthe de Pan, ou dans La Forme de l’Eau narrer l’humanité chez un monstre et l’inhumanité et la méchanceté chez les hommes. En cela, le cinéma de Guillermo Del Toro s’éloigne donc de celui de Steven Spielberg pour se rapprocher de celui de Peter Jackson, que ce soit son côté horrifique fantastique, avec Braindead et The Frighteners, ou son côté grand spectacle avec King Kong et Le Seigneur des Anneaux. Des contes fantastiques liés à l’enfance, oui, mais pour raconter la dureté du monde, la folie des hommes. Cela, Del Toro le tient de sa propre enfance ; il raconte ainsi qu’enfant, il trouvait le monde des adultes trop dur, trop froid. Et comme la jeune Ofelia, ce sont les monstres qui l’ont sauvé, « ils [l]’ont couvert de bienveillance. »

Mais les monstres ne sont toujours pas tendres. On se rappelle la terrible séquence de Pacific Rim qui nous plonge dans les souvenirs de Mako Mori : celle-ci est perdue dans une ville abandonnée, récemment (?) orpheline. Des monstres énormes détruisent tout sur leur passage. Ils sont synonymes de mort, jusqu’à ce qu’un robot géant la sauve in-extremis. Ici, c’est donc au contraire le monstre de fer (construit par les adultes) et non celui de chair qui la sauve de son malheur. Et c’est à partir de ce souvenir traumatisant de son enfance qu’elle se construit en adulte.

Enfin, il est intéressant d’observer à travers les deux projets avortés/inachevés de sa filmographie les traces de l’enfance et de la dureté du monde. Ainsi, on apprend que Guillermo Del Toro devait à l’origine réaliser Le Hobbit (quand ce n’était qu’un diptyque et non une trilogie). Le conte de Tolkien, doux-amer mais moins dur que Le Seigneur des Anneaux et destiné aux enfants, correspond avec brio au cinéma de Del Toro, moins violent et cruel que celui de Jackson mais plus amer et triste que celui de Spielberg. Le cinéaste a failli, aussi, réaliser Harry Potter et les reliques de la mort – Partie 1, soit le plus psychologique de la saga qui traite avec dureté de l’effondrement d’un monde, de la perte des proches et qui est le seul des 8 films qui se situe au moment charnière où le monde vous force à devenir adulte.

Des projets qui ne sont pas faits, et c’est dommage tant ils respiraient le cinéma de Del Toro. Un cinéma qui transpire donc l’enfance, les jardins secrets et l’innocence, pour mieux parler du monde des adultes, de sa froideur et sa dureté. Tant d’ingrédients qu’on retrouve dans La Forme de l’Eau, en salle le 25 février.


A découvrir chaque mercredi, pendant tout le mois de février, dans notre rétrospective spéciale Guillermo Del Toro :


 

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