[Critique] La Planète des Singes – Suprématie : Avé César ! 1


3 ans après L’Affrontement, et 6 ans après Les Origines, la trilogie de La Planète des Singes s’offre la plus belle et puissante conclusion possible avec Suprématie, en salle cet été 2017.

Déjà à l’oeuvre sur l’Affrontement, le cinéaste de Cloverfield Matt Reeves livre ici un film qui répond à toutes nos attentes. Une conclusion, oui, mais pas que. C’est aussi un film de guerre qui tire ses références du côté du Nouvel Hollywood et un film très contemporain sur son message.

Un maniérisme des films de guerre

Suprématie est un film très référencé. Il y a, bien sûr, l’héritage très fort des films précédents et notamment de l’original de 1968. De par sa position de film matrice de la science-fiction contemporaine, il influe beaucoup sur ce qu’est Suprématie. Plus généralement, on peut citer beaucoup de films de guerre dont s’inspire et rend hommage Matt Reeves pour plonger le film dans un état constant de violence, où quelque chose peut surgir à tout moment. On pense notamment à Apocalypse Now qui s’offre même des références directes à l’image (Ape-pocalypse Now, peut-on lire sur un mur).

Mais Suprématie s’inscrit aussi dans la lignée de ces grands road-trips américains. On suit nos personnages à travers les Etats-Unis, guidés uniquement par leur envie de liberté ou de revanche. Pour continuer son « melting-pot » des genres, ce dernier opus s’apparente parfois à un western : dans la tension entre les personnages, dans l’imagerie connotée très Sergio Leone (les contre-champs en gros plan), Reeves met sa cinéphilie au service de son film de guerre.

Enfin, Suprématie s’inspire dans ses codes et ses personnages de la Seconde Guerre mondiale mais aussi de l’apartheid. Il y a l’idée de métaphoriser les plus grandes crises humaines, de les relire et les relier en une vision plus « fantastique » et pourtant réaliste. À la fin, Suprématie parle toujours de la différence, de la diversité et de l’importance du vivre ensemble.

Une oeuvre purement contemporaine

Mais il serait fou de ne voir dans cet ultime volet qu’une pastiche du passé. Le film, tout d’abord, s’inscrit dans ce réalisme initié en 2011 par Les Origines. Tout est scientifiquement expliqué, et donc cohérent. De plus, le film est parfois rattrapé par la réalité : sans trop en dévoiler sur l’intrigue, il est question à un moment de la construction d’un mur. À l’heure où Trump veut construire le sien et où le communautarisme et le repli sur soi sont de plus en plus forts, Reeves nous appelle à embrasser nos différences.

Sa mise en scène, d’ailleurs, se fait remarquer : le film est globalement très silencieux et la musique, donc, a un fort impact. Le dialogue y a une place prépondérante : pour la première fois, César parle complètement normalement, comme un être humain. Loin d’être burlesque comme la situation pourrait le laisser croire (un singe qui parle, ce n’est pas banal), le traitement réaliste donne de la puissance au personnage joué par Andy Serkis. L’ambiance du film est très pesante, très lourde. Pour autant, elle permet l’existence d’une émotion puissante et même, parfois, d’une certaine innocence (avec le personnage de la jeune fille). Dans la même veine que l’Affrontement, Suprématie est assez lent, même dans l’action. Reeves, en nous plongeant dans la tête de César, fige le monde nous entourant et nous oblige à le voir comme lui voit, c’est-à-dire avec violence : pour la première fois, il ressent de le haine pour les humains.

Les effets spéciaux, incroyables, permettent pour la première fois également de lire distinctement les émotions sur les visages des singes. Jamais on n’avait pu à se point distinguer la colère, la joie ou les larmes sur le visage numérisé d’Andy Serkis. Une révolution numérique qui vient servir le film.

Conclusion : La Planète des Singes : Suprématie est une violente et puissante conclusion à la trilogie. Un film de guerre référencé aux effets spéciaux plus qu’aboutis qui permet au film d’être une oeuvre hybride, unique et spectaculaire. Le meilleur blockbuster (et le plus intelligent) de l’année.

La planète des singes : Suprématie
Un film de Matt Reeves
Sortie le 02 août 2017

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