[Critique] K.O. : tel est pris qui croyait prendre

Le cinéma français tente parfois d’être scénaristiquement plus ambitieux que d’habitude. Le réalisateur Fabrice Gobert l’a prouvé en proposant avec Les Revenants une série télévisée particulièrement pointue dans l’écriture. Après son long métrage, Simon Werner a disparu, il revient avec K.O., qui mêle plusieurs genres, mais qui tend à être principalement catégorisé comme un drame.

K.O. suit le parcours d’Antoine Leconte, un grand patron d’un groupe télévisé (dont le logo est un C…). Dur, froid, arrogant et baignant avec plaisir dans un milieu machiste et dominateur, l’homme d’affaires va un jour tomber dans le coma. A son réveil, tout est différent. Le spectateur se retrouve, malgré lui, aussi perdu que le personnage principal du film qui a désormais perdu tout contrôle. Pour interpréter Antoine Leconte, Fabrice Gobert a choisi Laurent Lafitte. L’acteur avait déjà bluffé la France (et séduit l’étranger) dans Elle, de Paul Verhoevenn, pour lequel il avait été nommé aux César dans la catégorie Meilleur acteur dans un second rôle. A travers une ambiance presque fantastique, K.O. propose une œuvre obligeant à la réflexion et très centrée sur la psychologie de ces nombreux personnages énigmatiques.

Un homme, deux vies

La descente aux Enfers en un clin d’œil. K.O. est clairement divisé en deux univers strictement différents. Dans le premier, le personnage principal est sûr de lui, il est l’homme auquel personne n’ose barrer la route. Il évolue dans des décors rectilignes, est salué de la même manière par chaque personne qu’il croise, marche à une cadence très rythmée… Tout est réglé comme sur du papier millimétré. Le talent de Fabrice Gobert réside ici, dans sa manière de façonner des ambiances, des cadres.

Ce premier environnement, strict, droit, va radicalement changer au moment où le personnage principal connait un bouleversement. Dès cet instant, qui est annoncé par le synopsis, le réalisateur arrive à mettre en place une toute nouvelle atmosphère et cela avec beaucoup d’agilité. Avec des mouvements de caméra très amples, parfois circulaires, le spectateur est emmené vers un tout autre environnement. Là, le personnage n’a plus aucun repère, tout est plus rapide, moins organisé, les personnages traversent l’écran d’un bout à l’autre, d’un sens comme dans l’autre. Le comportement des connaissances et collègues d’Antoine Leconte sont différents ; leurs personnalités sont parfois même complètement changées. La réalisation entre alors dans une spirale infernale où le faux, l’imaginaire et le fantasmatique se mêlent à des situations concrètes, très rudes et on ne peut plus réelles, auxquelles le personnage principal est confronté. Encore une fois, le public et Antoine Leconte se retrouvent dans le même positionnement :  ils sont plongés dans un questionnement basé sur très peu d’éléments, dans un jeu de réflexion constructive, qui peut être sans cesse être réinitialisé.

La passivité, point noir de K.O.

Il est très facile de se laisser prendre dans la dynamique portée par K.O. pendant près de deux heures. Le film est original, bien pensé, bien écrit… à première vue. Le réalisateur possède sans conteste le sens de la narration instantanée et de la mise en scène, mais avec sa scénariste Valentine Arnaud, ils semblent oublier un élément absolument essentiel à ce type de film à intrigue : le suspense. De ce suspense aurait pu découler une tension, un enjeu, au moins pour le spectateur qui, sans cet élément, se retrouve à suivre (beaucoup trop) passivement le personnage principal. En réalité, ce dernier semble lui-même se laisser porter par les différentes péripéties qui viennent perturber ses habitudes. Finalement, au-delà de son récit proposant un parcours initiatique plutôt prenant, K.O. est grossièrement sans intérêt dans le fond.

Toutefois, il n’en reste pas moins divertissant : les personnages évoluent vite et les situations s’enchaînent, ce qui permet de susciter chez le spectateur un effort de réflexion à effectuer. Mais lorsque cette réflexion dépasse le cadre dynamique et entraînant posé par les éléments de narration du film, il est fort probable d’en arriver à se demander « vers quoi la réflexion actuellement menée aboutira t-elle ? » La réponse est vite trouvée : vers rien. Le sort du personnage principal, aussi bien qu’il soit captivant (et Laurent Lafitte offre d’ailleurs un jeu d’acteur plus que satisfaisant !), n’est pas intéressant et n’a aucun impact sur la sensibilité du public. Les épreuves subies par Antoine Leconte, à court comme à long termes, sont bien racontées en surface, mais souffrent clairement d’une contextualisation plus sombre, essentielle à un drame psychologique proche du thriller.

Conclusion : dans K.O., les deux situations vécues par le personnage principal sont souvent trop contrastées et l’écriture n’est pas toujours subtile (le meilleur ami qui devient un véritable rapace, l’assistante qui occupe désormais une place hiérarchique au-dessus de son ancien chef…). La scénarisation manque d’intensité et le film perd en intérêt. Et quel dommage puisque techniquement, Fabrice Gobert propose une réalisation très réfléchie et soignée. 

K.O.
Un film de Fabrice Gobert
Sortie le 21 juin 2017

Découvrez les autres sorties du 21 juin 2017 :


[wysija_form id= »2″]

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

0 Partages
Partagez
Tweetez