[Interview] Rosemary Myers et Bethany Whitmore, pour Fantastic Birthday

Pour célébrer la sortie de Fantastic Birthday, il nous fallait bien vous délivrer de fantastiques interviews. Nous avons eu l’occasion de nous entretenir avec Rosemary Myers, réalisatrice du film, et Bethany Whitmore, son actrice principale, via Skype. Décalage horaire oblige, puisqu’elles vivent toutes les deux en Australie. Une vingtaine de minutes de discussion, ponctuées de quelques commentaires sur la chaleur australienne écrasante (les interviews ayant eu lieu lors d’une période de canicule) et de ventilateurs en bruit de fond. Atypique !

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Que pensez-vous du changement de titre de votre film en France, qui passe ainsi de Girl Asleep à Fantastic Birthday ?

Rosemary Myers : Nous avons tout de suite suivi les conseils de UFO, le distributeur, et c’était assez intriguant pour nous de voir l’impact qu’a pu avoir le film en France : les responsables des ventes de Memento Films étaient les premiers à nous avoir présenté énormément de distributeurs à travers le monde. Nous avons estimé que ce changement était bénéfique et qu’il permettrait ainsi d’attirer un public le plus large possible en salles. L’ambivalence du mot « fantastique » est d’ailleurs beaucoup plus importante dans la langue française que chez nous, en Australie ! Par ailleurs, nous avons particulièrement apprécié les éléments marketing créés par le distributeur et surtout l’affiche. Dès que nous l’avons reçue, nous en avons tout de suite voulu avoir des copies. Nous sommes très reconnaissants envers l’équipe de UFO pour leur excellent travail.

Bethany Whitmore : Le changement de titre apporte un vent de fraîcheur sur le film, et je trouve qu’il coïncide bien plus avec l’histoire, son côté décalé et ironique… à l’image de la façon dont se déroule la soirée d’anniversaire de Greta, finalement.


Qu’est-ce qui vous a donné envie de passer le cap de l’adaptation cinématographique de votre propre pièce ?

RM : Nous savions pertinemment que cette pièce avait pour objectif de devenir un film, mais nous ne pouvions pas faire les deux à la fois. Les retours à propos de la pièce ont été déterminants pour savoir ce que nous allions faire dans le long métrage, ce pourquoi nous avons invité notre monteur et notre directeur de la photographie à voir la pièce pour partager nos idées. C’est toujours intriguant de faire cohabiter ces deux mondes différents, ce que peu de cinéastes ont réellement osé faire.


Bethany, connaissiez-vous déjà le travail de Rosemary Myers ? Qu’est-ce qui vous a attiré dans le projet ?

BW : Je n’ai pas pu voir l’une de ses œuvres puisque je ne vis pas du tout dans la même région que celle où se joue ses pièces (en Australie, NDLR.), même si j’ai évidemment fait beaucoup de recherches au moment des auditions pour le film. J’étais très enthousiasmée par ses autres œuvres et ce que j’ai pu en voir en ligne ; surtout par l’esthétique et la manière dont elle raconte les histoires. C’est à la lecture du scénario que je me suis réellement décidée : c’était sensationnel !


Quels sont les éléments essentiels à vos yeux pour éviter la sensation de théâtre filmé ?

RM : Même dans nos pièces, nous sommes très influencés par le cinéma. On insère des références, comme envers les films de Wes Anderson ou d’autres scènes. Dans cette adaptation, nous avons essayé d’intégrer notre langage théâtral tout en incorporant de nouveaux éléments. La dynamique n’est pas la même entre quelque chose qui se joue en direct et un média enregistré. La gestion du temps et de l’espace n’est pas du tout la même. La forêt était essentiellement un plateau en studio, à cause du petit budget. On ne pouvait pas se permettre de tourner une scène avec un vrai cheval, alors nous avons fait la même chose qu’au théâtre avec un cheval en plastique. Finalement, ça participe de l’esprit que l’on cherche à propager : qu’est-ce qui relève ou non de l’imagination ? Tant que l’histoire nous emmène quelque part, peu importe ce qui est réel ou non. L’histoire est à propos d’un rêve, alors il faut évidemment des moments surréalistes.


Quelles ont été vos inspirations visuelles ?

RM : Notre chef décorateur est très inspiré par le travail de Wes Anderson et notre costumier par Nick Cave. D’une manière plus générale, nous sommes tous proches du travail de Spike Jones, Michel Gondry, ou David Lynch… des réalisateurs très théâtraux qui jouent énormément avec la forme. Nous aimons aussi énormément les films d’animation des studios Ghibli !


Pourquoi cette histoire se déroule-t-elle dans les années 70 ?

RM : Fantastic Birthday fait en réalité partie d’une trilogie, dont chaque volet est consacré à une décennie particulière. Les années 90, puis les années 80, et enfin les années 70. Nous aimons énormément cette décennie pour son esthétique. C’était un moment particulier en Australie, mais aussi à l’échelle mondiale car les jeunes filles et les femmes bénéficiaient enfin de davantage de liberté, elles pouvaient avoir leur propre travail…

BW : J’adore cette décennie ! Sa musique, son esthétique, l’esprit et la mode de ces années. J’aime beaucoup les dessins de mode et la création – c’est d’ailleurs ce que j’étudie. C’est une période qui me fascine particulièrement.


Bethany, que pensez-vous du regard de Rosemary et des scénaristes sur l’adolescence ?

BW : Ils ont parfaitement compris ce que c’est d’être une jeune adolescente ! On vit toujours quelques moments auxquels on ne se sent pas intégré et où l’on ne pas comprend tout ce qui se passe autour de nous. Un peu comme cette sorte de hiérarchie entre les élèves lorsque l’on arrive dans une nouvelle école : Greta, plutôt timide, doit faire face à ces trois méchantes jeunes filles qui veulent avoir à tout prix avoir l’ascendant sur les autres. Changer d’école (comme le fait son personnage) est quelque chose de très effrayant, et l’idée que son meilleur ami puisse tomber amoureux de soi est quelque chose d’assez commun finalement ; ça arrive d’ailleurs à bon nombre de mes amis ! Ces deux « exclus » qui tombent amoureux l’un de l’autre, c’est vraiment une très belle histoire. Bien que l’histoire se déroule dans les années 70, elle reste universelle.


Pensez-vous adapter les deux autres volets de votre trilogie au cinéma ?

RM : Étant donné le succès du film et le plaisir que nous avons eu à le faire, évidemment ! Nous en avons beaucoup appris lors des projections test, ce qui nous permettait d’avoir des retours sur la manière dont nous exploitions le storytelling à l’écran, et ça nous a encouragé. Nous aimerions travailler à nouveau sur une pièce qui puisse devenir un film ou une série télévisée, éventuellement. Tout ce qui nous importe, c’est la manière dont les histoires sont racontées, tant que l’on peut jouer avec la forme. C’est toujours très excitant de changer de manière de travailler au cours de sa carrière ! Peut-être qu’avec le succès du film, nous aurions droit à davantage de budget et de temps pour réaliser un second long métrage.


L’histoire de Fantastic Birthday tourne beaucoup autour d’éléments tirés de divers mythes ou contes de fée…

RM : Nous aimons beaucoup les contes de fée et la manière dont la psychologie des personnages est explorée à travers les zones d’ombre et ténébreuses de ces histoires : les créatures, monstres, sorcières, les forêts en tant que ces lieux qu’il faut traverser en affrontant tous les dangers comme s’il s’agissait d’une épreuve… Je suis très influencée par l’œuvre du psychanalyste Bruno Bettleheim, qui a contribué à analyser le rôle de la fantaisie comme un endroit permettant d’explorer ses craintes et de les combattre tout en étant en sûreté. Ce sont toutes ces métaphores et la créativité folle de notre imagination qui remettent en perspective nos expériences. C’est aussi pour ça que je trouve le titre français très bien pensé !

BW : Le film m’a énormément rappelé Alice au Pays des merveilles, et je pouvais parfaitement m’imaginer comment les scènes allaient être, autant dans leur esthétique que dans leur déroulement. On fait appel à l’imagination des spectateurs, et nous aussi, lorsque l’on faisait cette scène avec le cheval en plastique par exemple. On regardait des vidéos sur les gestes que les gens faisaient à cheval, c’était l’une des scènes les plus drôles à jouer avec les scènes de bagarre. On a fait beaucoup d’erreurs en tournant mais c’était si amusant. C’est un film à sensation, qui fait passer par toutes les émotions, à l’image de la vie elle-même en somme. C’est une période effrayante pour un adolescent, lorsque l’on a cet âge. Ce voyage initiatique est ce qui m’a le plus plu car c’était très réaliste et adéquat.


Quelle a été l’ambiance sur le tournage ?

RM : Nous avons tourné la scène de la soirée sur plusieurs jours, évidemment, et il y avait une très bonne ambiance sur le tournage avec tous ces adolescents. Ils apprenaient tous à se connaître sur le plateau, en dehors des prises. On avait la maison où l’on tournait, et une autre juste derrière avec tout le nécessaire pour le maquillage et les costumes. Ils traînaient là et faisaient leur propre fête.

BW : L’un des aspects les plus brillants de ce film, qui ressort le plus dans le produit final, est qu’il s’agit réellement d’un travail d’équipe. Nous avons tous échangé entre nous, il n’y avait aucun jugement ou quoi que ce soit. Tout se passait à merveille car nous avions tous l’envie de faire un très bon film.


Pourquoi l’âge de quinze ans est-il si déterminant pour vous ?

RM : Il y a vraiment de très grandes différences d’un adolescent à un autre lorsqu’ils atteignent cet âge. Certains deviennent presque déjà des adultes, rien que physiquement, alors que d’autres restent encore très jeunes. Il y a peut-être une différence culturelle puisqu’en France, on considère davantage que c’est à dix-huit ans qu’il y a un réel changement mais chez nous, en Australie, on considère plus que c’est autour de quinze. Tous les acteurs avaient cet âge, Bethany et Harrison venaient juste d’avoir quinze ans. Les années 70 étaient peut-être un peu plus sages que maintenant, donc il y a un rapport à l’adolescence complètement différent.


Et pourquoi ce fameux Benoît Tremet ?

RM : On a voulu intégrer un personnage qui puisse paraître très exotique dans les années 70. Dans la pièce, il s’agissait de Serge Gainsbourg mais nous n’avons pas eu l’autorisation d’utiliser son nom dans le film. On a voulu ensuite intégrer Jacques Dutronc mais il n’est pas très connu en Australie, et ça ne collait finalement pas avec le budget, donc on a complètement inventé Benoît Tremet ! Eamon Farren parlait français, alors ça collait parfaitement !


Merci à Sophie Bataille d’avoir permis la réalisation de cet entretien !
Notre critique sur ce lien.

Fantastic Birthday (Girl Asleep)
Un film de Rosemary Myers
Sortie le 22 mars 2017

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