[Interview] Nathan Morlando et Alisson Black, pour Mean Dreams

Au Festival de Deauville, nous avons pu rencontrer Nathan Morlando, le réalisateur de Mean Dreams, ainsi qu’Alisson Black, la productrice du film. En Normandie depuis plusieurs jours au moment de cette rencontre, ils forment une des équipes de films restées le plus longtemps sur place. En ce dimanche après-midi ensoleillé, ce duo semble heureux de pouvoir présenter leur réalisation déjà passée par La Quinzaine des Réalisateurs, à Cannes. C’est tout sourire qu’ils prennent le temps, et le plaisir, de répondre à nos questions.

A LIRE : NOTRE CRITIQUE DE MEAN DREAMS

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Ce genre de thriller n’a rien de très original. Pourtant, le résultat est très bon, notamment grâce à un super casting.

Nathan Morlando : Ça a été très important pour nous, au moment du casting, de choisir des acteurs qui avaient le même âge que leur personnage. On ne voulait pas de 18/19 ans pour jouer des gens plus jeunes. On a donc choisi Sophie Nélisse et Josh Wiggins, qui ont respectivement 15 et 16 ans dans le film. Leurs personnages vont vivre ensemble leur premier grand amour alors que le père de Casey (S. Nélisse) va leur faire vivre un cauchemar. C’était primordial de voir que, physiquement, ces deux ados étaient entre deux âges. Ce ne sont ni des gamins, ni des adultes. Ils devaient ressembler à des enfants, mais ils devaient aussi dégager des émotions propres aux soucis du monde adulte. Avec Josh et Sophie, on peut avoir de remarquables conversations intellectuelles et philosophiques. Les deux sont incroyablement matures. C’était nécessaire pour qu’ils comprennent aussi la complexité de leurs personnages.

Alisson Black : Et Sophie et Josh ont eu chacun leur premier(ère) vrai(e) petit(e)-ami(e) dans leur vraie vie au moment du tournage !

Nathan : C’est vrai ! Ça leur a aussi permis de développer quelque chose de plus, chez eux, pour leur personnage. Et en plus, les deux acteurs se sont reconnus l’un dans l’autre. Ils ont noué une amitié et une complicité très forte et sincère.

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Vous aviez déjà travaillé ensemble sur Edwin Boyd. Est-ce que cette seconde collaboration vous semble plus simple ?

Alisson : Disons qu’on est assez complémentaires, notamment… parce qu’on est mariés !

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Oh, je ne savais pas !

Alisson : *rires* Le travail sur Mean Dreams était intense. Mais on apprécie l’un et l’autre notre façon différente de voir les choses. Et on a confiance en la perception de l’autre. En travaillant ensemble, on a vraiment trouvé un super équilibre sur le plan professionnel.

Nathan : Il arrive qu’on ne soit pas d’accord et ça peut être difficile. Dans ce cas, on sait que la balle est au centre et que personne n’a entièrement raison. Et à partir de là, on essaie de trouver un accord.

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Pourquoi avoir voulu une fin aussi tragique pour votre film ?

Alisson : Nos scénaristes Ryan Grassby et Kevin Coughlin avaient pensé à une autre fin. Mais ça nous est paru primordial de trouver une autre fin qui serait plus organique et plus concordante avec l’idée que nous nous faisions de Mean Dreams.

Nathan : C’était important que cette fin soit un mix entre la tension perpétuelle du film et l’espoir. La vie est toujours difficile. Ici, nous avons deux adolescents, perdus. On ne sait rien sur leur futur. On ne sait pas quel type d’adultes ils vont devenir. Mais ils croient en quelque chose qui les fait avancer. On voulait retranscrire cette sensation d’anxiété mêlée à l’espoir que cultivent les jeunes. Voilà pourquoi nous avons choisi cette fin.

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Casey, le personnage que joue Sophie, est très liée à son père. Pensez-vous que ce soit réaliste que cette jeune fille parte comme ça, du jour au lendemain, contre le gré de son père, avec un jeune ado qu’elle connaît à peine ?

Nathan : Pour nous, Mean Dreams ne s’arrête pas à cela. C’est plus métaphorique. Elle, elle est dans une situation un peu désespérée. Elle a besoin de quitter cet eseonvironnement familial. Mais elle quitte aussi la maison de son père, non pas pour elle-même, mais pour le personnage interprété par Josh. On peut penser que c’est lui qui la sauve elle. Mais en réalité, quand on y réfléchit, c’est elle qui le sauve lui. Si le père du personnage de Sophie retrouve Josh, il est très mal.
Et [SPOILER SPOILER SPOILER] si elle tue son propre père à la fin, c’est pour protéger le garçon qu’elle aime. Ils étaient coincés sinon. [SPOILER SPOILER SPOILER]

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Ce film est très éprouvant puisqu’il joue avec les nerfs du spectateur. Mais c’est ce que j’ai aimé ! Il est très sombre et il met mal à l’aise. Pensez-vous que c’est ce que les spectateurs viennent chercher, en salle, aujourd’hui, dans un climat de société plutôt particulier ? Face à tous les « feel-good movies » qui sortent en masse ?

Nathan : Je l’espère. Et j’espère que c’est le pouvoir de l’art. S’il est bien fait, l’art fonctionne n’importe quand. Dans Mean Dreams, on est justement confronté à des peurs mais il faut les affronter. Je pense sincèrement que l’art transcende les maux de nos sociétés pour donner du bonheur aux gens. Regardez, c’est un film anxiogène et vous avez aimé !

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Vous ferez un film plus joyeux la prochaine fois ?

Nathan : Nous l’avons déjà en tête. Le film explorerait encore l’obscurité de l’esprit humain mais le personnage principal suivrait une transformation extrêmement positive. Et le film donnera de l’espoir, encore une fois, mais plus explicitement que dans Mean Dreams.

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Comment avez-vous choisi vos lieux de tournages ? J’imagine qu’en Amérique, les petites campagnes et les forêts sombres ne manquent pas.

Alisson : Au début, on devait tourner dans le sud du Texas. Et Nathan et moi nous sommes rendus compte qu’on avait déjà vu ces paysages dans beaucoup d’autres films. D’expérience, on savait que tourner dans le nord du Canada offrait de toutes autres possibilités. Les paysages sont très puissants, par eux-mêmes, par ce qu’ils sont. Ils sont très imposants. Les paysages deviennent un personnage. C’est aussi ce qui permet aux deux jeunes d’être protégés. Leur périple se passe dans ces lieux-là et ils en sont dépendants.

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