[Interview] Gemma Arterton: « Avec Une femme heureuse, mes émotions ont été décuplées »

« J’attends de trouver la bonne histoire pour me lancer dans la réalisation ! »

Vendredi 20 avril 2018, 15h30. L’interview initialement prévue dans un salon du Pavillon de la Reine se fait finalement en extérieur, dans la cour du grand hôtel parisien. Solaire, Gemma Arterton nous accueille. Le temps d’une dizaine de minutes, l’actrice revient généreusement sur son rôle dans le film Une femme heureuse à découvrir dans les salles à partir du 25 avril, le caractère complètement improvisé du long métrage, sa collaboration avec Dominic Cooper et la manière dont elle choisit ses nouveaux projets de manière plus méticuleuse.

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Pouvez-vous nous présenter votre personnage en quelques mots ?

Tara est une jeune mère au foyer. Elle a tout ce qui lui faut pour être heureuse ; du moins tout ce qui peut nous rendre heureux selon la société, et elle ressent pourtant un profond mal-être, pour de nombreuses raisons. C’est une personne créative qui n’a pas la possibilité de s’exprimer. Je pense aussi qu’elle est déprimée, ce qui est intéressant puisque la dépression n’est jamais un sujet ouvertement abordé dans le film : on voit pourtant quelqu’un qui perd toute emprise sur sa vie et qui prend cette incroyable décision de tout quitter, et de laisser sa famille derrière elle.


Et comment vous êtes-vous préparée pour ce rôle ?

Le film est complètement improvisé, il n’y avait pas de scénario ! S’y préparer était donc quelque chose de plus physique que d’ordinaire, nous avons tous eu beaucoup de discussions, moi, Dominic Savage et Dominic Cooper (le réalisateur et l’acteur qui incarne le mari de Tara, ndlr.). Je me suis entretenue avec beaucoup de femmes qui ont pris la décision de quitter leur famille. Je me suis avant tout préparée pour travailler le monde dans lequel mon personnage vit.


Si vous n’aviez pas de scénario, comment étaient définies les scènes de votre personnage avec le réalisateur ?

Dominic Savage a cette manière très particulière de travailler avec ses acteurs : il vous parle de la vie en général, d’une idée qu’il peut avoir. Par exemple, il vous dit : « tiens, j’ai pensé à ça. Toi, qui chercherais à t’échapper de quelque chose. » Puis il écrit un petit traitement du personnage qui devient un ensemble de trente pages décrivant chaque scène, mais toujours sans aucun dialogue. Voilà ce que ça dirait : « Tara et Mark sont au restaurant. Ils parlent du repas, mais Tara est malheureuse. » Donc nous savons ce que nous faisons, mais pas la manière dont cela se déroulera, et c’est une manière de travailler que j’ai beaucoup appréciée car les dialogues deviennent plus authentiques. Ce sont vos propres mots ! Il y a quelque chose que je dis dans le film, qui est si étrange, lorsque le personnage de Jalil Lespert me prend en photo et me dit que j’ai l’air malheureuse. Je lui réponds que non, alors que je sais très bien que mon personnage semble si malheureux ! Au moment de tourner, cela me semblait vraiment sincère. C’était une expérience nouvelle pour moi.


Cette improvisation confère au film un sentiment de liberté totale, comment est-ce que le résultat final a été choisi ?

Il existait plusieurs versions de chaque scène donc tout s’est joué au cours du montage ; c’est là que le film est véritablement né. Lors de la scène du barbecue, j’ai fait une crise de panique et on a pourtant continué à tourner ! Ce que je ressentais ne correspondait pas complètement à ce que le descriptif de la scène instaurait : « Tara pète les plombs au barbecue« . Le résultat était beaucoup plus subtil car mon personnage semble juste détaché de ce qui se passe. D’ordinaire, je ne suis pas une actrice impliquée émotionnellement à 100 % dans mon personnage, je m’en dégage assez facilement, mais je me suis demandé à deux reprises au cours de ma carrière si ce que je ressentais pendant une prise était réel ou fictif. Ça m’est arrivé sur La disparition d’Alice Creed, j’ai fait une crise de panique et je n’arrivais plus à savoir ce qui se passait. Et avec ce film aussi, mes émotions ont été décuplées !


Cette volonté d’être au plus près de votre personnage, parfois même de manière étouffante, est ce qui transparaît le plus dans le film…

C’est amusant car je pense que si l’on croisait mon personnage dans la rue, on ne se retournerait pas forcément pour la regarder. Et pourtant dans le film, on ne fait que la cadrer de si près, et c’est quelque chose qui me fascine vraiment dans l’art de la réalisation. Je ne m’étais pas rendu compte, pendant le tournage, de la manière dont la caméra me filmait et la proximité qu’il y avait entre elle et moi. J’ai facilement oublié la caméra, et notre directeur de la photographie et moi étions en symbiose ; il savait où j’allais me déplacer, cette connexion était assez impressionnante. Sur un film plus ordinaire, tout tourne autour de la caméra ; on prend énormément de temps à savoir où elle sera posée, dans quel angle elle filmera ses personnages, l’éclairage… Le directeur photo n’a jamais utilisé d’éclairage artificiel et il laissait la mise au point se faire automatiquement sur moi tout au long des prises. Tout cela devenait une performance : lui et moi faisions comme un couple !


Puisque nous parlons de couple, passons au personnage de Mark, incarné par Dominic Cooper ! Vous avez déjà collaboré.

Oh Mark… le pauvre Mark… ! (rires) Oui, Dominic Savage l’a choisi justement parce que nous avions déjà travaillé ensemble par le passé (ils jouaient ensemble dans Tamara Drewe, ndlr.). Et peut-être que vous ne vous en rendez pas compte, en tant que spectateur français, mais le film prend place dans une certaine partie de la banlieue de Londres et c’est un endroit que seul un homme comme lui pourrait connaître ! Cette banlieue est plutôt habitée par une classe ouvrière ambitieuse, à mi-chemin entre la classe moyenne et des gens un peu plus riches. Dominic était l’acteur le plus apte à jouer ce rôle selon moi, il fallait aussi que ce soit quelqu’un avec qui je me sente en confiance. Les premières scènes que nous avons tournées sont celles de notre couple dans leur chambre, et tout s’est déroulé si facilement. Il a tout de suite compris qui était son personnage, ce type d’homme. Ce serait simple d’interpréter Mark comme s’il était un mauvais garçon, violent envers sa compagne, mais pour être franche, il a juste envie d’aider mon personnage mais ne sait pas comment le faire. Il ne sait pas comment communiquer avec elle. Il n’est jamais violent envers elle, excepté lorsqu’elle s’en va puisqu’il essaie de l’arrêter. Il sait qu’il est en train de perdre sa femme et n’a aucune idée de comment la faire revenir. Nous savons tous ce que peuvent être les relations amoureuses, comment elles peuvent tourner au vinaigre et à quel point cela peut parfois être frustrant.


Et comment c’était de tourner avec de très jeunes enfants ? À un moment donné, votre personnage perd son sang froid devant eux…

C’était si dur pour moi ! J’ai trouvé ça assez douloureux car ces enfants n’étaient pas du tout acteurs, ils étaient ceux qui habitaient la maison dans laquelle nous tournions. Leurs parents restaient auprès d’eux au cours du tournage assez souvent, et je pense que ça a dû être assez traumatisant pour eux alors même que je suis plutôt à l’aise avec les enfants, d’habitude ! À la fin du tournage, quand les enfants me voyaient, ils pleuraient presque ! Nous savions que nous devions tourner une scène où je devais leur crier dessus et j’avais si peur de le faire, car je savais très bien qu’ils ne me pardonneraient jamais et ne voudraient plus travailler avec moi. C’était très dur mais cela m’a aidé à mieux cerner mon personnage.


Parmi vos prochains projets, il y a Vita and Virginia… et un téléfilm dans lequel vous incarnez Marilyn Monroe !

Pour Marilyn Monroe, il s’agit d’un téléfilm d’une trentaine de minutes qui est très doux et drôle, c’est quelque chose que j’ai beaucoup aimé faire. Vita and Virginia a été tourné et sortira plus tard cette année. Entre Marilyn Monroe et ce film, c’est le jour et la nuit ! Je joue une aristocrate, le tout est extrêmement dialogué et autour du langage, puisqu’il s’agit de la relation entre deux écrivaines, c’est un projet très différent de ce que j’ai pu faire, et j’aime entretenir cette variété. Autrement, Dominic Savage et moi sommes déjà en train d’évoquer un éventuel nouveau projet ! Je pense que nous avons trouvé quelque chose que nous aimerions faire, nous allons nous laisser porter et voir où cela nous mène. Je vais continuer à produire.


… et à réaliser ?

Oui ! Ça me plairait beaucoup, mais cela me fait aussi très peur. Lorsque l’on réalise un film, on est pleinement responsable de quelque chose, vous voyez ! Je dois trouver la bonne histoire… Et en français, pourquoi pas ! (rires)


Interview réalisée le vendredi 20 avril 2018 au Pavillon de la Reine, Paris.
Propos recueillis et traduits par Gabin Fontaine.
Merci à Marie Queysanne et Sara Bléger pour l’organisation de cet entretien.

Une femme heureuse
Un film de Dominic Savage
Sortie le 25 avril 2018

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