Inherent Vice : Polar aux weeds

Sexy, illuminé, déjanté, enfumé, voilà comment on pourrait qualifier Inherent Vice, en salle ce 4 mars. Avec ce 7e long métrage, Paul Thomas Anderson radicalise encore un peu plus son cinéma en retranscrivant sur grand écran l’œuvre de Thomas Pynchon, jugé inadaptable. Certains crieront au génie, beaucoup passeront leur chemin. Silence Moteur Action fait partie de la première catégorie.

Pour les beaux yeux de son ex-petite amie, Shasta (Katherine Waterstone), Doc Sportello (Joaquin Phoenix), détective privé et en herbe, décide de retrouver l’amant de cette dernière : le magnat de l’immobilier Michael Wolfmann…

Un labyrinthe tripant

Si vous aimez les films à la narration simple, fluide, directe, Inherent Vice n’est pas fait pour vous. Pendant près de 2h30, le film se balade au gré des pérégrinations et des rencontres de son anti-héros, Doc Sportello, hippie au cerveau embrumé par les volutes de drogues douces. Comme l’esprit de son protagoniste, l’histoire bat la campagne, digresse, divague et déforme le temps. Cet éclatement du récit crée alors un véritable labyrinthe psychédélique qui hypnotise le spectateur, s’il accepte toutefois de se perdre dans ce dédale sentant bon la fin des sixties.

California Dreamin’

Inherent Vice n’est pas une œuvre comme les autres, et là réside tout le succès de Paul Thomas Anderson. Le californien installe une atmosphère lascive teintée de paranoïa, parvenant à faire transpirer toutes les contradictions de cette époque. L’enquête se déroule en 1970, fin de la parenthèse de lumière aux Etats-Unis. Le flower power s’est lentement mais sûrement éteint, laissant place à une période plus sombre : l’armée américaine s’embourbe dans la guerre du Vietnam, la secte de Charles Manson a commis ses meurtres à Beverly Hills et Ronald Reagan, fervent militant anticommuniste, est à la tête de la Californie. Doc caractérise à lui seul ces changements. Durant toute la durée de son enquête, le privé aux sandales en caoutchouc est atteint de cette paranoïa ambiante qui touche tout le pays. Il est vrai aussi que le pétard n’aide pas beaucoup à se sentir en sécurité. Peut-être l’un des meilleurs formalistes actuellement, Paul Thomas Anderson distille une mise en scène impressionnante. Passant avec aisance du net au flou, le cinéaste parvient à retranscrire cet état de flottement, de somnambulisme qui habite notre héros.

Des séquences sous acides

Ces états seconds de Doc donnent à Inherent Vice des séquences hallucinantes. Entre la tête qu’il fait lorsqu’il voit en photo un bébé allaité au lait maternel bénéficiant d’un soupçon d’héroïne, ou lorsqu’il gribouille sur son calepin des choses incompréhensibles, les scènes se révèlent très très drôles. Cet humour déjanté est également apporté par une galerie de personnages, tous aussi malades les uns que les autres. Apparaît dans les recoins de ce Los Angeles fantasmé une tenante d’un bordel bien investie dans son travail, un membre d’un groupe nazi, un flic du LAPD pas très au courant des droits civiques, une jeune wasp dévergondée ou encore un dentiste accroc au sexe et à la dope.

Conclusion

Que l’on accroche ou pas, force est de constater que Inherent Vice réalise un véritable tour de force visuel et scénaristique. Porté par des comédiens au meilleur de leur forme, à commencer par Joaquin Phoenix et Josh Brolin, le long métrage a le mérite de transporter le spectateur sur un chemin qu’il n’a pas l’habitude prendre. Le film divisera, mais n’est-ce pas l’apanage de tout chef d’œuvre qui se respecte ?

 

Inherent Vice, de Paul Thomas Anderson. Sortie le 4 mars.

Avec Joaquin Phoenix, Josh Brolin, Reese Witherspoon.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

0 Partages
Partagez
Tweetez