Coup de projecteurL'avis de la rédac

HBO, une volonté de différenciation

Le paysage médiatique américain est l’un des plus vastes au monde et ne se construit pas comme le modèle français. Entre les chaines gratuites, les chaines payantes, les chaines étudiantes ou encore les chaines spécifiques à un parti ou à une religion, les Américains ont l’embarras du choix. Dans cette vaste étendue, il est essentiel pour les chaines d’attirer un maximum de téléspectateurs. Pour cela, elles disposent de nombreuses solutions comme proposer du contenu attractif, adapté à un public cible. Dans cette optique, certaines chaines tirent leur épingle du jeu. C’est le cas tout d’abord des trois chaines gratuites, que l’on appelle les networks. Elles se font appeler les Big Three : ABC qui propose du contenu familial, CBS et enfin NBC. Ces chaines proposent autant de films, de séries, de documentaires que d’émissions et de talk-shows. On peut ainsi les rapprocher de nos chaines comme M6 ou encore TF1. Mais dans le paysage visuel américain apparait aussi des chaines payantes comme HBO, Showtime ou encore AMC. Si cette dernière commence peu à peu à faire son nom, HBO connait un vrai succès depuis plusieurs années et son nom se transporte dans le monde entier. Intéressons-nous tout d’abord à l’histoire de la chaine elle-même.

La Quality Television

HBO est une chaine du câble lancée le 8 novembre 1972. Elle fait partie du conglomérat Time Warner et se veut le substitut du cinéma à la maison. D’ailleurs, son nom n’est pas anodin puisque HBO signifie Home Box Office soit le meilleur du cinéma mais chez soi. En tant que chaine du câble, HBO a eu du mal à se placer face à ses concurrents, les networks. Mais dans les années 1980, le succès est fulgurant et HBO arrive à amasser beaucoup d’abonnés. Ces derniers payent en moyenne 10 à 15 dollars par mois. En 2012, la chaine comptait 30 millions d’abonnés aux Etats-Unis. Les raisons de ce succès sont nombreuses mais la première est que la chaine était plus avancée technologiquement que ses concurrentes. C’est ainsi la première chaine payante à être diffusée dans tout le pays. Son principal argument est celui de la qualité des programmes qu’elle propose, qui sont au départ des films ou des téléfilms. C’est dans les années 1990 que la chaine décide de se lancer dans les séries en commençant à les programmer dans sa grille. Cela commence avec le sitcom Dream On (1990-1996). Avec le succès de cette série, HBO en a fait son fer de lance, après le cinéma. On connait tous au moins une série de la chaine : Les Soprano, Six Feet Under, Sex and the City ou plus récemment Game of Thrones. Toutes ses séries se sont exportées dans le monde entier.

HBO va signer l’arrivée de la Quality Television comme le décrit Robert J. Thompson dans son ouvrage sur l’âge d’or de la télévision (Television’s Second Golden Age, 1997). Elle va proposer des contenus originaux et ambitieux, des thèmes jusqu’alors jamais abordés vont être traités. Ainsi il n’est pas rare de trouver des séries interdites aux moins de 16 ans aux États-Unis à cause des nombreuses scènes de nudité (comme True Blood ou encore Game of Thrones). Le scénariste Alan Ball déclarait ainsi : « La structure économique d’HBO encourage les créateurs à avoir des idées que l’on ne peut pas avoir ailleurs ». En tant que chaine du câble, elle est donc libre économiquement car financée par ses abonnements (elle n’a pas les mêmes problématiques que les networks qui dépendent des revenus de leurs publicités). Cette innovation se définit donc par le thème des sujets abordés qui sont originaux mais c’est surtout la façon dont cela est montré qui importe.

« It’s not Tv, It’s HBO »

Dès son arrivée dans les années 1980, HBO a fait sensation et s’est toujours montrée comme une chaine dans l’air du temps, avec son très célèbre slogan « It’s not TV, it’s HBO ». Dans ce slogan on retrouve l’idée que la télévision ne doit pas être vue comme un média de moindre qualité que le cinéma. Pour cela, HBO va diffuser des films peu de temps après qu’ils soient passés au cinéma. Ce sont des programmes de grande qualité qui sont à portée de main pour les abonnés d’HBO. La télévision peut diffuser des films de qualité mais aussi des séries de qualité. Nous ne sommes plus face à une banale chaine de télévision, mais face à une révolution télévisuelle. Mettre la télévision et le cinéma sur le même pied d’égalité, voilà ce qu’a tenté de faire HBO.

HBO est donc une chaine qui s’est très vite démarquée de par les programmes qu’elle proposait mais aussi par son esthétique. Michael Lombardo, actuel président de HBO explique : « Nous donnons leur chance à des projets que nous aurions ignorés cinq ans plus tôt. Notre volonté est d’être à l’écoute de toutes les bonnes idées, même si leurs auteurs pensent qu’elles ne collent pas à l’image de marque de HBO. Finies les arrières-pensées ». HBO a réussi quelque chose qu’aucune chaine n’avait réussie jusqu’alors : mettre sa marque de fabrique sur les séries qu’elle diffusait. Mais attention, cela ne veut pas dire que la chaine a toujours rencontré le succès bien au contraire. La chaine a connu de nombreux échecs, dont John from Cincinnati qui s’est voulu le successeur des Soprano. La série a perdu la moitié de ses téléspectateurs en une semaine. En 2002 Chris Albrecht arrive à la tête d’HBO et avec lui une volonté d’innovation, de changement. Cela se sent dans les décisions prises par la chaine, avec des choix de séries plus ambitieuses…

Comments (5)

  1. […] HBO, une volonté de différenciation […]

  2. […] Comme expliqué dans l’article précédent, HBO se vend comme une chaine culturelle (avec ses nombreux documentaires), libre (pas de coupure publicité) et provocatrice. Elle se vend aussi comme une chaine qui propose de la qualité. Afin d’attirer toujours plus, HBO décide de se lancer au début des années 1990 dans les séries. Ces dernières seront ses fers de lance puisque la plus grande partie de sa notoriété va se baser sur la qualité de ces shows. Mais c’est là où il peut y avoir un danger. Si la chaine vend ses programmes en se basant sur leur grande qualité (se démarquant ainsi des networks), il faut qu’il y ait une certaine constance. Cela devient une nécessité d’avoir des séries de qualité mais ça a aussi un impact sur leurs finances. Si les téléspectateurs n’aiment pas la série alors celle-ci est tout simplement annulée. Le téléspectateur risque même se de désabonner s’il voit que le discours de la chaine et la réalité sont différents. Il y a donc ici un réel enjeu. On peut ainsi comparer la chaine à un restaurant étoilé. Le client, qui vient en grande partie pour la qualité des produits et la renommée du chef, est déçu par ce qu’il a mangé, il ne reviendra pas dans ce restaurant. C’est la même chose pour HBO. […]

  3. […] générique s’inscrit donc l’identité de la chaine HBO. Ce générique ne se donne aucune limite et veut montrer et dénoncer avec réalisme l’univers […]

  4. […] HBO, habituée des séries atypiques et inspirées, nous proposait en 2010, Boardwalk Empire (accompagné d’une campagne de promotion originale) une mini-série de douze épisodes nous plongeant dans le monde inquiétant des mafieux, des trafiquants, des politiques véreux d’Atlantic City. Enrichis par l’interdiction du commerce et de la consommation d’alcool, ceux-ci ne reculent devant rien pour accroître leur business et étendre leur influence en multipliant les pots de vin et les meurtres. La rareté et l’interdiction ont créée un phénomène de demande sans précédent, l’alcool coule a flot et tout le monde est bien décidé à en profiter. Évidemment ces marchés houleux ont un coup, notamment humain, la série nous mène d’intimidations aux meurtres, nous montrant une société peu sûre et empreinte de noirceur. La série n’hésite d’ailleurs pas à présenter des réflexions sur de nombreux sujets plus ou moins tabous mêlant ainsi racisme, violence conjugal, adultère, inceste, homosexualité, avortement, pauvreté, réussite sociale, alcoolisme… Projet de Terence Winter, basé sur l’œuvre de Nelson Johnson Boardwalk Empire : The Birth, High Times, and Corruption of Atlantic City s’appuie sur une réalisation sûre et soignée avec un pilot réalisé par Martin Scorsese lui-même et porté par un casting quatre étoiles mêlant acteurs confirmés et visages que vous allez voir partout. Parmi eux on citera notamment Steve Buscemi (The Sopranos, Big Fish, The Island), Michael Pitt (Hannibal, Delirious), Kelly McDonald (Gosford Park, Trainspotting, Anna Karenine) , Shea Whigham (The Wolf of Wall Street, True Detective), Michael Shannon, Jack Huston, Paz de la Huerta, Billy Magnussen, Vincent Piazza, Michael Kenneth Williams, Gretchen Mol, Charlie Cox, Heather Lind, Stephen Graham, Jeffrey Wright… Fresque complète qui met en scène la misère galopante qui ronge les États-Unis de la fin de la première guerre mondiale à la déconfiture des années qui suivirent le crack boursier de 1929, Boardwalk Empire est une petite merveille de réalisation, d’ambiance et de cynisme. Son générique soigné et travaillé témoigne de cet univers. […]

  5. […] durant la période du « second age d’or des séries télévisées » qu’est diffusée pour la première fois la série télévisée Lost sur les écrans […]

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