Gravity : Tout ce qu’il faut comprendre dans le film !

Là où Sandra Bullock passe, les stations spatiales trépassent… C’est un peu le résumé du film d’Alfonso Cuaron Gravity sorti en octobre 2013 et dont le succès n’en finit plus d’ameuter toujours plus de spectateurs. Si certains ont apprécié la 3D et les effets visuels époustouflants, d’autres ont largement critiqué le jeu insupportable de Sandra Bullock et celui du stéréotype Georges « Nespresso » Clooney, sans oublié l’histoire qui, selon les plus virulents, tient sur un timbre poste ! Faux évidemment… Pourquoi ? C’est par ici que ça se passe.

De la critique de la mondialisation ?

Alfonso Cuaron, en bon réalisateur mexicain à qui l’on doit le très controversé Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban a toujours su faire parler de lui lorsqu’il était aux manettes d’un film plus que très attendu. Si sa griffe laissée à la saga du petit sorcier en a ravi plus d’un et laissé les autres perplexes, Alfonso Cuaron s’est attaqué en 2010 à un thriller spatial. Quatre ans auront été nécessaires pour concevoir Gravity et force est de constater que visuellement, le film justifie ce délai. Du côté de l’histoire, c’est une autre paire de manche puisque nous pourrions, en nous tirant les cheveux, concevoir l’hypothèse selon laquelle les messages subliminaux sont légions dans le film. Commençons par le premier qui est la critique d’une société mondialisée mise en parallèle avec le mythe de la tour de Babel !

L’homme s’est mis à la conquête de l’espace au XXème siècle dans l’espoir d’en savoir plus sur ses origines et sur la jolie petite planète bleue. Une symbolique évidente avec les hommes construisant une tour dans le but d’accéder au ciel et d’apercevoir Dieu, c’est la tour de Babel ! Dans le mythe, le chantier avance vite pour une simple et première bonne raison : les ouvriers parlent tous la même langue. C’est d’ailleurs la raison principale pour laquelle Dieu, ne voulant pas être dérangé, détruit cette tour, et pour empêcher une autre construction de ce type, décide de créer la pluralité des langages sur Terre ! C’est un peu ce qui est décrit dans Gravity. Les hommes, ou plutôt les ingénieurs, tentent de conquérir l’espace en parlant le même langage, mais un langage scientifique ! En effet, Cuaron le montre bien, le vaisseau Schenzou qui permet à Ryan Stone de rentrer chez elle n’est rien d’autre qu’un Soyouz dont les commandes sont juste traduites en chinois ! Il s’agit donc du même vaisseau. La configuration de ces vaisseaux spatiaux renforcent cette idée justement. Lorsque Stone intègre le Soyouz, elle trouve au dessus du centre de commandes, une effigie de Saint-Christophe, le saint patron des voyageurs. Outre la symbolique religieuse basée sur le thème du voyage, il faut mettre ce détail en relation avec le fait qu’un bouddha est placé au même endroit et de la même manière dans le Schenzou, le gros plan caméra nous permettant de ne pas louper ce détail…

Sur la question du langage, une scène très intéressante nous prouve que la barrière de la langue n’est pas un obstacle pour se comprendre et que le mythe de Babel est plus que jamais présent. C’est la scène où Stone capte une transmission venant de la Terre d’un certain Aningaaq. Après avoir échangé leurs prénoms où Stone se fera appeler Mayday pour l’occasion, Bullcok nous livrera une performance canine époustouflante (sans doute prochainement récompensée par un Oscar). Mais ce qu’il faut retenir de ce passage, c’est que de simples symboles suffisent aux deux individus pour se comprendre : l’échange de prénom, un bébé, des chiens, une berceuse… Le court métrage de Jonas Cuaron (le fils du réalisateur), disponible ici, et dévoilé sur la toile nous montre l’envers de ce dialogue sur Terre avec le personnage d’Aningaaq justement. Les sous-titres nous éclairent sur le sens du dialogue et nous prouvent encore que les deux personnages se comprenaient sans le savoir. Ils sont tous deux confrontés à la mort et cherchent à rentrer chez eux… un seul mot à retenir : universalité !

Conclusion ? Peu importe votre religion ou votre nationalité, américaine, russe ou chinoise, l’espace est un lieu universel régit par la mondialisation dans l’espoir de conquérir le vide intersidéral. Cette idée de mondialisation est renforcée aussi par la multiplicité des origines ethniques montrées à l’écran. On y voit deux Américains, un Indien probablement, et les Russes sont suggérés ainsi que les Chinois. Cuaron ne perd toutefois pas le nord et après avoir amorcé son idée de mondialisation, la renforce avec une autre critique : la surconsommation de la société. Cette idée de surconsommation est symbolisée dans le film par les fameux débris destructeurs qui causent des dégâts sur la navette Explorer. Ces débris, rappelons-le, sont dus au fait que les Russes ont voulu détruire un de leurs satellites, et une réaction en chaîne propre au syndrome de Kessler s’en suit ! La société de consommation de nos jours est programmée ainsi. Nous achetons nos appareils, qui devenant obsolètes, sont jetés (pas souvent recyclés) et remplacés. C’est ce que les Russes font, ils détruisent pour mieux reconstruire derrière. Mais trop de débris est égal à Gravity et c’est justement cette société basée sur le modèle de la surconsommation qui se condamne elle-même en devenant la cause principale de sa destruction. « Les américains privés de leurs Facebook ce soir ! » comme dit Clooney dans le film et le ton est donné… nous sommes esclaves de cette société régit par les machines qu’il faut sans cesse remplacer. Moralité de l’histoire : à trop vouloir construire une société parfaite où nous serions tous des citoyens du monde, Dieu a punit les hommes en provoquant une pluie de débris dévastatrices qui réduisent à néant toutes les installations présentes dans l’espace. Allez, on se tire encore plus les cheveux et on se dit que comme par hasard, c’est une femme qui cause tous les dégâts en la personne de Sandra Bullock, la nouvelle « Eve », ou Pandore… comme vous voulez !

Les débris, représentation d'une société de surconsommation ?
Les débris, représentation d’une société de surconsommation ?

Du thème du deuil et de la résurrection…

Gravity ce n’est pas seulement l’histoire d’une femme cherchant par n’importe quel moyen de rentrer chez elle. C’est aussi l’histoire d’un deuil. Les spectateurs les plus mécontents du film ont pensé que cette idée était juste une manière de donner un peu plus de profondeur au film et que c’était une occasion supplémentaire de voir Sandra Bullock pleurer. Soit. Mais la manière dont le réalisateur a traité le sujet mérite d’être soulignée puisque le deuil et surtout la résurrection véhiculent une symbolique forte et très bien mise en œuvre. Cette idée du deuil apparaît dès le dialogue entre Kowalski et Stone en direction de la station spatiale ISS. Kowalski, voulant faire la conversation commence par demander à Stone si quelqu’un pense à elle, en bas, en faisant référence à la Terre. Silence radio pour marquer un court temps d’hésitation avant la réponse : « J’ai eu une fille ». On comprend alors facilement que Stone n’arrive pas encore à passer outre le fait qu’elle a perdu son enfant d’une manière tragique et totalement inattendue. On y note d’ailleurs un paradoxe tout à fait intéressant puisque si Stone a été incapable de répondre à la question avec précision, c’est que la géographie dont il est question ici répond à d’autres lois. En effet, Kowalski fait référence à en bas, et généralement, il est coutume de dire, lorsque nous parlons de nos morts, que ceux-ci partent en haut, au ciel. Mais précisément, en étant dans l’espace, Stone se considère probablement soit au dessus de cet en haut, soit en plein dedans. Quoiqu’il en soit, le sens de cette question n’en reste pas moins troublant, d’où l’hésitation de Stone avant de parler de sa fille morte. Toutes les péripéties qui vont suivre vont alors jouer le rôle d’un processus de deuil pour Stone qui se soldera inévitablement par sa résurrection. Ce processus de deuil  est marqué par la thème du voyage et par l’expression « lâcher prise », que l’on entend régulièrement dans le film.

Commençons par le thème du voyage. Outre la référence à Saint-Christophe exposée précédemment, l’idée du mouvement est introduite dès le départ par le fait que Stone a l’habitude de conduire pour tenter d’oublier la perte de son enfant : « I was driving when I got the call, so ever since that’s what I do. I drive. All I do is go to work, and when I get home, I just drive« . On ne fait pas plus clair ! Réponse de Georges Clooney immédiate : « You have to learn to let go ! » Et là c’est le drame. Double sens énigmatique pour cette phrase puisque Stone ne doit absolument pas lâcher prise au sens propre du terme : elle ne doit pas lâcher le câble qui la retient à Clooney et doit sans cesse trouver un point d’accroche pour ne pas dériver dans l’espace, et enfin doit tenir bon pour rentrer sur Terre. Évidemment, Clooney parle de lâcher prise en parlant de sa fille. Un double sens offert par cette phrase courte et simple mais efficace. Double sens aussi autour de la notion de conduire puisque Stone doit sans cesse conduire un engin, en l’occurrence ici elle pilote, pour rentrer chez elle. Puisqu’en sortant de l’hôpital elle ne fait que conduire ne voulant pas rentrer à son domicile, cette mission spatiale est l’occasion idéale pour faire le deuil de l’enfant et ainsi rentrer pour mieux renaitre… Personne n’a lâché prise jusque ici ? Bien ! Continuons.

Ne pas lâcher prise
Ne pas lâcher prise

Qui dit deuil, dit résurrection. Cette idée de renaissance est présente durant tous le film, du milieu environ jusqu’à la scène finale. Tout commence lorsque Kowalski et Stone arrivent sur ISS. La vitesse d’arrivée des deux astronomes est telle que Kowalski est entrainé dans le vide, retenu par le câble à Stone qui elle est accrochée à ISS par le biais d’un autre câble. Seulement, Kowalski risque d’entrainer Stone dans sa dérive et ce dernier décide de se sacrifier. Encore une fois, soutenue par la dialogue de Clooney, la jeune femme doit lâcher prise en acceptant que son coéquipier ne pourra pas être sauvé. Lâcher prise, c’est aussi une manière pour elle de se sauver… On peut alors y voir une sorte de transfert opérée entre la fille de Stone et Kowalski. La jeune femme revit le deuil de son enfant par l’intermédiaire de son collègue et le laisse partir. Tragique… ou pas ! Mais l’air commence à manquer et elle ne doit pas lâcher prise si elle veut rentrer sur Terre. Se dépêchant de rentrer dans ISS par le sas, elle se déshabille, se débarrassant ainsi d’un cocon semblable à une chenille devant papillon, symbole de renaissance, et commence à se laisser aller en apesanteur. A ce moment là, la photographie parle d’elle même, nous montrant Stone en position fœtale, un câble passant en plein milieu sur l’arrière plan symbolisant le cordon ombilical.

Gravity
Sandra Bullock, en position fœtale

L’espace apparait alors pour l’astronaute comme un terrain d’isolement, un purgatoire, où le deuil peut être fait avant de rentrer sur Terre. C’est ce retour sur Terre qui est intéressante d’ailleurs ! A bord de son château céleste qui s’enflamme à cause de son entrée dans l’atmosphère, l’image évidente de la mort par la feu se dessine. Et c’est aussi par le feu que le Phoenix peut renaitre de ses cendres… encore un symbole de résurrection. Mais plus que le feu, c’est surtout l’eau qui porte le symbole de la renaissance. Une fois tombé dans l’eau, symbole de la vie par excellence repris par la grenouille et les algues par exemple, le module spatial commence à être immergé faisant couler son hôte. Stone doit alors lutter pour revenir à la surface. Rejoignant ensuite le rivage, elle commence à s’ancrer dans le sol avant de se relever. Ça ne vous évoque pas quelque chose ? Le cycle de la vie et de l’évolution évidemment ! La vie commence dans l’eau puis l’évolution fait en sorte que nous sortons de mer, et dotés de pattes, ou de jambes, nous nous redressons et commençons à marcher ! C’est exactement ce qui se passe avec Bullock dans la scène finale, qui tel un nouveau-né se dresse et marche pour rentrer chez elle. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si aucun signe de civilisation n’est représenté dans cette scène finale, c’est tout simplement pour renforcer la symbolique de la vie issue de l’eau ! Le deuil est ainsi fait, Stone est rentrée chez elle, métamorphosée, revenue à la vie… Toute son aventure n’aura donc été qu’une métaphore du processus de deuil.

Conclusion

Il y a évidemment d’autres interprétations et toutes les exposer relèverait d’un long travail de précision. Outre la scène de l’extincteur qui aura fait sourire les fans de Wall-E, Gravity se dote d’une très grande charge symbolique qui n’apparait pas forcément à la première lecture. Mais maintenant que vous avez ouvert les yeux sur ce film, et que vous avez potentiellement changé d’idée sur le fait que le script ne dépasse pas une page, vous vous dirigerez peut être vers le coffret DVD/Blu-ray qui sortira en France en février 2014… de quoi s’offrir une belle session de rattrapage non ?

Ludovic Abraham

5 thoughts on “Gravity : Tout ce qu’il faut comprendre dans le film !

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