[Critique] La Grande Muraille, contrefaçon chinoise !

Fort de ses récents exploits en Chine, Hollywood a décidé de passer à la vitesse supérieure. La Grande Muraille est donc l’une des plus grosses collaborations sino-américaines, visant à divertir les deux plus grands marchés de cinéma au monde. Cependant, en tant que spectateur européen, force est de constater que le spectacle déçoit. Question de culture ou véritable échec artistique ?

À la conquête de l’Est !

Finalement, toute l’ambition et l’intérêt du film se trouvent dans ses 30 premières secondes, pendant le générique d’ouverture. Adieu la triomphante symphonie du studio, le logo d’Universal – la Terre – apparaît sous le son de fortes percussions guerrières tandis qu’on se dirige doucement vers l’Asie avant de plonger dans le récit. Dès ce moment donc, tous les enjeux sont cristallisés. L’envie d’une immense major d’intéresser une autre partie du globe – littéralement – mais aussi l’hybridité du produit final : La Grande Muraille se passe en Chine, avec un réalisateur chinois. Pour autant, les acteurs principaux sont américains, la musique composée par un habitué des films de monstres (Djawadi).

Contrefaçon chinoise 

Derrière tout cet aspect mercantile et géo-politique culturel se trouve, bien évidemment, un film – une oeuvre d’art. Et c’est finalement là que ça pêche. On peut respecter l’ambition de départ mais le résultat se trouve être un si gros échec qu’on sort forcément déçu. Le pitch de base était simple (des monstres débarquent tous les 60 ans, à nous de leur montrer qu’en Chine on sait se battre) et promettait – si on oubliait la métaphore si peu subtile – de passer un bon moment. Là où on attendait une oeuvre hybride capable de s’inspirer du meilleur des deux industries – que ça soit dans l’establishing simple et efficace de ses personnages à la Marvel, fleuron du cinéma hollywoodien et véritable série TV dont on peut voir le 15e épisode sans connaître les précédents, ou dans la démesure visuelle et technique impressionnante qu’on admire en Chine en ce moment – on se retrouve avec un film techniquement affreux, qui n’arrive même pas à se vendre. Sur-découpage au montage rendant l’action illisible, choix de plans illogiques (ah tiens, c’est beau un plan subjectif ! Comment ça, cela doit servir le récit ?), histoire si peu inspirée, direction d’acteurs inexistante (malgré la présence de très nombreux traducteurs sur le plateau) et une fâcheuse tendance à copier. Comme une contrefaçon chinoise du Seigneur des Anneaux : Les deux tours, le film emprunte plans, idées de mise en scène, moments de tension et gimmicks à ses congénères. Manque de chance, ces derniers sont des chefs d’oeuvre tandis que la copie peine à atteindre ce niveau.

Choc face au passé

Malgré toute ces erreurs, toutes ces maladresses, on ne peut pas reprocher à La Grande Muraille de ne pas voir grand, de ne pas impressionner. Des milliers de figurants, quelques très beaux plans qui trahissent l’ambition démesurée qui devait apparaître sur le papier, une musique efficace jonglant entre exotisme chinois et symphonisme hollywoodien… Même la quête initiatique du personnage de Matt Damon – extrêmement clichée – fonctionne. Au final, la vérité de ce joli désastre se retrouve peut-être dans son origine : c’est un film américain pensé pour le public chinois. Et peut-être que, pour une fois, une friction apparaît dans le si global « monde occidental » et que les spectateurs de l’Ancien Continent ne sont pas visés. Tout est question de goût, or les goûts sont façonnés par les sociétés, par les modes qui passent et repassent. Nul doute que si le film était sorti il y a 15 ans, en 2002 face au Seigneur des Anneaux, tout aurait été différent. Mais nous sommes en 2017, et La Grande Muraille n’est qu’une copie défraîchie des grands films qu’elle imite.

Comme un coup derrière la tête, La Grande Muraille fait mal. Grande muraille, grande déception, pour un film terriblement kitsch et mal foutu. Dommage, l’ambition était là tout autant que les regards, pointés sur cette étrange collaboration sino-américaine.

 

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