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[Critique] Get Out : le racisme tue

Jusqu’à quel point un film peut être une photographie, une description à un instant précis du monde ? Présenté comme le tout premier film de l’ère trumpienne, Get Out est un thriller psychologique qui décrit avec une aisance et une justesse déconcertante l’état d’une Amerique ravagée, aux faux-semblants et derrière lesquels se trouve un monstre.

Tandis qu’en France, le cinéma politique se fait rare et le cinéma d’horreur inexistant (et lorsqu’on a un, il fait la Une comme l’exception qu’il est), aux USA ils se font légions. Mieux : tandis que la production hollywoodienne se concentre à produire moins de films avec plus d’argent, le cinéma indépendant semble renaître de ses cendres et, avec des budgets minimums, envahit les écrans américains (jusqu’à parfois remporter l’Oscar du Meilleur film). Get Out est de ceux-là et, en gagnant 40 fois son budget rien que dans les salles américaines, il a gagné son ticket pour l’Europe et débarque en France.

Un grand film d’horreur

Chris est un jeune photographe très talentueux, qui vit l’idylle avec sa petite amie Rose, jusqu’au moment où celle-ci veut le présenter à ses parents : Chris est noir tandis que toute la famille de Rose est blanche. Malgré l’assurance qu’ils ne sont pas racistes – son père « aurait même voté une troisième fois Obama s’il avait pu »! – Chris doute de cette parfaite famille blanche démocrate, porteur de son expérience d’être noir dans un pays comme les Etats-Unis.

Dès son pitch initial, Get Out s’annonce comme une amère satire des Etats-Unis. Mais bien avant ça, il s’agit avant tout d’un film d’horreur qui fait la part belle au genre. Si Get Out est le premier film du réalisateur Jordan Peele, le producteur Jason Blum n’en est pas à son coup d’essai ; du phénomène caméras cachées de Paranormal Activity à la dystopie inventive American Nightmare, de Unfriended à Split de Shyamalan, le producteur n’a eu de cesse de réinventer l’horreur en fonction de son époque, toujours à l’affût de ce qui nous effraie. En cela, il fait le (bon) pari de miser sur Jordan Peele, tant Get Out s’amuse des codes du cinéma d’horreur, en joue, les analyse et use de procédés méta pour instaurer un pacte avec le spectateur. Si les jump-scare, la musique oppressante et le jeu sur le silence sont bien évidemment présents, Peele joue tout autant avec le mystère et le hors-champ, plus grand vecteur d’horreur au cinéma (dès lors que la menace est dans le cadre, elle perd de sa monstruosité, tant l’imagination sera toujours plus grande que la réalité). Le cinéaste s’amuse même à citer certaines légendes du cinéma de frissons, de Wes Craven à Alfred Hitchock.

La satire sociale

Mais Get Out ne se résume pas à son maniérisme. Bien au contraire, ce qui reste en tête à la sortie de la séance – et même plusieurs jours après – c’est le message du film, profondément contemporain. Son discours moderne et intelligent fait du bien et inverse les stéréotypes hollywoodiens. Ici, ce n’est plus la famille blanche et riche la victime, mais bien l’homme noir. À plusieurs moments, Peele signe délicatement des tableaux bien connus des spectateurs à travers les médias, pour mieux retourner leur message : la relation entre la police et les personnes noires, les clichés des familles blanches dans l’Amérique profonde, les différents clivages possibles…

Finalement, ce que fait Get Out, c’est dresser un portrait de ce que signifie être noir en 2017 aux Etats-Unis, tandis que Trump vient d’être élu, que les violences policières continuent, que le repli communautaire s’accentue… Il y a dans le film une volonté de décrire avec justesse, de nous forcer à voir la réalité des choses, avec une certaine amertume. Par la même occasion, en retournant les clichés contre eux-mêmes, Peele en montre leur stupidité. Ce n’est pas forcément optimiste ou joyeux, et il serait plus facile de détourner les yeux et de n’y voir qu’un simple film d’horreur. Et pourtant c’est dans ce récit fictif que ce joue la réalité.

Conclusion: Get Out n’est pas un énième film d’horreur. C’est une implacable satire sociale des États-Unis, portée par une mise en scène soignée et maîtrisée et un casting imposant. Indispensable.

Get Out
Un film de Jordan Peele
Sortie le 03 mai 2017

Comments (5)

  1. […] enquêtent sur ce terrain… It follows traite des maladies sexuellement transmissibles, Get Out des rapports entre les races, et leur facilité à approcher aujourd’hui ces sujets, la […]

  2. […] toutes les figures émergentes du cinéma noir-américain (Daniel Kaluyaa, héros de Get Out, et Sterling K. Brown, incroyable dans les séries This is Us et American Crime […]

  3. […] dans leur sac. Difficile de dire adieu à l’une des sagas à succès de la maison Blumhouse (Get Out, Happy Birthdead, Action ou vérité)… Alors, quand on ne peut plus continuer une saga, que […]

  4. […] déjà présent dans Hérédité. Il n’est pas question ici d’horreur politique à la Get Out – même si, le film étant très dense, un angle et une critique politique peuvent totalement […]

  5. […] une œuvre forte, neuve dans ce qu’elle dit du monde. On pense notamment à l’intense Get Out, dont le concept est de placer l’horreur dans le racisme. Le succès monstrueux du film […]

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