Forever, Sherlock Holmes devient immortel

On a pas été très tendre avec Madam Secretary mais on vous promet aujourd’hui on s’est radouci parce que Forever a fait ses débuts officiels sur ABC ces lundi et mardi soirs et que bizarrement c’est pas tout à fait ce à quoi on s’attendait…c’est mieux.

[Cet article a été posté le 29 septembre 2014. À l’occasion de la diffusion française de la série sur TF1, nous republions notre avis de l’époque.]

De quoi ça parle ? Le Dr Henry Morgan (Ioan Gruffudd) est un médecin légiste qui connaît particulièrement bien son sujet. En effet, la mort n’a plus de secrets pour lui, enfin presque… la sienne est bel et bien un mystère. Car oui Henry ne meurt pas, pas définitivement en tout cas, il ne cesse de renaître. Morts après morts, il cherche à collecter des éléments qui pourraient expliquer son immortalité et y remédier.

« My story is a long one… »

C’est en forgeant qu’on devient forgeron. C’est pareil pour le Dr Henry Morgan qui multiple les expériences de morts pour résoudre ses enquêtes tout en espérant enfin trouver une façon de mettre un terme à sa malédiction – l’immortalité. Car l’immortalité est bien sûr le noyau central de Forever. La série de Matt Miller part de cette idée et articule son intrigue autour de trois axes : cette immortalité n’a pas de sens, cette immortalité est un fardeau et enfin cette immortalité est dangereuse. Henry aura connu de nombreuses morts au cours de sa vie. Certaines par accident comme la première scène du pilot de Forever lorsqu’il se fait empalé par une barre de métro après que celui-ci ait déraillé, et d’autres voulues comme l’empoisonnement dans ce même épisode. Sa survie n’a pas de sens et dès lors son objectif est la mort, la vraie. Fini l’époque où on vous vantait les vertus de l’immortalité, aujourd’hui elle est largement représentée comme un fardeau notamment dans l’univers fantastique. Dans Twilight, Edward refuse de transformer Bella en vampire, Godric, Eric et Bill de True Blood sont tentés par la true death par lassitude et dans Stardust, Tristan et Yvaine, rendus immortels par le pouvoir de l’étoile y renoncent. Henry ne veut pas de cette immortalité qu’il ne comprend pas, il ne veut pas se soustraire à la mort et il sait bien que son secret est une menace pour lui-même et ceux qu’il aime. L’immortalité est forcément dangereuse, parce qu’évidemment Henry fini par attirer l’attention du détective Jo Martinez (Alana De La Garza) d’une part qui a vu des vidéos de surveillance intrigantes et celle d’un mystérieux admirateur qui en sait beaucoup trop d’autre part. L’intrigue part plutôt bien mais on ne peut pas ne pas penser au film de M. Night Shyalaman, Incassable dont la storyline du métro semble clairement s’inspirer. C’est plutôt pas mal pour un début, toutefois l’identité de Henry est menacée dès le premier épisode aussi si Forever s’en tient à cette intrigue, elle va probablement avoir du mal à tenir la longueur.

Un drame ABCesque

Forever est un drame qui met en scène un homme condamné à vivre éternellement. Le drame d’un homme condamné à voir les autres mourir, les femmes passer dans sa vie et être celui qui reste. Évidemment la série ne dévoile pas toute l’histoire dans ces premiers épisodes mais on obtient quand même des instants clefs. On sait que Henry était déjà médecin au moment où s’est produit cette expérience étrange. Il a été abattu en mer pour un acte d’insubordination alors qu’il tentait de protéger un esclave. On sait qu’il a aimé une femme blonde, Abigail (MacKenzie Mauzy) mais on ne connaît pas véritablement les raisons de son absence. Et surtout on apprend qu’Ab (le très bon Judd Hirsch) qui apparaît dans un premier temps comme une sorte de Madame Hudson ou d’Alfred, indispensable à tout super héros aux supers pouvoirs est en fait son fils. Très joli twist. Oui mais « it never ends » dit-il dans le pilot de Forever, aussi on se demande si cette histoire ne va pas finir par être longue…trop longue. On hésite pour le moment parce qu’il faut bien reconnaître que ABC fait de son mieux pour donner du rythme à sa série. Bloqué sur cette terre depuis plus de 200 ans, Henry a bien sûr traversé les époques. Forever est donc tout naturellement amené à faire appel à de nombreux flashbacks, ce qui aurait pu nuire à la série, paraître indigeste et être finalement taxé d’opportunisme voulant jouer sur les succès des period dramas, pourtant c’est plutôt bien fait. Les extraits sont assez courts, agréables, forts parfois et de toute façon Ioan Gruffud pourrait jouer n’importe quoi. On aime glisser d’une époque à l’autre bien que le tout soit un peu trop propre, un trop gentil. On a de plus accès à la psyché de Henry grâce à l’usage de voix off, assez commune dans les drames de ABC (Desperate Housewives, Grey’s Anatomy, Revenge). Le truc avec les voix off c’est que c’est toujours à double tranchants, soit elle est bien gérée, elle est pertinente et agréable soit elle sera définitivement agaçante et inutile. Coup de chance nous, la voix d’Ioan Gruffudd sert parfaitement un monologue bien écrit et devient même plus discrète sur l’épisode suivant.

Sherlock Holmes reborn

Au-delà de cette science-fiction gentillette, de ce drame plutôt classique, ABC semble nous proposer une nouvelle version de Sherlock Holmes pas totalement assumée mais qui reprend bien de ses codes pourtant. Il est vrai qu’après 200 ans passés parmi les hommes, il n’est pas étonnant qu’Henry ait retenu deux, trois astuces pour savoir à qui il a affaire, une sorte de sixième sens pratique, oui mais ses analyses, et surtout le rythme auquel il les distillent font immanquablement penser à Sherlock Holmes. Personnage éternellement populaire, dont les versions revues et corrigées font toujours un tabac dont les celles de Guy Ritchie et les séries de Steven Moffat (Doctor Who, Jekyll) Sherlock et celle de Perter Doherty (Tru Calling, Ringer), Elementary. Forever semblant emprunter la musique sautillante du premier et le Sherlock bien propre sur lui et un peu particulier du second. À la différence que ce Sherlock là a un petit quelque chose de super-héros qui le mène dans des situations cocasses et drôle comme un Marvel aurait pu le faire. Henry est en effet un homme ordinaire qui a reçu un pouvoir extraordinaire, qu’il ne comprend pas, qu’il rejette et qui représente un danger comme tout bon super-héros qui se respecte. Forever croise les styles. On suit donc un médecin légiste/super héros dans ses enquêtes. Son job c’est de résoudre des affaires et il propose souvent des théorie qui semble farfelue de prime abord mais qui sont prises au sérieux par sa coéquipière occasionnelle, le détective Jo Martinez dans le rôle de la personne circonspecte, incrédule mais totalement fan, de Watson donc. Watson en moins bien par contre.   La référence n’est pas détestable, mais il aurait fallu que la série ait plus de caractère. Il est sans doute toujours aussi tentant de se lancer dans l’aventure mais c’est toujours un peu dangereux. On flirte facilement avec l’intrigue resucée à l’infinie qui va finir par lasser. Là on a doute quand même. La télévision américaine ne manque pas de cop shows et autres drames policiers qui propose une enquête chaque semaine. Et il faudrait encore que le tandem Henry/Jo puisse avoir le charme d’un Booth/Brennan ou d’un Castle/Backet et ça c’est pas encore gagné. Les épisodes suivants nous diront si la série tranche ou s’en tient à brouiller les pistes niveau style. Difficile de dire pour le moment si c’est vraiment bon ou du déjà vu.

Forever a perdu un peu plus d’1,5 millions de téléspectateurs entre le pilot diffusé lundi soir culminant à 8,3 millions de téléspectateurs, et son deuxième épisode diffusé le mardi tard dans la soirée arrivant à 6,8 millions de téléspectateurs. Amené par un lead-in molassons, Marvel Agents of Shield qui revient sans gloire à 5,5 millions de téléspectateurs et face au lancement de NCIS : New Orleans, poids lourd de la CBS écrasant la concurrence, Forever résiste bien mais pour combien de temps ?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *