FocusL'histoire des Oscars

[Focus Oscars] Quel impact sur une carrière ?

Alors que la 92e cérémonie des Oscars vient de couronner Parasite meilleur film, on peut se demander quel impact a une telle statuette dans une carrière. Si son réalisateur Bong Joon-Ho ironisait en parlant de la cérémonie comme d’un “prix local”, force est de constater qu’y remporter un prix est synonyme de renommée mondiale. 

S’il existe des milliers de cérémonies de prix, dans le cinéma (la Palme d’Or à l’issue du Festival de Cannes, les César pour le cinéma français), la télévision (les Emmy Awards) ou même la musique (les Grammys Awards), il est évident qu’une seule cérémonie brigue le statut de remise du prix ultime. Les Oscars est l’une des cérémonies les plus vieilles au monde (bientôt un siècle), et si elle a su garder un telle renommée c’est notamment par le choix de ses vainqueurs, souvent de grands artistes respectés. Mais quid de ces artistes ? Ont-ils eu vraiment besoin de cette statuette ?

And the winner is …

En résumant, et pour bien comprendre l’influence d’un prix, présumons ceci. Un artiste peut remporter un Oscar à trois étapes de sa carrière : au début, alors qu’il est déjà confirmé ou en conclusion de sa carrière. Dans le premier cas, c’est un coup de pouce à destination d’une révélation. Dans le second cas (souvent le plus décisionnaire), le prix peut relancer une carrière ou la valider. Enfin, en fin de carrière, remporter un Oscar est une manière de s’inscrire dans l’Histoire de la cérémonie, d’accéder au panthéon. Ce sont souvent des prix remis alors que l’artiste n’en jamais reçu – comme pour palier à un fâcheux oubli.

Mais en quoi un Oscar est plus important qu’un Golden Globes, un SAG Awards ou un Bafta ? La réponse tient dans le fait que les Oscars sont remis par la fine fleur hollywoodienne dans sa globalité, toute branche confondue, des réalisateurs aux producteurs, des acteurs aux scénaristes en passant par les directeurs de la photographie et autres techniciens (alors que les Golden Globes sont remis par des journalistes étrangers, les SAG Awards uniquement par la branche des acteurs et les Bafta, s’ils sont remis par plusieurs corps de métiers du cinéma, sont anglais et donc ne comptent pas dans leur rang de grands noms américains). Dès lors, recevoir un Oscar c’est être accepté parmi l’élite du cinéma mondial, c’est recevoir un coup de projecteur inédit sur soi : l’impact qui suivra dépend principalement des choix qui seront faits après cette récompense.

Double jeu

Le premier impact qui survient lors de la réception d’un Oscar, c’est sur le film d’après. Comme le récipiendaire d’un prix Goncourt sera attendu au tournant sur son prochain livre, un Oscar semble poser un label sur un artiste, qui lui ajoute aussi une pression supplémentaire mais lui offre aussi de nouvelles opportunités. Souvent, remporter un Oscar facilite la production financière d’un film. Récemment, on pense à Alejandro González Iñárritu qui, après avoir remporté l’Oscar du meilleur film pour Birdman, a pu débloquer auprès de la Fox l’intégralité des fonds pour tourner The Revenant. C’est aussi la possibilité, pour un acteur, de tourner avec qui il veut. On se souvient de Jean Dujardin, fièrement lauréat de son Oscar pour The Artist, qui s’était empressé d’aller tourner chez Scorsese dans Le loup de Wall Street. Il y a cette récurrence également chez les vainqueurs de l’Oscar du meilleur acteur qui sont ensuite approchés pour incarner le méchant dans un James Bond. Un Oscar a donc, sur une carrière, un impact immédiat : toutes les portes vous sont ouvertes. Mais c’est aussi dangereux pour quiconque est mal entouré. Comme n’importe quel coup de projecteur, on peut s’y brûler les ailes.

Il existe un certains nombre d’acteurs et actrices qui, après avoir remporté ledit prix, ont eu du mal à en tirer profit. On pense à Nicolas Cage qui, au sommet de sa carrière en 1996, voit l’Oscar pour Leaving Las Vegas signer le début de sa chute (il enchaînera ensuite nanars et films directement sorti en DVD, comme les Ghost Rider, 60 secondes chrono ou Benjamin Gates). Reese Witherspoon, récompensée du prix de la meilleure actrice pour The Walk il y a 15 ans, a quant à elle ensuite subie une traversée du désert très compliquée. Elle explique en interview qu’à partir de 2006 et du film Détention secrète, “[elle] ne faisai[t] pas des choses qui [la] passionnaient”, comme Blondes pour la vie, Tout … sauf en famille et autres comédies soporifiques. C’est au milieu des années 2000 qu’elle réussit un retour remarqué, en lançant sa propre boîte de production et apparaissant dans Wild ou la série Big Little Lies. On pourrait également citer Gwyneth Paltrow (Oscar en 1999 pour Shakespeare in Love, puis qui fait un retour remarqué auprès du grand public en 2008 dans Iron Man) ou Kevin Spacey (2 Oscars en 1996 et 2000, réapparu en 2013 avec la série House of Cards). La raison est malheureusement évidente : un Oscar ne donne pas l’immunité longtemps. Il permet de voir clair sur une courte distance, mais ensuite c’est à l’artiste de faire les bons choix de projet pour rester dans le jeu.

Remporter un Oscar n’apporte donc aucune garantie. C’est en réalité un label qu’il faut savoir utiliser à bon escient et, s’il est d’une véritable aide sur le premier projet post-cérémonie, il n’empêche pas de voir des artistes disparaître. Toutefois, si effectivement le plus gros impact d’un Oscar est dans l’immédiat, c’est une récompense qui continue de briller à vie. En avoir un, c’est entrer dans un club fermé. Les studios le savent, et il y a aux Etats-Unis (beaucoup moins en France) cette culture du prix. Le marketing martèle, même des décennies après, si un acteur, un réalisateur ou un producteur a reçu un Oscar (ou ne serait-ce que s’il a été nommé !), lors de la promotion de ses films suivants.


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