FocusL'histoire des Oscars

[Focus Oscars] : A quoi ressemblent les “films à Oscars” ?

Au début du mois de février, la 92e édition des Oscars a accueilli et récompensé les meilleurs films de cette année 2020. Mais les meilleurs films selon qui ? Chaque année, les dés sont entre les mains de l’Académie des Arts et Sciences du Cinéma et le public, lui, s’amuse à réaliser ses propres pronostics. Comment savoir si les choix de l’Académie reflètent de manière fidèle les goûts du public ?

Depuis la naissance de la compétition jusqu’à aujourd’hui, certains films semblent porter une étiquette « Oscar » avant même d’atterrir dans le palmarès. De la même façon, en se penchant un peu sur les films récompensés dans le passé, on peut y voir une certaine homogénéité et des similitudes flagrantes. Comme si les Oscars ne récompensaient qu’une sorte de film selon un modèle bien précis répondant à des caractéristiques propres à ce Graal du cinéma. Mais alors c’est quoi exactement le film à Oscar ?

La recette « Oscar »

Le film à Oscar est un terme utilisé pour désigner les films perçus comme ayant été produits et/ou réalisés dans l’unique but d’être nommé à la compétition des Oscars. Comment le reconnaître ? Il suffit tout d’abord de faire un retour dans le passé et observer les ressemblances des films déjà couronnés. Les cinéastes et les studios savent suivre une recette qui séduit l’Académie. A commencer par le choix du genre : plus de 85% des films récompensés aux Oscars sont des drames. C’était le cas en 2018 avec La forme de l’eau ou encore Moonlight en 2017 par exemple. Il est très rare que des comédies ou films de genre soient salués aux Oscars. C’est grâce à quelques récompenses telle que celle de « meilleur scénario original » attribuée au film Get Out de Jordan Peele en 2017, que la cote des films d’horreur ou de genre remonte peu à peu dans des compétitions comme celle-ci.

Le film a d’autant plus de chance d’être en compétition s’il s’agit d’un biopic ou d’une adaptation littéraire : deux films sur trois le sont. En 2009, il y avait Slumdog Millionaire de Simon Beaufoy et adapté du roman Les Fabuleuses Aventures d’un Indien malchanceux qui devint milliardaire de Vikas Swarup. Cette année, c’est les films Les Filles du Docteur March de Greta Gerwig et Jojo Rabbit de Taika Waititi qui représentaient les adaptations de l’année aux Oscars. De même si les biopics se multiplient aujourd’hui, l’Académie en raffole : Judy, en lice cette année, est le biopic sur l’actrice Judy Garland, mais il y avait aussi Bohemian Rhapsody, sur Freddie Mercury, l’année dernière. On remarque également une certaine obsession des films sur le passé ou historiques dans les films à Oscars. Il n’y a qu’à voir 1917 de Sam Mendes qui concourrait cette année dans les sections Meilleur film et Meilleur réalisateur ou encore le film 12 Years a Slave de Steve McQueen qui se déroule en 1841 et a remporté l’Oscar du meilleur film en 2014.

Enfin, la mise en scène et la direction artistique jouent un grand rôle dans la recette à suivre pour espérer concourir. On parle souvent de films « académiques » quand ils sont susceptibles de plaire à l’Académie en se construisant selon une méthode établie. Cela passe par un souci artistique dans les costumes, le maquillage et les décors, très souvent spectaculaires grâce à un budget généreux. Les films sélectionnés ont généralement une cohérence cinématographique et visuelle qui peut se retrouver dans des mouvements gracieux de caméra (grue, travelling, plan séquence), un grand recours à l’artifice pour un résultat finalement très « hollywoodien ». Les films ayant une mise en scène un peu décalée ou singulière sont peu représentés lors de la cérémonie. On peut penser au film Mommy de Xavier Dolan qui n’avait pas été sélectionné malgré les anticipations du public.

Quelques changements

Les films à Oscars ne sont en aucun cas des mauvais films, bien au contraire. Si cette recette est suivie depuis longtemps maintenant, c’est qu’elle fonctionne et est d’une efficacité redoutable. Cependant, aujourd’hui, un bon nombre de cinéastes semblent vouloir redéfinir ce fameux film à Oscars. En effet, malgré l’homogénéité artistique produite par cette recette des Oscars, il subsiste quelques perles rares qui parviennent toujours à se glisser parmi les autres films en compétition. De la même façon, l’Académie a déjà su surprendre les spectateurs en choisissant des films indépendants à la place de films à gros budget sur lequel tout le monde pariait comme avec le film Démineurs de Kathryn Bigelow qui l’emporte face à Avatar de James Cameron, soit un budget de 11 millions de dollars (Démineurs) contre 237 millions (Avatar).

La prise de conscience d’une démocratisation de films formatés pour la compétition permet à certains cinéastes d’au contraire s’en démarquer le plus possible donnant ainsi lieu à des œuvres nouvelles et singulières. Les 6 nominations de Jojo Rabbit, réalisé par Taika Waititi, pour cette 92e sélection en est la preuve car le film se démarque dans sa mise en scène pop et l’audace de son scénario. De plus, Jojo Rabbit est une comédie ! Du jamais vu, bien qu’il s’agisse tout de même d’une comédie dramatique…

Ce débat est d’autant plus intéressant aujourd’hui avec l’entrée en jeu de Netflix car la plateforme remet en question cette notion de film à Oscars. Cette année, Netflix a décroché 24 nominations avec The Irishman (Martin Scorsese) et Marriage Story (Noah Baumbach). Par exemple, Marriage Story sort du lot de par sa mise en scène fuyant le spectaculaire à chaque plan pour au contraire adopter un point de vue plus documentaire. Ce sont ces exceptions et cette prise de conscience de plus en plus présente témoigne d’un besoin profond de changement de cette sélection de films à Oscars ainsi qu’une envie de casser l’uniformité de la compétition.


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