[Dossier] La saga Mission : Impossible

Alors que Mission : Impossible – Fallout débarque finalement sur nos écrans, il est temps de s’attarder sur cette saga si particulière. D’abord adaptation cinéma d’une vieille série TV par De Palma, Mission : Impossible a su gagner ses titres de noblesse jusqu’à dépasser James Bond et devenir LA saga d’espionnage et d’action ! Retour sur 6 films qui ont changé le cinéma.

Remise en contexte

Pour les retardataires, voici un petit rappel des six films Mission : Impossible. Dans le premier long métrage sorti en 1996, l’action se débutait à Prague, où Ethan Hunt (Tom Cruise), chef d’une équipe d’espions membres de l’IMF (Impossible Missions Force), doit récupérer une liste sur laquelle se trouve le nom de tous les espions de l’agence sous couverture. Malheureusement, il se fait piéger et quasiment toute son équipe est tuée. Afin de savoir qui est la taupe qui a causé la mort de ces partenaires, il décide de s’allier à Max, celle qui souhaite obtenir la liste. Il s’infiltre dans la CIA dans une séquence mémorable, retrouve la liste et se rend compte que la taupe était en fait son ancien boss, Jim (Jon Voight). Ce premier long contient particulièrement la patte de son cinéaste, Brian De Palma. On retrouve sa mise en scène extrêmement formaliste (des mouvements de caméra fous, une photographie assez picturale) et maniériste (beaucoup de références à Hitchcock), avec les habituels gimmicks de De Palma : des gros plans, des zooms … Le film instaure les bases de la saga, avec un Ethan Hunt piégé, qui doit jouer le jeu (en apparence) de l’ennemi pour obtenir ce qu’il souhaite.

Dans Mission : Impossible 2 (2000), Ethan Hunt est obligé d’arrêter ses vacances car quelqu’un s’est fait passé pour lui et a volé un virus (la Chimère), qui si elle est libérée causerait la mort de millions de personnes. Pour empêcher le vilain de le faire, Ethan fait appel à l’ancienne petite amie de ce dernier, Nyah (Thandie Newton) pour regagner sa confiance et récupérer le virus. L’intrigue est ici plus simple, avec encore une fois un macguffin (un objet qui sert de prétexte à l’histoire, comme la mallette dans Pulp Fiction), ce qui permet au réalisateur John Woo de se concentrer sur la mise en scène et l’univers. Clairement, ce second opus est aussi le plus kitsch : il essaye tout un tas de choses qui, presque vingt ans plus tard, prêtent à sourire (les gros ralentis, le rythme et le montage de certaines séquences, le cliché de la demoiselle en détresse). Pour autant, il faut attendre Mission : Impossible 2 pour avoir une véritable iconisation d’Ethan Hunt et des codes de la série (l’apparition assez grandiloquente du titre, la musique et son thème, l’envie d’Hunt de préférer la fumée à l’attaque, « la confusion à la confrontation« ). Malheureusement, le film vieillit mal et donne l’impression de voir un vieux James Bond, avec son machisme et ses méchants en carton.

Mission : Impossible 3 change totalement de registre. On découvre Ethan marié à Julia (Michelle Monaghan), alors qu’il est devenu entraîneur pour les espions à l’IMF. Mais la mort de l’une de ses meilleures recrues dans ses bras le pousse à revenir sur le terrain. Il se fera piéger par Owen Davian (le regretté Philip Seymour Hoffman) qui prendra sa femme en otage, le forçant donc à devoir (encore une fois) récupérer un objet pour son ennemi, la patte de lapin, l’anti-Dieu (encore un macguffin). JJ Abrams (qui signe son premier film) livre l’opus le plus sombre de la saga, qui raconte beaucoup sur l’Amérique post-11 septembre. Ethan Hunt est le mari parfait, dont la famille et la maison sont typiquement américains. Puis on suit l’horreur qui s’immisce dans le quotidien, motif répété chez Abrams. Ça glisse sur un vrai film d’espionnage, poisseux, sombre mais aussi beaucoup plus réaliste que le premier qui fantasmait l’espionnage et le deux, pastiche des James Bond. Mais loin de ne faire que s’opposer aux deux précédents, M:I III continue d’installer son univers, avec ici une présentation de l’IMF, de comment fonctionne cette agence et cohabite avec la CIA, le FBI. Tout cela contribue à rendre réaliste et crédible un film aux enjeux très forts et durs.

Dès son ouverture, Mission : Impossible – Protocole Fantôme (2011) se veut moins dramatique, plus grand public mais aussi comme un renouveau de la saga (les personnages qui y sont présentés ici resteront dans les deux suivants). Ethan Hunt est en couverture dans une prison russe, de laquelle on le fait sortir pour infiltrer le Kremlin et récupérer un dossier sur l’antagoniste principal. Malheureusement, ils se font doubler et le Kremlin est détruit. Ethan et son équipe sont désavoués, et ils doivent de leur côté empêcher une transaction à Dubaï qui permettrait au vilain d’obtenir les codes d’un missile nucléaire. Ils échouent, mais réussissent au dernier moment à empêcher le missile de s’écraser. Après un film qui posait de manière réaliste les codes de l’univers, Brad Bird (Le géant de fer, les deux Indestructibles, À la poursuite de demain) se permet un film plus lyrique, moins sombre et qui se joue des codes (le message qui ne s’auto-détruit pas). L’humour est bien franc, avec notamment tous les running-gags autour du personnage de Simon Pegg. Si le film est moins sombre que ses aînés, il est cependant plus politique (la question russe, désormais l’IMF n’est plus dans son coin, il y a une interaction avec le monde). La mise en scène et la musique (Michael Giacchino) en font l’un des opus les plus agréables et réussis de la saga.

Pour le cinquième opus, Tom Cruise fait appel au cinéaste Christopher McQuarrie (scénariste de Usual Suspects) qui l’avait déjà dirigé dans Jack Reacher. Dans Mission : Impossible – Rogue Nation sorti en 2015, les conséquences des précédents opus se font entendre : tous les accidents collatéraux mettent l’IMF hors d’état d’agir… Mais Ethan refuse de s’y plier et est donc en fuite et activement recherché. Et il a ses raisons : il s’est fait précédemment capturer par le Syndicat, sorte d’anti-IMF. Sauvé in-extremis par Ilsa Faust (Rebecca Ferguson), une ancienne agent du MI6 en couverture chez le Syndicat, il réussit à s’enfuir mais décide de tout faire pour dissoudre cette « secte ». De fil en aiguille, Ethan et son équipe doivent s’infiltrer et cambrioler (encore !) un bâtiment ultra-sécurisé pour récupérer un fichier (macguffin encore !) qui contient la liste de tous les membres du Syndicat. Une fois volée, ils se rendent compte que seul le Premier Ministre peut la lire et le kidnappent donc ! Tout se finit bien, Solomon Lane (Sean Harris) se faisant arrêter. Le film continue d’installer l’univers : désormais Ethan et son équipe sont des légendes, et les conséquences des quatre précédents films sont là. Le rythme et le montage sont tirés au cordeau, preuve du talent de McQuarrie qui signe probablement le scénario le plus élaboré de la saga, et les scènes d’action ne sont pas en reste (il s’en dégage une violence très brute et surprenante).

Enfin, Mission : Impossible – Fallout, dernier film en date, suit Ethan Hunt alors qu’une menace terroriste est ultra présente. Alors qu’il doit partir pour Paris afin de rencontrer la Veuve Blanche (Vanessa Kirby) qui doit lui indiquer quel paquet (macguffin) il doit récupérer, le CIA se mêle à l’affaire et lui met dans les pattes August Walker (Henry Cavill). Il se rend compte plus tard que ce qu’il doit récupérer est en fait… Solomon Lane, le méchant du précédent film ! Ce sixième opus fonctionne en diptyque avec le cinquième, tant les deux sont liés (c’est la première fois qu’un même réalisateur signe deux opus de la saga). On y retrouve une violence brute assez folle qui ancre le film dans la lignée des grands films d’action. L’espionnage n’est pas en reste tant le scénario est tortueux. C’est aussi la première fois qu’on voit Ethan autant torturé par le passé et les conséquences de ses choix. On vous parle plus longuement du film ici.

Tom Cruise et l’art de la transformation

Ce qui fait que la saga Mission : Impossible est ce qu’elle est, c’est Tom Cruise. Si l’acteur américain est connu pour ses cascades (nous y reviendrons), il l’est aussi pour sa capacité à se mettre entièrement au service du film et de l’intrigue. En vingt-deux ans et six films, le temps est passé et si les rides se sont inscrites sur son visage, son investissement dans la saga n’en est que décuplé.

Dès 1996 et le premier film, il est surprenant d’observer à quel point Tom Cruise se donne pour le film, quitte à s’enlaidir, à se métamorphoser. Si se transformer est le job d’un acteur, peu de grands en font autant. Les masques sont omniprésents dans la saga et apparaissent dans chaque opus : si au début cela appartient au fantasme que se fait De Palma sur les espions, les opus suivants sauront s’en servir chacun de manière totalement différente : dans le second, il sert à établir un miroir entre Ethan et son rival Sean Ambrose, qui prend à plusieurs reprises ses traits, pour se faire passer pour lui autant que pour espérer être lui. Dans le troisième opus, les masques ont une cohérence scientifique : pour la première fois, nous découvrons les processus de fabrication des masques. Ici, Ethan se transforme plus que les autres ne cherchent à se transformer en lui. On le retrouve cependant lui-même muselé ou le visage transformé, abîmé. Dans le quatrième, la question des masques se fait moins présente que celle de la transformation de son visage, cheveux longs et rides apparaissant. Enfin, dans le cinquième et sixième opus, c’est plus la fatigue qui apparaît sur son visage, ou la barbe signifiant que le temps qui passe. Un autre gimmick récurrent sur le visage de l’acteur est l’utilisation des lunettes. Simple référence à Top Gun ou véritable passion pour Tom Cruise, les lunettes sont à elles-mêmes tout un sujet dans la saga Mission : Impossible et peuvent évoquer l’évolution du personnage, passant du gentil premier de la classe en 1996 à un homme fatigué qui commence à prendre de l’âge en 2018.

Mais Tom Cruise est aussi synonyme d’action, de cascades. À ce sujet, tout a déjà été dit et le marketing des films sait s’en servir à bon escient. Si dans le premier opus, le climax (sur un TGV lancé à vive allure) avait lieu sur des écrans verts, la saga a bien évolué. C’est véritablement à partir du quatrième et de la tour de Dubaï que Tom Cruise s’est investi à 150%, rappelant un Belmondo à ses belles heures. L’acteur donne tout et fait lui-même ses cascades, souvent très très impressionnantes. Cette disparition du fond vert et cette envie de ne faire que du vrai est en adéquation avec Hollywood actuellement, qui après être passé par le 100% numérique tend à revenir vers un certain réalisme. Pour le dernier film, Tom Cruise a notamment passé un an et demi à apprendre à piloter un hélicoptère (rien que ça !), et les parisiens ont pu admirer son talent en moto dans les rues de la capitale.

Les peurs de notre société

Cependant, l’élément sur lequel on aimerait le plus appuyer à propos de la saga Mission : Impossible, c’est sur l’un de ses sujets cachés : les peurs de notre société. En revisionnant les six films à la suite pour l’écriture de ce dossier, il est surprenant et extrêmement intéressant de voir comment chaque film possède dans son ADN les peurs de la société à un instant T, à un moment donné. Dans le premier long sorti en 1996, c’est la l’avènement d’internet. De Palma filme avec talent la crainte de cet outil jusqu’alors peu connu. Dans le second, il s’agit de la peur du virus, d’une maladie indolore qui pourrait tous nous contaminer : ce sont les années 2000, quelques années avant la vache-folle, quelques années après l’apparition du SIDA, mais aussi toutes les épidémies ayant lieu en Afrique et Asie. Dans le troisième opus, c’est la peur de la (nano)technologie (l’anti-Dieu), du big brother. Il y aussi l’arrivée du terrorisme, étant le premier film de la saga post-11 septembre. JJ Abrams filme avec frayeur comment l’horreur vient de l’ordinaire. Le méchant dit notamment cette phrase pleine de sens , »Je saignerais sur le drapeau américain pour garder ses rayures rouges » pour expliquer son jusqu’au-boutisme (la fin justifie les moyens). Dans le quatrième opus, c’est la question russe, la possibilité d’une nouvelle guerre froide qui effraie. C’est donc en conséquence que Brad Bird filme aussi l’inquiétude du nucléaire. Le cinquième opus a peur… de tout ! C’est un film sur le complot et leur théorie, sur la peur de l’Autre. Le Syndicat n’est rien de moins qu’une secte, qui est parmi nous sans que l’on sache. Enfin le sixième parle de religion et de terrorisme, comment les deux sont liés sans l’être. Et parfois, les peurs des films sont les mêmes que celles des personnages. On pense à la figure du macguffin qui permet de représenter un concept sans avoir à le montrer directement : ce sont souvent, dans les six films, des fichiers qui contiennent des choses importantes, des maladies ou des bombes. Les peurs de M:I sont donc intrinsèquement liées aux personnages et aux intrigues !

Ainsi donc, Mission : Impossible est une saga beaucoup plus intéressante et subtile qu’on ne pourrait y penser. Chaque film est tout autant pensé comme un épisode unique qu’appartenant à un tout, à un univers complexe aux enjeux posés et aux codes installés. Des films d’espionnages intelligents, qui portent chacun la trace de leur cinéaste. Une franchise aussi marquée par son acteur, Tom Cruise, qui a su évoluer et faire évoluer les films. Alors que James Bond s’enlise (parfois avec talent) dans quelque chose de plus lent et dramatique, Mission : Impossible passe la sixième et marque par ses scènes d’action d’anthologies !


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